‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 148 sur 392 · RÉ RR CT · texte numérisé non relu

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maternels que sa charité tendre & généreuse lui faisait prendre de ces tilles, tant avant qu'après leur mariage, comme nous le dirons bientôt.

MADAME BOURDON CHAR- L'année 1668, madame Bourdon, qui venait de perdre

al Her son mari, ayant fait un voyage en France, fut chargée par

SON .S FUNES . .

rersowxes qusqu'a la Cour, l'année suivante, de conduire les cent cinquante RUE ARRUR, filles dont on a parlé. Il eft vrai que plusieurs ne répondirent pas toujours à ses soins, parce que peut-être cette dame ne possédait pas au même degré le don naturel de la Sœur Bourgeoys pour traiter avec les esprits difficiles. On conçoit d’ailleurs que, dans un si grand nombre de | | } filles, il devait se trouver des caractères rudes & peu aisés al à manier, surtout au milieu des incommodités alors inséil parables d'une navigation qui durait trois mois & quelquefois plus longtemps encore. La Mère de l'Incarnation parle ainsi de cette circonftance : « Madame Bourdon a « été chargée en France de cent cinquante filles, que le « Roi a envoyées en ce pays par le vaisseau Normand. « Elles ne lui ont pas peu donné d'exercice dans un si « long trajet, car, comme il y en a de toutes conditions, «il s’en eft trouvé de très-grossières & de très-difficiles à « conduire. Il y en a d'autres de naïssance qui sont très- « honnètes & lui ont donné plus de satisfaction. » Le choix d'une personne pour les conduire, aussi vertueuse que l'était madame Bourdon, montre bien avec quel soin le Roi veillait sur ces jeunes filles; & il ne sera pas hors de propos de la faire connaître ici, pour l'édification de (1) Lettres de Marie nos lecteurs. « Madame Bourdon (Anne Gasnier) (1) eft

del'Incarnation, lettre | res © +

4 81e 1668,p.639. ‘un exemple de piété & de charité dans tout le pays, « écrivait la même Religieuse ; elle eft la mère des misé- « rables & occupée à toutes sortes de bonnes œuvres. « Avant de passer en Canada, où elle n'eft venue que par if « un principe de piété & de dévotion, elle était veuve de qi « M. de Monceaux, gentilhomme de qualité. Quelque qu « temps après qu'elle fut arrivée, M. Bourdon demeura veuf avec sept enfants, dont aucun n'était capable

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POPULATION AUGMENTÉE, 1659 ET SUIv. 213

« d'avoir soin de soi-même. Elle eut un puissant mouve- « ment d'assifter cette famille, & pour cet effet se résolut « d'épouser M. Bourdon, dont la vertu lui était assez « connue, à condition qu'ils vivraient ensemble comme « un frère avec sa sœur. Cela s'eft fait, & la condition a « été observée exaétement. Elle se ravala de condition « pour faire ce coup de charité, qui, en France, où elle « était fort connue, tant à Paris qu'en province, fut jugé « comme une aétion de légèreté, eu égard à lu vie qu'on « lui avait vu mener, fort éloignée de celle du mariage. « Maïs l'on a bien changé de pensée, quand on a appris « tout le bien qu'a produit cette généreuse aétion. Car « elle a élevé vous les enfants de M. Bourdon avec une « débonnaireté non pareille, & les a mis dans l’état où «ils sont à présent (1). » En considérant donc les rares vertus de madame Bourdon, on peut dire aussi de toutes les filles dont elle avait le soin à Québec, qu'elles étaient heureuses de tomber en d'aussi bonnes mains que les siennes.

Lorsqu'il n'y avait en France aucune dame ni demoiselle du Canada pour les conduire, le Roi envoyait quelque femme de vertu qu'il chargeait de les accompagner dans le voyage, & qui ne devait les quitter que lorsque toutes auraient été établies. Ainsi, dans l’état de sa dépense pour l'année 1671, nous trouvons un article digne de la sage vigilance & de la religion de ce prince : il donne « six cents livres à la demoiselle Étienne, en « considération du soin qu'elle prend des filles que l'on « tire de l’hôpital général pour les envoyer en Canada, « & du voyage qu'elle y fait pour les diriger jusqu'à ce « qu'elles soient mariées (2). » Nous devons ajouter que néanmoins madame Bourdon les recevait elle-même à Québec, & les gardait chez elle en attendant leur mariage. Pour les aider à s'établir, le Roi les gratifiait de dons proportionnés à la condition de chacune. « Les demoi- « selles de naissance, ajoute la Mère de Sainte-Hélène,

(1) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre Sir, 106%, p. 630.

MADEMOISELLE DEN'S CHARGÉE DE CON- DUIRE DES JEUNES PERSONNES EN CA- NADA,

@) Archives de la marine, regiftre des dépêches de Monseigneur concernant les Indes, 1671, fol. 18.

(0 Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre He, pe 040.

A VILLEMARIE LA SŒUR BOURGEOYS GARDE CHEZ ELLE CES JEU NIS VILLES IUSQU'A LEUR MARIAGE,

« ont épousé des ofticicrs fort qualifiés, & ont ainsi été « les souches de plusieurs nobles familles. » Parmi les autres colons qui arrivaient dans le pays, les plus prévoyants commencçaient par se pourvoir d'une habitation, & se formaient un petit établissement avant de se marier; & par ce moyen trouvaient un meilleur parti. Car c'était la première chose dont les filles s'informaient quand on allait les demander en mariage (1).

A Villemarie, la Sœur Bourgeoys remplissait Île miniftère de charité auquel madame Bourdon se livrait avec tant de zèle à Québec. Elle l'avait commencé dès les premiers envois de jeunes personnes faits par les seigneurs de Montréal, & elle le continua de son propre mouvement, en recevant aussi celles que le Roi envoya ensuite de son côté pour accélérer, par ce moyen, l'accroissement de la population de cette colonie. « Quelques « années après mon premier voyage en France, écrit- « elle, il arriva à Villemarie environ dix-huit filles du « Roi que j'allai quérir au bord de l’eau, croyant qu'il « fallait ouvrir la porte de la maison de la Sainte Vierge à « toutes ces filles. Mais, notre maison étant trop petite « pour loger celles qui arrivaient, nous fimes accommoder « une maison que nous avions achetée de Saint-Ange, & « là je demeurai avec elles. J'étais obligée d'y demeurer à « cause que c'était pour former des familles. » Cette réflexion montre avec quel zèle & quelle sainte sollicitude la Sœur Bourgeoys veillait sur toutes ces jeunes personnes. Elle ne se contentait pas de loger ainsi avec elles, elle les nourrissait & avait pour chacune la tendresse d'une mère & les soins les plus prévenants. Les Sœurs de la Congrégation n'avaient alors, comme c'était l'ordinaire dans les autres Communautés, que de simples couvertures à leurs lits, à cause de la cherté de la toile en Canada; &, par un effet de sa charité généreuse, la Sœur Bourgeoys, pour gagner l'affeétion de ces jeunes personnes, cemployait à leur usage les draps qu'on avait à la Congré-

gation, Enfin, s'occupant plus encore de leurs âmes que de leurs corps, elle leur donnait à toutes les inftruétions qu'elle jugeait leur être les plus utiles. Par là, elle s'insinuait dans leur cœur, gagnait leur confiance, & liait avec clles une sainte amitié qu'elle cultivait soigneusement ensuite, & qui la rendait la confidente, la conseillère & la protectrice de toutes ces nouvelles mariées. Un autre avantage de leur séjour chez la Sœur Bourgeoys, c'eft qu'elle les faisait entrer dans la pieuse Société formée par elle en 1658 sous le nom de Congrégation externe, ce qui lui donnait l'occasion de les revoir tous les dimanches, & de développer ainsi les germes de vertu qu'elle avait jetés dans leurs cœurs, Quoique ces filles ne fissent pas un long séjour dans sa maison, elle en avait ordinairement quelques-unes pour les former & les inftruire. Ainsi lisonsnous dans le recensement de 1667 fait par M. Talon, qu'il y avait alors à la Congrégation quatre filles à maricr (1). La Sœur Bourgcoys les gardait ainsi jusqu’au jour de leur mariage; & c'eft ce qui explique pourquoi, dans un certain nombre de contrats, il eft dit que /a future demeurait chez la Sœur Bourgeoys, où simplement à la Congrégation, & que dans d'autres on marque expressément que c'eft à la Congrégation même que le contrat de mariage a été fait & passé (*).

(*) Ainsi, dans les contrats de mariage de Marie Gouert, venue de la paroisse Saint-Sulpice, à Paris (2), de Geneviève Lesnai, qui épousa Pierre de Vauchy (3); dans celui d’Anne-Marie Fannexexe, d'Hambourg, il eft marqué qu’elle demeurait chez la Sœur Bourgeoys. Marie Fannexexe, fille de qualité, dont le père avait été capitaine dans les troupes Impériales, épousa, à Villemarie, Hubert le Roux, fils d’un notaire royal de Vitry-le-Français (4). Entre autres contrats de mariage, faits € passés à la Congrégation, nous avons sous les yeux celui d’Elisabeth Haquin avec Antoine Courtemanche, dit Joli-Cœur, auquel assifta toute la noblesse du pays (5); les contrats de Jeanne Layset avec Jean Beauchamps, de La Rochelle (6); de Marguerite Tesnard avec Charles Boyer (7), du bourg de Valse, diocèse de Poitiers; celui de Jeanne Colet avec Mathieu Binet, dit

fi) Archives de la marine, recensement de 1007,

2) Grefle de Villemarie, 21 mai 16607.

Ale de Bénigne Basset.

(3) 1bid., 18 nov.

(4) 1bid., 7 nov, 1673,

(5) Ibid, 10 avtil

(6) Zbid., 4novemt,,

(7) Ibid, 235 nov, 1000,

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