‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 17 sur 392 · DRESSER DES · texte numérisé non relu

DRESSER DES

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“ notable sous les eaux, sans être étouftés. Et ce qui efl © plus admirable encore, c'efl que l'un d'eux vint paisi- « blement à terre par le milieu des précipices, pendant « que l'autre faisait, du dos du canot renversé, un ora- « toire, & consacrait ces torrents, par la prière qu'il adres- « sait à Dieu & à la Sainte Vierge, au milieu de leurs « bouillons (1), :

Malgré tous ces pourparlers de paix, les Iroquois, toujours acharnés contre Villemarie, attaquaient les colons, tantôt à force ouverte en fondant sur eux, tantôt en se cachant durant la nuit auprès des maisons, pour faire main basse sur ceux qui viendraient à franchir le seuil de leurs portes. Dans l'une de ces rencontres, quinze ou seize Iroquois s étant approchés de la maison de Sainte-Marie, durant la nuit, se mirent en embuscade tout auprès. Le sieur de Lavigne, qui se leva cette nuit, comme sans dessein, eut la pensée de regarder dehors par une croisée, &, les ayant aperçus, il en donna incontinent avis à ses compagnons d'armes. Tous se lèvent aussitôt, s'approchent des fenètres sans bruit, & voient au clair de la lune les Iroquois se cacher proche de la porte de la maison. Ayant eu toute la nuit à délibérer & à se concerter entre eux, ils prirent si bien leurs mesures que le lendemain ils inveftirent tous ces barbares, & que, les ayant fait prisonniers dans ce lieu même, ils les conduisirent au Fort de Villemarie pour les mettre aux fers (2). Les Iroquois dressèrent une multitude de fois de ces sortes d'embuscades notturnes, à côté des maisons des particuliers; & c'était pour prévenir leurs surprises que M. de Maisonneuve avait ordonné, le 18 mars 1658, comme on l'a dit, que chacun se rctiràt, le soir, dans sa maison, dès que la cloche du Fort viendrait à sonner, & fermät aussitôt sa porte, avec défense de sortir la nuit, hors le cas d'une absolue néces-

sité.

Les Filles de Saint-Joseph, quoique renfermées à

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l'Hôtel-Dieu, n'étaient pas plus en sûreté que les autres citoyens. Depuis l'établissement des maisons de Saint- Gabriel & de Sainte-Marie, & la conftruétion de diverses redoutes qu'on était obligé de garder nuit & jour, elles n'avaient à l'Hôtel-Dieu, sauf les cas extraordinaires, qu'un seul homme, incapable d'ailleurs d'en venir aux mains avec l'ennemi. Mademoiselle Mance, leur plus proche voisine, dont la maison était contiguë à la leur, était dans l'impuissance de les secourir, n'ayant avec elle que des filles & un seul homme, son cuisinier, qui était un vieillard; en sorte que, si les Iroquois ne se portèrent à aucun excès, à l'égard des Hospitalières, ce fut par une assistance manifefte de Dieu, qui veillait à leur conservation. Il eft certain que, de leur part, ils firent diverses tentatives pour s'emparer d'elles. Quelques-uns de ces barbares passèrent plusieurs fois la nuit dans la cour de l'Hôtel- Dieu, cachés dans de grandes herbes appelées moutardes, pour saisir celles qui viendraient à sortir. Ils couchèrent aussi dans la cour & près des croisées de mademoiselle Mance, ainsi que dans celle des Sœurs de la Congrégation, & quoique les Hospitalières surtout eussent de fréquentes occasions d'aller la nuit dans leur cour pour le service des malades, la Providence ne permit jamais qu'elles se trouvassent dans ce besoin quand des sauvages y étaient cachés. Il eût été d'ailleurs très-facile à ces barbares d'incendier l'Hôtel-Dieu, dont les bâtiments n'étaient alors que de bois. « Mais Dieu, dit la Sœur Morin, leur « Ôtait la connaissance du mai qu'ils auraient pu nous « faire; très-assurément sa providence nous gardait et sa « puissance nous défendait (1). »

Cette année 1662, dans la nuit du 23 au 24 juin, la mort tragique & cruelle de l’un des colons dut faire comprendre à tous les autres l'importance et la sagesse des mesures de précaution prescrites par M. de Maisonneuve. Michel Louvart, dit Desjardins, ayant voulu sortir de sa maison pendant cette nuit, fut assassiné sur le seuil de sa

fijAunnales de l'HG-

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porte. On conjectura d'abord que des sauvages de la na-

tion des Loups, alors en assez grand nombre à Villemarie,

avaient pu être seuls les auteurs de ce meurtre, quoiqu'ils

PA RE ARR au ne fussent pas en guerre avec les Français (1); & le jour

Ge ” même on connut avec certitude qu'il avait été commis par

: Gralle de Vilk. quelques-uns de ces sauvages tombés en ivresse (2). Peu

Re après, comme les dangers étaient toujours renaissants,

lui 4 Juin 166 M. Du Puis, alors commandant à Villemarie, en l'absence

de M. de Maisonneuve, qui était descendu à Québec, crut

être obligé de rendre un arrèt des plus sévères. Après

avoir réitéré l'ordonnance faite précédemment de ne tirer

aucune arme à feu sans besoin dès que la nuit serait ve-

nue, il défendit pareillement d'aller sans lumière après que

la retraite serait sonnée, donnant même permission à tous

de tirer sur ceux qui contreviendraient à cette ordon-

lit. One nance (3). Outre ces dangers nocturnes, on avait encore à

etes HS PL repousser l'ennemi pendant le jour, tantôt d'un côté, tai.-

Le tôt de l'autre; & quelque courage que déployassent les

colons pour se porter mutuellement secours, plusieurs ne

laissèrent pas d'être blessés & d’autres tués dans ces ren-

contres. Trois jours seulement après l'assassinat de Des-

jardins, deux autres colons périrent par les mains des

lroquois, dans une action dont nous ignorcns les circon-

ftances : Guillaume Pinçon, natif de Rouen, âgé d'environ

[Reg morte quarante ans, & Jean Hafté, né à Paris, paroisse Saint- TR OR Nicolas des Champs, âgé de vingt-cinq ans (4).

VII, LA SOEUR MORIN ENT Ce fut cette année 1662, et dans ces circonftances

EME alarmantes, que la Sœur Marie Morin quitta Québec, son pays natal, pour entrer dans la comniunauté des Sœurs de Saint-Joseph à Villemarie, dans l'intention d'y soutfrir le martyre, auquel on était plus exposé alors dans ce lieu que partout ailleurs. Comme elle avait une grande facilité pour l'étude & beaucoup de mémoire, et qu'elle n'était âgée que de seize ans, elle apprit en très-peu de temps les langues des sauvages, & se mit à catéchiser avec beaucoup de zèle ceux qui venaient à l'Hôtel-Dieu. Elle rendit

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un autre notable service à cette maison en composant ses Annales; & comme elle vécut jusqu'à l'âge de quatrevingt-cinq ans, elle put recucillir un grand nombre de traits précieux pour l'hiftoire de la Colonie. Elle nous apprend que, depuis l'année 1660 jusqu'en 1666, la guerre des Iroquois contre les colons étant plus animée que jamais, l'Hôtel-Dieu fut toujours rempli de malades. « Le

plus souvent, dit-elle, ils avaient des plaies considé rables, & étaient presque tous blessés à la tête, car c'était là surtout que les Iroquois s’efforçaient de porter leurs coups. Le soin de nos malades nous obligeait à des veilles continuelles, ce qui, avec les travaux du jour, les offices du ménage & les observances de la règle, devenait accablant pour nous, à cause de notre petit nombre.

« Mais quelque pénible que fût ce service, j'ose dire qu'il n'était rien ou peu de chose, comparé aux frayeurs continuelles d'être prises par les Iroquois. Nous avions tous les jours sous les veux l’affreux spectacle des traitements cruels qu'ils faisaient souffrir à nos voisins & à nos amis, qui venaient à tomber entre leurs mains. Tout cela imprimait tant de terreur de ces barbares, qu'il faut s'être trouvé dans cette extrémité pour s'en former une jufte idée. Pour moi, je crois que la mort aurait été plus douce de beaucoup qu'une vie mélangée & traversée de tant d'alarmes pour nous-mêmes, & de compassion pour nos pauvres frères, que nous voyions traiter si crucllement. Toutes les fois que quelques-uns des nôtres ctaient attaqués, on sonnait aussitôt le tocsin pour inviter les habitants à aller les secourir, & pour avertir ceux qui travaillaient en des lieux dangereux de se retirer promptement, ce que chacun faisait au premier signal de la cloche. Ma Sœur de Brésoles & moi montions au clocher, afin de ne pas employer un homme, qui allait courir sur l'ennemi. De ce lieu élevé nous voyions quelquefois le combat, qui nous causait

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