‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 18 sur 392 · FAMINE · texte numérisé non relu

FAMINE

beaucoup de frayeur, lorsqu'il était fort proche, & nous faisait redescendre au plus tôt, toutes tremblantes, croyant être arrivées à notre dernier moment. Quand on sonnait le tocsin, ma Sœur Maillet tombait aussitôt en faiblesse, & ma Sœur Massé demeurait sans parole, dans un état à faire pitié; l'une & l'autre allaient se mettre alors dans un coin du jubé, devant le Très-Saint Sacrement, pour se préparer à la mort, ou se retiraient dans leurs cellules. Dès que j'avais appris que Îles Iroquois s'étaient retirés & qu'ils ne paraissaient plus, j'allais le leur dire, ce qui les consolait & semblait leur redonner la vie. Ma Sœur de Brésoles était plus forte & plus courageuse, & la jufte frayeur dont elle ne pouvait se défendre ne l'empèchait pas de servir ses malades, ni de recevoir ceux qu'on apportait, blessés où morts, dans ces occasions. Quand les ennemis étaient plus éloignés & nos gens plus forts, c'était une grande satisfaction pour nous de monter alors au clocher, & de voir tous les hommes courir au secours de leurs frères, & exposer généreusement leur vie pour les sauver. Les Prètres du séminaire ne manquaient pas de courir un ou deux au champ de bataille, pour confesser les moribonds, et ceux-ci ne conservaient le plus souvent de vie qu'autant qu'il leur en fallait pour ètre en état de recevoir les sacrements, & expiraient sur la place aussitôt après. Ces messieurs exposaient ainsi leur vie, toutes les fois que le service du prochain le demandait, sans prendre aucune arme pour se défendre, ce qu'on doit regarder comme un zèle excellent & une charité trèssublime 1), »

On comprend qu'au milieu de ces hoftilités toujours

renaissantes, les colons de Villemarie n'auraient pu vaquer aux travaux de la campagne sans s'exposer, chaque jour, à être pris ou tués par les Iroquois. L'année 1667, la prudence ne leur permettant plus de cultiver leurs champs comme à l'ordinaire, ils se trouvèrent, vers le milieu de

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l'année suivante, dans une grande disette de blé, On doit méme être étonné qu'ils aient pu se suilire à eux-mêmes les années précédentes, si l'on considère les précautions qu'ils étaient obligés de prendre pour n'être pas surpris au milieu de leurs champs.\Le trait suivant en eft une preuve curieuse & touchante. L'un de ces braves & pieux colons, Mathurin Jouancaux, de la paroisse d'Aubigné, en Anjou, venu en 1653 avec M. de Maisonneuve (1), reçut, après ses cinq ans de service envers la Compagnie de Montréal, quinze arpents de terre au lieu dit là Contrée Saint- Joseph, que M. de Maisonneuve lui donna, au nom des seigneurs, le o mai 1659, à la charge pour lui de Îles défricher, d'y bâtir une maison, & de payer, tous les ans, trois deniers de cens pour chaque arpent de terre (2. Jouaneaux en mit d'abord cing en valeur; & comme ce défrichement l'exposait aux surprises des Froquois, qui se cachaient partout, il se creusa une retraite sous terre dans son champ. Ce réduit obscur ne recevait de jour que par une petite porte; un vieux tronc d'arbre creusé par le laps du temps, qui se trouvait au-dessus, servait de tuyau à la fumée du foyer; & pour mettre sa vie en sureté, Jouaneaux demeura seul pendant plusieurs années dans cette cachette souterraine (3).

Mais en 1602, les colons de Villemarie qui n'avaient pu cultiver leurs champs eurent recours à Québec, où l'on avait pu, sans les mêmes dangers, faire les semences & la moisson; &, le 2 juin 1662, on leur envoya la chaloupe du nommé Toupin, chargéæ de cents minots de blé, Pour former la somme nécessaire à l'achat de ce secours, les Pères Jésuites donnèrent soixante livres; M. de Laval fournit le refte; &, de son côté, le gouverneur détacha quatre soldats de sa garnison pour accompagner & protéger le convoi, qui fut conduit par le P. Chaumonot (4). C'eft ici l'un des premiers secours que Villemarie ait reçus du refte de la Colonie, en retour des services qu'elle rendait depuis vingt ans en sacrifiant ses hommes pour la

1) Ale de Latousse, notaire à la Flèche, » mai 1094,

\rchives des Hospituières de Ville Harie, Concession du

at ph),

s) Annales de l'IG tt DicuSaint-loscph, par la Sœur Morin,

Xe SECOURS DE BLÉ PRO»

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