‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 172 sur 392 · VALEUR DE LA JONNAIE EN CANADA · texte numérisé non relu

VALEUR DE LA JONNAIE EN CANADA

« personnes ce que font les denrées (1). » Le peu d'argent monnayé qu'il y avait en Canada fut cependaït augmenté par l'arrivée des troupes : ce qui faisait dire à la Mère de l'incarnation : « L'argent eft à présent commun, ces Mes- «sicurs en ayant beaucoup apporté, Z{s payent en argent « tout ce qu'ils achètent, tant pour leur nourriture que « pour leurs autres nécessités, »

Cette quantité d'argent ne fut pas pourtant assez considérable pour mettre fin aux échanges, ni pour diminuer le taux du numéraire, qui, en Canada, avait un quart de plus de valeur qu'en France : une pièce de quinze sous, par exemple, en valait vingt en Canada (2). De là, on distinguait nominalement deux sortes de monnaies dans la colonie : celles de France, ou de livres tournois, & celles de Canada, ou simplement du pays : diflinétion qu'on voit mentionnée dans la plupart des anciens contrats. Ainsi, en 1665, Bouchard, chirurgien à Villemarie, engage, pour l'année, un homme à son service, aux gages de deux cent quatre-vingts livres du pays & une paire de souliers (3); & M. de Saint-André promet à un autre, pour chaque année, soixante livres tournois. Cette plus grande valeur de la monnaie put avoir dans l'origine un jufte motif : ce fut d’'exciter les particuliers à envoyer de l'argent monnayé en Canada, ce qu'ils n'auraient pas fait volontiers, à cause des risques qu'il courait en mer, si cet argent n'avait pas dû y avoir un prix plus considérable que dans l'ancienne France. C'était d’ailleurs un moyen très-efficace pour que l'argent, une fois porté en Canada, reftât toujours dans ce pays, puisqu'en rentrant en France il aurait été déprécié d'un quart. Mais au lieu d'un quart de valeur de plus qu'on donnait à l'argent, on se mit à faire passer les liards pour six deniers chacun; & enfin, dans l'espérance de spéculer ainsi sur cette espèce particulière de monnaie, on en apporta une si grande quantité en Canada, que le Conseil souverain, craignant qu'il ne résultât quelque désordre dans le commerce, si ce numé-

(1) Archives de la marine, lettre de M.

Talon à Colbert, 4

oét. 1665,

L'ARGENT MONNAYÉ AVAIT UN QUART DE VALEUR DE PLUS EN CANADA QU'EN FRAN:

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