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M, LA SALLE VEUT AL- LER REZONNAITRE LE MISSISSIPI ET CHER- CHER UN PASSAGE POUR LA CHINE,
(3) Voyage de M.de Courcelles au lac Ontario, par M. Dollier.
Bibliothèque impériale, Supplément Français, n° 1265,
nation ne pouvait y naviguer sans leur consentement, comme nous l’apprend le Père Le Mercier dans la Relation de 1667. « C'est pour cela, ajoute-t-il, que tous ces « sauvages, quoique fort différents de nation entre eux, qui « viennent en traite chez les Français du Canada, portent « le nom général d'Outaouas (1). » Le même Réligieux fait remarquer, dans la Relation de 1670, qu'on donnait aussi le nom d'Outaouas à tousles Algonquins supérieurs, « parce « que, dit-il, de plus de trente nations différentes qui se « trouvent en ces contrées, les premiers qui sont descen- « dus vers nos habitations Françaises ont été des Outaouas, « dont le nom eft demeuré ensuite à toutes les autres « nations (2). »
Dans ce même temps, le jeune Cavelier La Salle, qui venait d'établir un commencement de village dans l’île de Montréal, sur la seigneurie que le Séminaire lui avait donnée, faisait de son côté ses préparatifs pour un voyage qu'il méditait depuis longtemps dans les pays mêmes où M. Dollier avait résolu de se rendre. Des Iroquois de Sonnontouan, venus à Villemarie dès l'automne de 1668, pour la traite & pour la chasse, s'étaient arrêtés assez longtemps à la côte de Saint-Sulpice, chez M. La Salle, & lui avaient parlé d'une grande rivière qui aboutissait à la mer. Ils la nommaient Ohio, & assuraient qu'on n'arrivait à son embouchure qu'après huit ou neuf mois de marche. On voit par là qu'ils désignaient sous ce nom le fleuve de Mississipi aussi bien que la rivière d'Ohio qui se décharge dans ce fleuve. Au refte, ces deux noms avaient une signification analogue; car Ohio veut dire, en Iroquois, belle rivière, & Mississipi signifie, en outaoua, grande rivière. Aussi M. Dollier fait-il remarquer que les Iroquois appelaient Ohio la même rivière que les Outaouas nommaient Mississipi (3). L'amour du caftor, & plus encore l'espérance de trouver le chemin de la Chine par ce fleuve, que M. La Salle croyait se décharger dans la mer du Sud, étaient les motifs qui l'engageaient à entre-
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prendre ce voyage; car les difficultés que les Français éprouvaient pour arriver à la Chine, en côtoyant l'Afrique & en passant par le cap de Bonne-Espérance, leur faisaient désirer depuis longtemps de trouver un passage par l'Amérique, & cette idée flatteuse encourageait la plupart des navigateurs qui exploraient le Canada (*).
Dans leur Kelation de l'année 1670, les Jésuites la donnaient comme l'un des motifs qui leur faisaient souhaiter d'entreprendre eux-mêmes un voyage vers la mer du Nord, « pour s'assurer, disaient-ils, de la vérité « des conjeétures assez fortes qu'on a depuis longtemps « qu'on pourrait passer, par là, jusqu'à la mer du Japon, « & faciliter le trajet & ensuite le commerce (1). » Cette préoccupation étant alors si générale, il n'eft pas étonnant que La Salle, après avoir entendu dire à ses sauvages que le Mississipi se déchargeait dans la mer, ait formé le projet d’aller reconnaitre ce fleuve, dans l'espérance de découvrir le premier un passage qui devait avoir pour le commerce de si grands résultats.
Mais, avant d'entreprendre ce voyage, il lui fallait des
(*} Champlain avait ambitionné de faire cette découverte, & c'était la plus grande gloire que lui souhaitait Lescarbot dans ses vers,
Que si tu viens à chef de ta belle entreprise, On ne peut eftimer combien de gloire un jour Acquerras à ton nom que déjà chacun prise ; Car d'un fleuve infini tu cherches l'origine, Afin qu'à l'avenir, y faisant ton séjour,
Tu nous fasses par là parvenir à la Chine (2),
Parlant de la gloire qu'Henri IV devait acquérir des découvertes de Champlain, entreprises par l’ordre de ce Prince, Lescarbot supposait que le nom d'Henri serait connu des Chinois, & par une licence de poëte, s'adressant à Neptune, le dieu imaginaire de la mer, il lui disait :
Fais que, porté d'un trait léger,
Sur l'aile de ta large échine,
Je l'aruonce au peuple étranger,
Qui demeure au fond de la Chine (3).
(4) Rélationde 1670, pe 5.
POUR SE PROCURER LES FONDS NÉCESSAIRES A SON VOYAGE, M, DE LA SALLE VEND SA SEIGNEURIE,
2) Les Muses de a Nouvelle-France, par Lescarbot.Paris, 1618, in 8°, p. 40.
(3) Ibid. Au Roi,
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fonds pour se procurer les hommes & l'équipement néces-
saires, & La Salle avait employé toutes ses faibles res-
sources, apportées de France, à faire, comme on l’a dit,
quelques défrichements, & à commencer des conftruétions
de bâtiments sur son fief de Saint-Sulpice. Passionné pour
cette découverte, & voulant à tout prix se procurer les
secours nécessaires à son dessein, il eut recours à M. de
Queylus, ou plutôt au Séminaire, à qui il offrit de vendre
la seigneurie qu'il avait reçue de lui gratuitement. En vue
de favoriser ce voyage, le Séminaire lui en acheta, en
cflet, la plus grande partie, le o janvier 1669, pour la
somme de mille livres, payables en marchandises, à l'arri-
vée des vaisseaux de cette année à Québec; &, en outre,
M. de Queylus promit de faire toucher une autre somme
(1) Greñte de Vill- à un nommé Lhuilier pour le compte de La Salle (1). En crane ir faisant ainsi cette vente, La Salle n'eut pas d'abord l'intengneuric de Saint-Sul. tion de renoncer à sa seigneurie. Aussi retint-il pour lui Rte la propriété de la partie qui formait son domaine, composée de quatre cent vingt arpents, sur laquelle étaient les
bâtiments commencés, & en outre se réserva-t-il la jouis-
sance de cinquante arpents, situés dans les prairies & le
lac nommé de Saint-Pierre ; et comme le Séminaire dési-
rait, de son côté, que La Salle conservät en fief, avec tous
les droits seigneuriaux, cette partie qu'il avait retenue,
M. de Queylus lui donna, le 11 janvier 1669, un titre écrit
par lequel il érigeait ces quatre cent vingt arvents en fief
noble. Mais, par un changement qui dut surprendre M. de
Queylus & faire soupçonner La Salle de légèreté ou d'inconftance, ce dernier, jugeant qu'il n'avait pas en
main les ressources nécessaires à son expédition, vendit,
le 9 février suivant, à un taillandier, Jean Milot, déjà
nommé, cette même seigneurie, & lui céda ainsi tous les
droits de fief noble que le Séminaire venait de lui accorder
à lui-même (*). La Salle vendit le tout pour la somme de
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(*) Par le contrat de cette dernière vente, on voit qu’il y avait
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deux mille huit cents livres, de laquelle il avait déjà reçu une partie, & au moyen de ces fonds il se rendit à Québec, tant pour se procurer des marchandises par l'échange desquelles il pût avoir des vivres chez les sauvages, que pour informer de son dessein M. de Courcelles, Gouverneur général, & prendre son autorisation.
Sur les discours pleins d'assurance & de chaleur de M. La Salle, le Gouverneur goûta volontiers & approuva fortement un voyage qui, ne devant rien lui coûter à luimême, pouvait amener une découverte glorieuse à son gouvernement. Il lui fit donc expédier des lettres patentes, par lesquelles il l'autorisait à explorer les bois, les rivières & les lacs de tout le Canada, & priait en même temps les Gouverneurs de la Virginie & de la Floride, ainsi que ceux des autres pays où il pourrait pénétrer, de le laisser passer librement, & même de lui donner secours, comme ils voudraient qu'il leur fût fait à eux-mêmes en pareille rencontre. M. de Courcelles avait même si fort à cœur le succès de cette découverte, que, pour donner plus d'importance au voyage de La Salle, il permit aux soldats des troupes de quitter leurs compagnies & de se joindre à lui; & qu'enfin M. Dollier se trouvant alors à Québec afin de se procurer de son côté les effets nécessaires à son voyage, il le pria de se joindre aussi à lui & de tourner son zèle vers ceux des peuples des bords du Mississipi que La Salle irait visiter, ce que M. Dollier agréa. Après avoir donc fait l'un & l’autre leurs emplettes, ils quittèrent Québec & remontèrent à Villemarie, pour se préparer immédiatement au départ. (1)
M. Dollier équipa trois canots & engagea sept hommes, & M. Ia Salle quatre canots & quatorze hommes. Les
alors de défrichés, sur ce fief, huit ou neuf arpents de terre seulement; que, dans une autre partie, le bois était seulement abattu & non débité, & que les bâtiments n'étaient que commentés,