PIÉTÉ DES VOYAGEURS
Au village Tenaoutoua, les voyageurs trouvèrent le sieur Jolliet, dont on a parlé, qui y était arrivé la veille. Parti précédemment de Villemarie pour les Outaouas, avec une flotte de quatre canots & des marchandises, il avait eu ordre de M. de Courcelles de monter jusque dans le lac Supérieur, pour s'assurer de l'endroit où était une mine de cuivre, dont les extraits n'avaient presque pas besoin d'être raffinés, tant le cuivre en était beau & pur; mais, pressé pour son retour à Villemarie, à cause de la saison avancée, il ne put aller à cette mine. Il apprit aux Missionnaires qu'il avait envoyé de ses hommes pour chercher une nation fort nombreuse, chez laquelle aucun ouvrier évangélique n'avait jamais pénétré; & comme, depuis le pays des Outaouas, Jolliet avait marqué les lieux qu'il parcourait, il leur offrit la description qu'il en avait faite. Ils l'acceptèrent, & M. de Galinée la réduisit en carte marine, ce qui léur servit beaucoup pour se conduire dans le chemin.
M. La Salle, voyant alors que les deux Missionnaires allaient partir dans deux ou trois jours pour s'acheminer vers le lac Érié, leur déclara que l'état de sa santé ne lui permettait pas de continuer le voyage, & qu'il était résolu de retourner à Villemarie, ne pouvant se résoudre à hiverner dans les bois, où le peu d'adresse de ses gens & leur inexpérience pouvaient les exposer tous à mourir de faim. Jusqu’alors M. Dollier avait célébré trois fois par semaine le Saint Sacrifice, sur un petit autel soutenu avec des avirons, au moyen de fourches, & entourés des voiles de leurs canots. Les voyageurs se dérobaient ainsi, autant qu'ils le pouvaient, aux regards des sauvages, qui, dans l'ignorance où ils étaient de nos myftères, auraient pu s'en railler; « & de cette sorte, ajoute M. de Galinée, nous « avons eu le bonheur & le bien de célébrer le Saint Sa- « crifice dans plus de deux cents endroits où il n'a- « vait jamais été offert. » I.e dernier jour de septembre 1669, M. Dollier dit la Sainte Messe avant leur sépara-
at le ille.
uas, S, Il dans une beur ; le la aux Jour ICUn me, IQUX vait arte uire
1ioncheanté était idre ens irir par vec iles ant ans ‘en us Sad'adre ra-
tion, & la plupart y communièrent, tant du côté de M. La Salle que de celui des hommes que les Missionnaires avaient conduits avec eux. Ces derniers se montrèrent tout déterminés à les suivre, quoique ceux de M. La Salle, qui allaient retourner à Villemarie, taxassent leur résolution de parti téméraire, qui devait les exposer à la mort. Ils témoignèrent même ces craintes dès leur arrivée dans l'ile de Montréal : ce qui fit concevoir pour les autres les plus vives inquictudes (1).
M. La Salle avait fait envisager son expédition comme pouvant donner lieu à la découverte d'un passage à la Chine; mais si M. de Courcelles & M. Dollier semblèrent prendre confiance en ses discours, d'autres en Canada doutaient du succès de cette tentative. M. Patoulet, secrétaire de M. Talon, en écrivait en ces termes, le ir novembre de cette année 1669 : « M. La Salle & « M. Dollier, accompagnés d'un certain nombre d'hommes, « sont partis de ce pays, à dessein d'aller reconnaitre un « passage qui nous donnerait communication avec Île « Japon & la Chine, & qu'ils eftiment trouver. L'entre- « prise eft aussi difficile que douteuse, Dieu veuille qu'ils «y réussissent; mais ce qu'il y a de bon, c'eft que le Roi «ne fait point de dépenses pour cette découverte préten- « due (2). » Dans l'attente de l'événement, dont le succès partageait ainsi les esprits ou les tenait en suspens, on vit arriver les hommes de La Salle, au lieu même de l'ile de Montréal, d'où ils étaient partis trois ou quatre mois auparavant; & quelques colons, déjà prévenus contre sa tentative, donnèrent par ironie le nom de la Chine à ce lieu, comme si ses hommes en fussent revenus. M. Dollier lui-même semble faire allusion à la promptitude de leur retour & à leur déception, lorsque, parlant de l'imposition de ce nouveau nom, il l'attribue « à cette transmigra- « tion célèbre qui se fit de la Chine dans ces quartiers, en « donnant son nom, ajoute-t-il, à l'une de nos côtes, &
(1) Voyage de MM.
Dollier et de G:linée; ibid.