MARIE-DU-SAUT POUR REGAGNER DE LA VIL
LEMARIE,
302 Ill PARTIE, LOUIS XIV.
voir ce qui allait leur arriver. Pendant la nuit, il s'éleva un vent du nord-eft très-violent, qui agita le lac Érié avec tant de furie, que l’eau monta de six pieds & emporta les hardes d'un des canots des Missionnaires. Elle eût même emporté toutes les autres par l'impétuosité de ses vagues, si l’un de la troupe ne se fût éveillé & n'eût donné promptement l'alarme, Tous se lèvent aussitôt, courent sur les hardes pour les mettre en sûreté, mais sans rien recouvrer des premières qu'un baril de poudre qui flottait sur le lac. Le plomb même fut emporté, ou plutôt il fut enfoncé si avant dans le sable, qu'on ne put jamais l'en retirer. Ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'eft que toute la chapelle de M. Dollier fut entièrement perdue, & cet accident, qui les mettait tous hors d'état de recevoir le sacrement de l'Euchariftie & de le procurer à d’autres, leur fit prendre la résolution de retourner à Montréal pour se fournir d'une autre chapelle, comme aussi de marchandises, afin de les échanger pour des vivres, chez les sauvages, qui ne connaissaient pas d'autre monnaie.
Comme le chemin des Outaouas leur parut presque aussi court que celui par où ils étaient venus, ils prirent le parti d'aller à Sainte-Marie-du-Saut, où ces sauvages s'assemblaient, espérant de descendre de là avec eux à Villemarie; & après avoir fait environ cent lieues de navigation, ils arrivèrent à l'endroit par où la mer douce des Hurons se décharge dans le lac Erié. A six lieues de là, ils rencontrèrent un endroit fort vénéré de tous les sauvages de ces pays, à cause d'une idole de pierre, que ceux-ci croyaient se rendre favorable en lui offrant des présents & des sacrifices, pour obtenir une heureuse navigation sur le lac Érié. Cette pierre, que les Iroquois leur avaient fort recommandé d'honorer en passant, n'avait cependant d'autre rapport avec la figure humaine que celui que l'imagination grossière de ces barbares lui donnait, quoique pourtant on y eût peint avec du vermillon une espèce de visage grotesque. « Après la perte de notre chapelle & la