‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 216 sur 392 · RETOUR A VILLEMARIE · texte numérisé non relu

RETOUR A VILLEMARIE

« discette de vivres que nous avions éprouvée, ajoute M. de « Galinée, il n'y avait personne dans notre troupe qui ne « fût plein de haine contre ce faux dieu. Je consacrai une « de mes haches pour casser cette divinité de pierre; puis « ayant accofté nos canots ensemble, nous portämes le « plus gros morceau au milieu de la rivière, & jetàämes « aussi tout le refte à l’eau, afin qu'on n'en entendit jamais « plus parler (1). »

A quatre lieues de là, les voyageurs entrèrent dans un petit lac appelé par Samson, dans sa Géographie : le Lac des eaux salées, où cependant ils ne trouvèrent aucune marque de sel; & arrivèrent enfin à la mer douce des Hurons, qui a de six à sept cents lieues de tour, & queles Algonquins appellent Michigané. Ils y firent environ deux cents lieues, & quoiqu'ils se vissent fréquemment à la veille d'y manquer de vivres, la Providence vint encore ici à leur secours. « Nous n'avons jamais été plus d'un « Jour sans nourriture, dit à ce sujet M. de Galinée. Il eft « vrai qu'il nous eft arrivé plusieurs fois de nous voir « dépourvus de tout, & de passer le soir & le matin sans « avoir absolument rien à mettre à la chaudière. Mais « nous étions tellement accoutumés à nous voir secourus, « dans ces occasions, par la bonté divine, que nous en « attendions avec tranquillité les effets, dans la pensée « que Celui qui nourrit dans ces bois tant de barbares « n'abandonnerait pas ses serviteurs. » Ils côtoyèrent ainsi ce lac, ou la mer douce, sans aucun péril, entrèrent ensuite dans le lac des Hurons, & arrivèrent enfin, le 25 mai, jour de la Pentecôte, à Sainte-Marie-du-Saut, où ils se firent annoncer par quelques décharges de fusil.

Les PP. Jésuites venaient d'y établir leur principale résidence pour les missions des Outaouas & des peuples Voisins (2), & depuis un an ils y entretenaient deux hommes qui leur avaient bâti avec des pieux de cèdre, de douze pieds de hauteur, un joli Fort carré, renfermant une chapelle avec une maison ; & tout auprès du Fort ils avaient

(1) Voyage de MM.

Dollier et de Galinée; ibid,

RÉCEPTION DES MISSION- NAIRES A SAINTE-MA- RIE ; ILS DESCENDENT A MONTRÉAL, (2)Relation de1660, p.18.

(1)Relationde1671, P: 39.

(2) Relation de 1670, P+ 87e

préparé un vafte champ d'où l’on espérait se procurer du pain avant deux années. Les voyageurs y furent reçus avec toute la charité possible par les Pères Dablon & Marquette qui y résidaient, & assiftèrent ce jour-là même à une partie des Vêpres. Enfin, les deux jours suivants, ils firent leurs dévotions avec d'autant plus de joie, que depuis près d'un mois & demi ils étaient tous privés de ce bonheur. S'ils assiftèrent aux Vépres, à leur arrivée, le jour de la Pentecôte, c'eft qu'il y avait alors des Français au Saut Sainte-Marie, souvent au nombre de vingt ou vingtcinq, quis'assemblaient pour la Grand'Messe & les Vêpres, les dimanches & les jours de fêtes (*). Se voyant à plus de trois cents lieues de Villemarie, M. Dollier & M. de Galinée désiraient de s'y rendre au plus tôt, afin de pouvoir de là aller hiverner chez les Outaouas, & de se rendre, au prin- «emps suivant, vers le Mississipi pour en évangéliser les peuples. Ils cherchèrent donc un guide qu'ils trouvèrent fort à propos, & prirent congé des PP. Dablon & Marquette, le 28 mai. Leur voyage fut très-heureux; il eft même à remarquer que, n'ayant fait que dix-sept ou dixhuit portages en descendant (quoiqu'on en fit alors en montant quarante ou même quarante-cinq), ils n'essuyè-

(‘) M. de Galinée fait ici une remarque qui montre la pureté du zèle qui animait les PP. Jésuites dans cette Mission. Quoiqu'il y eût au Saut Sainte-Marie quelques sauvages baptisés, il n’y en avait pourtant pas un seul, dit-il, qui fût assez bon catholique pour étre admis à assifter à l'office divin. « En sorte, ajoute-t-il, qu’au lieu « appelé la Pointe du Saint-Esprit, au fond du lac Supérieur, où se « sont retirés les reftes des Hurons depuis l'incendie de leurs vil- « lages, le Père qui passa lhiver avec eux (probablement le P. Mar- « quette) (1), me dit que, quoiqu'il y en eût un grand nombre autre- « fois baptisés, lorsque les Missionnaires étaient aux Hurons, il « n'avait pourtant jamais osé dire devant eux la sainte Messe, sachant « qu’ils regardaient cette action comme une jonglerie de sorcier. » C’eit ce qui explique pourquoi le P. Le Mercier, dans la Relation de cette même année 1670, parle de la piété de ces sauvages en des termes fort réservés : « Les Hurons, dit-il, qui sont à la Pointe du « Saint-Esprit au nombre Ce quatre à cinq cents, conservent un « peu de chriftianisme (2). »

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