‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 231 sur 392 · ES · texte numérisé non relu

ES

SAUVAGES A LA PRAIRIE. 1669. 317 le feu, ce qui, dans les coutumes de ces peuples, était le signe de l'établissement d'une résidence nouvelle (1). Ils choisirent alors deux chefs, l'un pour la police & la guerre, l'autre pour avoir l'œil à l'exercice de la religion, & l'on établit même parmi eux la Confrérie de la Sainte-Famille (2). C'eft sans doute de cette Mission que la Mère de l'Incarnation veut parler, en citant un exemple assez singulier de la tyrannie que les songes exerçaient sur l'esprit des sauvages païens. « L'un d'eux, qui était bien avant « dans le pays des Iroquois, ayant songé, dit-elle, qu'il « fallait qu'il tuât sa femme, qui était pour lors à Mont- « réal dans une bourgade de sauvages où il y avait un « grand nombre d'Iroquois, se leva promptement, & vint « en ce village, qui eft à plus de cent lieues de son pays, « pour tuer cette femme, qui eft chrétienne. Les Pères « Missionnaires, ayant appris le dessein de ce furieux, la « font cacher dans une cabane fermée; néanmoins il y «entre, tout hors de lui-même, conduit par des chiens « qui suivaient la femme à la pifte: car ces animaux sont « dressés à cela. On la fait monter au grenier, les chiens « l'y suivent; enfin elle saute à terre, elle fuit, & on la « met en la garde des sauvages. Voyez l’aveuglement de « ces peuples infidèles, de faire plus de cent lieues de che- « min pour obéir à un songe (3) (*). »

(*) Indépendamment de ce village sauvage, il s’était formé à la Prairie de la Magdeleine une bourgade Française, composée, en 1672, d'environ soixante habitants, la plupart pauvres & vivant du travail de leurs mains. L’un d’eux, Pierre Pera, & Denise Lemaitre, sa femme, firent, en 1675, une aétion de piété & de charité tout ensemble, qui mérite de trouver place dans cette hiftoire desftinée à rappeler les origines du pays. Désirant de contribuer, dans ces commencements, à répandre de plus en plus parmi leurs concitoyens la dévotion envers Marie, ils donnèrent, par atte du 22 septembre 1675, « un logis de pieux en coulisses, couvert de paille, situé à la côte « Saint-Lambert, avec une perche de terre tout autour, pour que le « tout füt employé à perpétuité au service de la Sainte Vierge, & que

(1) Relation de 1674,

pe 12, 13,

(2) Relation de1672, Pe 17.

(3) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre 86e, 1670, p. 653.

(4) Archiv, de Québec. Département des terres de la Couronne.

Donation de la chapelle de la côte Saint-

« ce logis devint une église dédiée à son nom. » Ce sont les termes Lambert, 22 sept.

du contrat de donation (4).

Il, BOURGADE SAUVAGE ET PÉLERINAGE DE NO- TRE-DAME DE FOYE,

‘1) Notes tirées d’un ancien manuscrit Huron de la mission de Loretie.—Relation de 1071, p. 1. Relation de 1679, p. 23.

(2) Relation de 1677, P« 7.

(3) Manuscrit de la Bibliothèque impériale, à Paris. Supplément Français 1282, in-fol.Lettre circulaire du Père Chaumonot, pas le Père Dablon.

(4) Pièce sur Notre- Dame de Foye, communiquée par M. Faribaut,

(5) Relation de 1671, p. 7. Relation de 1670, P. 22.

(6) Relation de 1672, p. 2. Relat. de 1670, pe 22e

318 Hit PARTIE, LOUIS XIV.

Outre le village sauvage de la prairie, près de Montréal, il s'en était formé, vers le même temps, un semblable proche de Québec. Des Hurons, échappés au massacre de leur nation par les Iroquois, s'étaient réfugiés, en 1651, dans l'île d'Orléans, & de là étaient allés se mettre en sûreté, le 4 juin 1656, à Québec, où M. d’Aillebouft , ainsi qu'on l'a raconté, avait fait conftruire un Fort pour leur servir de retraite & de lieu de défense. Après la défaite des Agniers, & à l'occasion de la paix conclue avec les Iroquois, ces mêmes Hurons, sortis de leur Fort au mois d'avril 1668, étaient allés à Beauport; mais, après environ un an de séjour dans ce lieu, ils le quittèrent au printemps de 1669, & allèrent s'établir à la côte de Saint-Michel, où ils demeurèrent plusieurs années (1). Cette côte était fort peuplée de Français; ceux-ci, conjointement avec les sauvages, conftruisirent tout auprès de la nouvelle bourgade une chapelle (2), qui devait être commune aux uns & aux autres, & dont le P. Chaumonot dirigea la conftruétion (3). Ce fut vers ce même temps qu'on reçut à Québec une flatue de bois représentant la ‘Très-Sainte Vierge, envoyée du pays de Liége, afin qu'elle fût honorée en Canada & y excitàt le zèle pour procurer la conversion des sauvages; & il eft bon de faire connaitre ici cette ftatue, qui donna son nom à la nouvelle Mission (4). Environ l'année 1611, on avait trouvé dans le cœur d'un chéne, au bourg de Foye, à une lieue de la ville de Dinant, au pays de Liége, une flatue de Marie, qui fut appelée pour cela Notre-Dame de Foye, & devint bientôt célèbre par la dévotion des peuples. Le respeét pour cette ftatue s'étant étendu aussi à l'arbre dans lequel elle avait été trouvée, on fit avec du bois de cet arbre d’autres flatues, & de ce nombre celle qui fut envoyée à Québec par un Jésuite de Nancy, pour servir à l'usage des sauvages (3). La chapelle, élevée par les soins du P. Chaumonot, ayant donc été terminée & dédiée au myftère de l'Annonciation, M. de Laval voulut qu'on y plaçât la flatue de Notre-Dame de Foye (6), ce qui fit d'abord appeler de ce nom le village

ontable e de 51, sûinsi leur des Irohois ron rin- Micote vec elle aux a la ut à inte )rée on ftaron ne, au ur par ant a.

ce de 1anc de de

\ge

Page 1