SAUVAGES DE N, D, DE FOYE
dont nous parlons, d'où eft venu le nom de Sainte-Foye ou Sainte-Foix, qu'on lui a donné ensuite (1) (*). A peine cette flatue fut-elle placée dans la nouvelle chapelle, qu'elle devint pour les sauvages un objet de singulière dévotion, à cause de diverses grâces qu'ils attribuèrent à sa présence au milieu d'eux. Cette année, ils furent préservés de la petite vérole, qui fit de grands ravages parmi ceux de leur nation (2); l'année suivante, une femme sauvage obtint la guérison de son enfant devant cette même ftatue ; en sorte qu'en peu de temps la chapelle de Notre-Dame de Foix devint pour tous les environs un lieu de pèlerinage.
Cette colonie Huronne, composée d'environ cent cinquante personnes, contribua, par sa piété sincère, à l'édification des Français établis dans les environs, surtout à exciter la dévotion envers Marie. Une Huronne, élevée par les Ursulines & mariée à un Français, parlant un jour à quelques-uns de ses parents de la dévotion du Saint Esclavage, alors autorisée par l'Église, leur fit concevoir un tel désir de l'embrasser, qu'ils ne cessèrent d'importuner le Père Chaumonot jusqu'à ce qu'il l'eût introduite parmi eux. « Je le fis au mois de juin 1671, écrivait ce « Religieux; & d'autant que ces bonnes gens ont une « grande tendresse pour la Sainte Famille de Jésus, Marie, « Joseph, je les disposai à entrer dans la confrérie que
(*) [ne faut pas pourtant le confondre avec le nom de Foix, imposé déjà, du temps de Lescarbot, à une rivière située au-dessous d’Hochelaga, qui semble avoir été celle appelée des Prairies (3); ni avec celui de Sainte- Foix, que M. de Puiseau avait donné à la maison qu'il habitait, à une journée au-dessus de Québec, sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Peut-être avait-il emprunté ce nom de celui du village nommé Sainte-Foix, en Normandie, aujourd’hui dans le canton de Longueville, arrondissement de Dieppe; & cet exemple put engager d’autres colons à imposer aussi, comme ils le firent dans la suite, des noms de leur pays natal à des terres en Canada dont ils étaient devenus propriétaires.
(1) Relation des Jésuites dans la Nouvelle-France, t, HU, Québec, 1858, Table alphabétique, p. 28,
(2) Relation de 1670, p.20
If, PIÉTÉ DES SAUVAGES DE SAINTE-FOYE,
(3) L'Escarbot, édi.
tion de 1618, Carte du Canada,
(1) Relationde 1671,
(2)Hiftoire du Montréal, de 1670 à 1671.
(3) Relation de 1671, pe 9 10e
« Mgr notre Évèque en a établie à Québec; & pour « joindre ces deux dévotions ensemble, je les y fis ad- « mettre en qualité d'esclaves de la Sainte Vierge, afin que « tout ce qu'ils feraient de bien fût mis dorénavant entre « ses mains pour qu'elle en disposât, comme véritable « maitresse, en faveur des âmes du purgatoire ou de qui « bon lui semblerait. On ne saurait croire la bénédiction « que Dieu a donnée à cette dévotion; il y a déjà plus de « trois mois qu'ils continuent dans cette ferveur; & quand «ils vont au travail ou qu'ils en reviennent, ils ne man- « quent point d'entrer dans la chapelle pour offrir leurs « services à leur bonne maîtresse (*) (1).» De son côté, M. Dollier de Casson rend ce beau témoignage à leur vertu : « Presque tous les sauvages du Canada sont adon-
nés aux boissons, surtout ceux qui sont proches des « Français, à l’exception de quelques-uns, entre lesquels « sor* quelques Hurons, que Dieu conserve quasi mira- « cr'usement (2). » Le Père Frémin, le 14 août 1672, exceptait aussi les sauvages de la Prairie dont nous avons
(*) Ces sauvages, outre leur assiduité à la prière, faisaient paraître une grande charité les uns pour les autres, surtout pour les malades. [ls avrient aussi beaucoup de dévotion pour sainte Anne, & plusieurs d’entre eux allaient même en pèlerinage à son église de la côte de Beaupré, sous Québec, pour l’y invoquer. Une veuve du village de Sainte“Foix, qui avait vu mourir saintement sa fille & son mari, ayant résolu d’y aller en dévotion pour remercier sainte Anne, & offrir un présent de deux mille grains de porcelaine, qui étaient comme les pierreries de ces barbares, elle pria le Missionnsire de trouver bon que ce présent ne parût pas sous son nom, mais qu’il fût offert au nom de la nation Huronne. Elle ajouta que, comme nous tenions de sainte Anne la Sainte Vierge, sa fille, elle serait bien aise aussi de faire cette petite otfrande, en reconnaissance de cette faveur qu’elle eftimait par-dessus tous les trésors du monde. Les principaux de la bourgade, pour rendre cette action plus solennelle, voulurent être de la partie. Ils s’embarquèrent dans des canots d’écorce, accompagnés de leur Missionnaire, chantant durant le voyage des hymnes en leur langue à l'honneur de la bienheureuse Vierge & de sainte Anne qu'ils allaient honorer; &, arrivés au lieu du pèlerinage, ils firent tous leurs dévotions avec beaucoup d’édification pour les habitants du lieu (3).
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CRAINTE D'UNE NOUVELLE GUERRE. 1669. 321 parlé : « Depuis que je suis ici, écrivait-il, je n'ai point eu « connaissance qu'il soit entré dans aucune de leurs ca- « banes une seule goutte de boisson, quoique partout aux « environs les sauvages s'enivrent tous les jours, avec des « excès qui font voir parmi eux une vraie image de l'en- « fer, par la fureur qui les transporte. Ils ont eu ici, l’es- « pace de plus de trois semaines, un cabaret tout proche « de leurs cabanes; pas un n'a eu la pensée d'y mettre « le pied, quoiqu'il y en ait bien cinquante ou soixante « parmi eux qui étaient de grands ivrognes (1). » Mais il parait que parmi les sauvages de la Prairie il y eut quelques variations là-dessus, malgré le zèle & la vigilance de leur Missionnaire.
Quant aux cinq nations Iroquoises dont nous avons surtout à parler ici, voici quelle fut leur situation à l'égard des Français sous le gouvernement de M. de Courcelles. D'abord, en 1669, la paix conclue avec elles, cette paix si importante & si nécessaire, dont chacun goûtait les fruits avec tañt de satisfaction depuis trois ans, faillit être rompue à l'occasion du massacre du capitaine Sonnontouan, dont on a parlé, & d'un autre attentat plus horrible encore. Depuis la conclusion de la paix, les Iroquois allaient en assurance hiverner, pour leurs chasses, auprès des habitations Françaises. L'hiver de 1668 à 1669, six personnes de la nation d'Onneiout (*), savoir : trois hommes, une femime & deux enfants avaient dressé leu: cabane sur le bord de la rivière Mascouche, qui se décharge dans celle qu'on appelait de Jésus. Trois Français ayant pris
(*) La Mère Marie de l’Incarnation a été mal informée en disant que ces sauvages étaient de la nation des Loups. Les pièces du procès de leur massacre, qu’on voit encore en original au greffe de Villemarie, montrent qu'ils étaient tous de la nation d’Onneiout (2). De son côté, l’auteur de la Relation de 1650, après avoir dit que tous ces sauvages étaient lroquois, ajoute qu’ils appartenaient à la nation d'Onneiout (3). Seulement il porte leur nombre à sept {4), au lieu de six qu'ils furent réellement,