TOME IL
(1) Arrêts & règle.
ments du Conseil supérieur de Québec, 1855, p. 39.
XI
MOULIN DE LA CHINE), ABANDONNÉ PAR MILOT COMME UNE CHARGE INSUPPORTABLE ,
les précédents, puisque La Salle y avait mis deux cents arpents de terre en commune, y avait tracé l'enceinte d'un village, & s'était encore réservé quatre cent vingt arpents pour son domaine scigneurial. Mais ayant négligé d'établir un moulin & même vendu son tief à Jean Milot, l'un des nouveaux habitants de cette côte, comme on l'a raconté, celui-ci proposa à M. de Queylus de l'autoriser à ‘ conftruire, à ses propres frais, un moulin à vent, à condition qu'il en jouirait seul pendant dix années consécutives; & qu'ensuite il le céderait aux seigneurs de Montréal, moyennant trois mille livres tournois, pour le dédommager de ses avances. M. de Queylus, qui ne cherchait que l'avantage des particuliers, accepta la proposition & désigna l'emplacement, en flipulant que le moulin serait de même matière & de même forme & hauteur que celui du Fort de Montréal. Les moulins que le Séminaire avait fait conftruire étaient établis dans une tour en pierre qui pouvait servir de redoute, & ce fut ainsi que Milot (1) Greile de Ville. çonftruisit le sien (1), qui coûta mille écus. Mais il se
marie, 11 juin 1670, : , A : dc a An i Ale de Busèts repentit bientôt de son entreprise, & mécontenta même les censitaires qui n'avaient pas toute la facilité désirable pour faire moudre leur blé. C’eft pourquoi le Séminaire, en vue de procurer l'avantage des habitants déjà ctablis dans ce lieu, consentit, le 2 novembre 1673, sur la demande expresse de Milot, à reprendre le moulin, moyennant la somme qu'il avait dépensée pour le cons-
(2) Ibid, 2 noveme truire (*) (2).
bre 1672.
(*) Dans le contrat dons nous parlons ici, il eft dit que les sei-
gneurs consentent à cet accord pour faciliter la mouture des grains
#". des habitants du lieu, & de ceux qui s’établiront au-dessus € au-dessous dudit village. C’eft que ce lieu était plus favorable
qu'aucun autre aux colons qui désiraient de trafiquer avec les sauvages; &, au fond, c'était moins l’agriculture que cette sorte de commerce qui les attirait pour la plupart. Parmi ceux qui allèrent s’y fixer en 1672, nous remarquons les sieurs Nicolas Boyer, Pierre Chedepots, Jean Grenet, Magdeleine Vivier, dit La Douceur, Lamotte, George Alaix, Pierre Masaud, François Lenoir, dit Roland, qui s’y
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Mais, outre l'établissement d'un moulin & la construétion d'une chapelle, un autre obftacle plus difficile encore, qu'on ne pouvait vaincre même à prix d'argent, dans la formation d'une paroisse, était de la pourvoir d'un prêtre qui la desservit. La foi chétienne avait alors généralement trop d'empire sur les cœurs des colons pour qu'ils voulussent aller s'établir au loin, dans des lieux écartés, exposés tous les jours aux surprises des Iroquois, s'ils n'étaient assurés d'y recevoir, surtout à leurs derniers moments, les secours de l'Église, & si d'ailleurs eux & leurs enfants étaient privés de toute inftruétion religieuse & de l'édification qu'ils avaient trouvée jusqu'alors dans les réunions & les exercices du culte public. Le pays, trop nouveau encore, ne fournissait presque point de prêtres; il fallait donc en faire venir de France, & nous avons vu combien il était rare d'en trouver qui voulussent quitter leur patrie pour se dévouer à tant de dangers & même à tant de privations, les paroisses n'ayant pas encore de quoi entretenir leurs pafteurs. Dès qu'il y eut des colons établis dans l'île de Montréal & à la côte de Saint-Sulpice, le Séminaire crut être obligé de leur envoyer un prêtre pour leur donner les secours de son miniftère; ce qui fai-
était établi dès l’année précédente. M. Talon ayant déjà défendu aux hommes non mariés la chasse, la pêche, la traite avec les sauvages & méme l'entrée des bois, Lenoir, qui était encore célibataire, fut inquiété sur ce commerce. Il promit cependant, le 20 décembre de cette année, de se marier l’année suivante, trois semaines au plus tard après l’arrivée des vaisseaux, & même il s’obligea, en cas de dédit de sa part, à donner cent cinquante livres à l'hôpital & autant à l’église de Villemarie. A ces conditions, on lui permit de trafiquer dans sa maison & de se faire payer des sommes que lui devaient les sauvages, mais non pas d’aller à la chasse dans les bois (1), tint sa promesse, & au mois de décembre de l’année suivante, 1672, il épousa la fille d'un ancien exempt, ou officier de la maison du Roi, Marie-Magdeleine Charbonnier, de la paroisse de Saint-Jean-en- Grève, à Paris (2). Ce François Lenoir, dit Roland, né à Moras, petite ville de Dauphiné, aujourd’hui département de la Drôme, & alors diocèse de Vienne, eft l’auteur des famiiles de ce nom qui subsiftent encore à Villemarie.
DIFFICULTÉ 49 D'AVOIR UN PRÊTRE POUR DFS* SERVIR LA HOURGADE, OÙ PAROISSE, LA CHINE DESSERVIE D'A- UORD PAR VOIE DE MISSION,
(1) Greffe de Villemarie, 20 déc. 1677,
(2) Jbid., 26 dé.
cembre 1672. Contrat de mariage de François Lenoir.
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(4) Archives de la Propagande, vol, America 3. Canada, 356; de Statu Ecclesiæ, 20 oët. 1661, fol, 29,
(2) Grefle de Villemarie, Ordonnance de M. Talon, 1672, publiée par l'ordre de M, d'Aillebouft,
(3) Archives du séminaire de Villemarie. Pièces sur les concessions, 15 janvier
(4) Arch. de la Propagande, ibid. art. 12, fol, 8,
(5) Ibid., fol, 29,
(6) Regittre de la Chin:. Remarque sur cette paroisse par M. Remy.
marie, 27 mai 1075.
Inventaire des biens de Gcorge Allète,
sait dire à M. de Laval, dans son État de l'Église qu'il envoya à Rome en 1661 : « L'île de Montréal eft partagée « en diverses paroisses auxquelles les prêtres résidant à « Villemarie ont soin d'adminiftrer les sacrements & les « autres secours spirituels (*) (1). » On envoya ainsi des prêtres d'abord à la Chine & à la Pointe-aux-Trembles, mais par manière de mission passagère & à certains jours seulement. De là cette formule dans les ordonnances du juge de Villemarie : « Le présent acte sera lu & affiché à « la Chine & à la Pointe-aux-Trembles à l'issue des Messes « qui s'y diront les premiers jours (2). » Les aétes de l'autorité publique étaient ainsi affichés aux moulins comme aux premiers édifices publics des paroisses rurales, où d'ailleurs chacun, étant obligé d'aller par nécessité pour faire moudre ses grains, pouvait en avoir aisément connaissance. Car dans ces premiers temps il n'y avait encore ni église ni chapelle, & à la Chine les habitants s'assemblaient, pour la Sainte Messe, dans la maison d'un nommé Fournier (**) (3). Un pieux colon de ce lieu,
(*) Il paraît que, dans ses premières visites paflorales, M. de Laval avait pris une connaissance assez imparfaite de l'étendue de l’île de Montréal. Dans sa Relation de 1660, après sa première visite, il lui donnait de longueur huit lieues € davantage, & de largeur environ trois lieues dans les parties les plus étendues (4); mais dans sa Relation de l’année suivante il suppose qu’elle avait au moins deux lieues de longueur. Pareillement, il donne à l’ile d'Orléans au moins quatorze lieues de longueur & sept ou huit de largeur (5). C'eft une confirmation frappante des observations que nous avons faites déjà au sujet de Jacques Cartier & de Champlain, sur la difficulté d'évaluer approximativement les diftances dans un pays nouveau, encore inconnu de ceux qui Île parcourent.
(**) Les premiers prêtres qui exercèrent à la Chine les fonctions de Missionnaires furent MM. de Fénelon, d’Urté, Barthélemy, Le Fèvre, Trouvé, Bailly (6). Au mois de mai 1675, ce dernier, après avoir célébré la sainte Messe, revenait dans un canot conduit par Gcorge Allète, menuisier, lorsque ce canot tourna; &, ce qui eft assez étonnant, le conduéteur se noya, tandis que M. Bailly se sauva à la nage (7). I parait qu’il gagnait alors non Villemarie, mais le domaine
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Jean Chevalier, qui désirait vivement d'y voir confiruire une chapelle, donne, en 1671, la quatrième partie des biens qui lui étaient échus à Dieppe par le décès de ses père & mère & de son frère, pour être employée à cette conflructiott & à prier pour lui(1). M. Guyotte, prêtre du Séminaire, envoyé à la Chine en 1695, fit bâtir la chapelle l'hiver suivant (2), de concert avec René Cuillerier, premier marguillier du lieu, agissant au nom de la Fabrique. Enfin, cette chapelle, conftruite en bois par Pierre Gaudin dit Châtelet (3), se trouvant achevée au commencement de l'année suivante, elle fut bénie par M. Guyotte le Jeudi- Saint 1676, &, à la demande des paroissiens, dédiée à Dieu sous le vocable des Saints Anges, ce que l'Évêque avait permis verbalement, en attendant qu'il donnât des lettres-patentes de cette érection (4).
A la Pointe-aux-Trembles, les seigneurs avaient fait élever aussi un moulin, devenu nécessaire aux habitants des côtes voisines (*); & comme on l'avait pratiqué à la Chine, on célébra d'abord la Sainte Messe dans la maison de quelqu'un des colons, notamment dans celle de François Beau ou Le Beaux (5). Il y avait cependant, dès l'année 1674, une chapelle au bas de l'île de Montréal ; mais le prêtre qui allait y adminiftrer les Sacrements était tout à la fois Missionnaire au bas de l'ile, à Répentigny (6), à l'ile Sainte-Thérèse, à la Chesnaye & à Verchère (7). Le petit nombre d'habitants était cause que le même prêtre
de la Présentation, que les prêtres du Séminaire avaient établi audessus de la Chine, & où quelques-uns d’eux résidaient ordinairement, du moins jusqu'en l’année 1676, qu’ils bâtirent une chapelle à la Chine même (8).
(*) Plusieurs de ces habitants ayant négligé d’abattre sur leurs terres des bois encore debout, qui fermaient le passage du moulin à d’autres colons & les empéchaient d’y faire moudre leurs grains, le juge de Villemarie les condamna, en 1672, à les faire abattre, & autorisa même les seigneurs à employer à cela des hommes aux frais des propriétaires négligents (9).
(1) Grefle de Villemarie, 18 oét, 1671 Donation irrévocable pur Jean Chevalier à l'église de lan Chinc
(2) Regittre di Chine, Remarques de M, Remy.
(3) Greñle de Villemarie, août 1675,
(4) Regittre de la Chine, Note de M, Remy à latôte du ver re giftre & reinarques ibid,