‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 245 sur 392 · FIEFSCONCÉDÉS A CHAR- LES LE MOYNE · texte numérisé non relu

FIEFSCONCÉDÉS A CHAR- LES LE MOYNE

(2) Fièces & documents sur la tenure seigneuiiale, p. 301.

(3) dbid., p. a0.

front sur deux lieues de profondeur, avec quelques îles (1).

Entin, M. Talon donna à M. Charles Le Moyne toutes les terres non concédées sur le bord du fleuve Saint-Laurent, depuis le sieur de Varenne jusqu'à la seigneurie de la Prairie (2). Par là, il voulut reconnaitre les services que ce brave & dévoué colon avait rendus depuis tant d'années au Canada, surtout à l'île de Montréal, services qui étaient reftés sans récompense avant l'arrivée des troupes: car la grande Compagnie, si généreuse pour tant d’autres, n'avait fait à Charles Le Moyne aucune faveur (*). En 1668, le Roi, pour le récompenser, l'avait anobli, en le qualifiant, dans ses lettres de noblesse, sieur de Zongueuil, du nom que Charles Le Moyne avait donné à l’une de ses terres. Comme elles formaient trois fiefs diftinéts, lintendant du Canada en 1676, M. Duchesneau, voulant lui témoigner de plus en plus la satisfaétion du Roi, les réunit en un seul, sous le nom de fief de Longueuil (3), qui refta depuis à l'aîné de la famille Le Moyne. Charles avait pris ce nom d'un village de Normandie, aujourd'hui chef-lieu de canton, dans l'arrondissement de Dieppe, sa patrie. Aussi eft-il à remarquer que, dans l'acte de mariage du sieur Saint-Aubin, passé à Villemarie en 1679, le notaire, pour éloigner toute confusion, a eu soin de

(*) M. de Lausonde la Citière lui avait concédé, il eft vrai, en 1657, un fief de cinquante arpents de front sur cent de profondeur, mais avec des charges jusqu’alors inouïes ; & en 1664, M. de Lauson père avait ajouté à ce fief l'ile Sainte-Hélène & Pislet Rond, avec des charges plus onéreuses encore, ainsi qu’il a été dit. M. Talon, dans la diftribution qu’il fit des terres de la Citière, donna à Charles Le Moyne toutes celles qui se trouvaient entre le fief de Varenne & les cinquante arpents dont nous parlons; &, de plus, les autres qui, de là, s’étendaient jusqu’à la Prairie de la Magdeleine. Les cinquante arpents nommés d’abord la Petite Citière furent appelés ensuite par Charles Le Moyne du nom de Longueuil.

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dire que les parents de ce colon demeuraient à Longueuil de Dieppe (1). Charles Le Moyne emprunta aussi du pays de Normandie quelques autres noms qu'il donna à plusieurs de ses enfants, tels que celui de Marigny, pris d'un village, aujourd'hui chef-lieu de canton, dans le département de la Manche; celui d'Iberville, emprunté du fief de ce nom, Sous-la-Haïe, dans la Châtellenie d'Hotot-sur- Dieppe (2). Enfin, M. Talon, pour interdire aux Iroquois les îles qui étaient au-dessus de Villemarie, donna en fief à M. Zacharie du Puy, major de l'île de Montréal, une petite île située au bas des rapides du Saut Saint-Louis, appelée l’île aux Hérons, qui formait comme deux îles, & y joignit quelques îlets voisins (3). L'île Saint-Paul, en face de Villemarie, avait déjà été concédée, en 1664, par M. de Lauson père à Claude Robutel de Saint-André, à Jacques Le Ber & Jean de Lavigne (4). M. Talon concéda une île plus considérable que les précédentes, située vers la tête de l'île de Montréal, à M. Pérot, Gouverneur de Villemarie, appelée depuis du nom de cet officier l'ile Pérot, & lui attribua aussi l’île à la Paix & les îles aux Pins, Sainte-Geneviève & Saint-Gilles (5). Enfin, l'année suivante, Charles Le Moyne de Longueuil obtint encore sur la rive droite du fleuve, deux lieues de terres de front, en face de l'ile de Montréal, sur trois lieues de profondeur, ainsi que l'île Saint-Bernard (6), & il appela cette seigneurie du nom de Chateaugai qu'elle porte encore.

Comme on le voit, par tout ce dénombrement, les terres des deux rives du fleuve Saint-Laurent, depuis le lac Saint-Pierre, surtout à partir de la rivière de Richelieu jusqu'à la tête de l'île de Montréal, furent érigées en fiefs & données à des militaires, avec obligation pour eux de s'y établir, deles faire cultiver & d'y attirer des colons, principalement les soldats licenciés qu'ils avaient eus sous leurs ordres. Les soldats reftés dans le pays s'établirent, en effet, dans les seigneuries dont nous parlons, & de préférence dans celles des officiers sous lesquels ils avaient

(1) Greffe de Villemarie, 20 août 1079 Contrat de mariage de Saint-Aubin avec Marguerite Beloy.

(2) Recherches historiques, archéologiques sur le duché d'Eftouteville, in-4, Caen, 1961, p. 51, 53,

(3) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p, 237.

(4) 1bid., p. 137.

(5) dbid., p. 253,

(6) dbid., p. 355, 356,

CES FIEFS DEVIENNENT L'ORIGINE DE PLU- SIEURS BOURGADES, COMPOSÉES D'ABORD DE SOLDATS.

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XIL, DIFFICULTÉ D'ÉTABLIR DES BOURGADES, OÙ PAROISSES ?! 1° LA CONSTRUCTION ET L'ENTRETIEN D'UN MOULIN.

(1) Grefle de Villemarie, 21 oët. 1671.

servi à la guerre; d'où il arriva que ces agglomérations d'habitants, devenant bientôt autant de villages & de paroisses, furent appelées du nom de ces officiers, qu'elles portent encore aujourd'hui. Telle a été l’origine des paroisses de Sorel, de Chambly, de Berthier, de Saint-Ours, de Contrecœur, de Verchère, de la Vatterie, de Varenne, auxquelles nous devons ajouter celles de Boucherville, ainsi appelée du nom de M. Boucher, & celle de Longueuil (*). Si tous les officiers des troupes, à qui M. Talon concéda des fiefs, ne donnèrent pas lieu à l'établissement d'autant de paroisses, c'eft qu'il eût fallu faire de grandes avances dont ils n'étaient pas capables la plupart. Plusieurs des bourgades que nous venons de nommer languirent même longtemps : les militaires qui les avaient établies n'ayant apporté en Canada que leur épée & leur bravoure, & ne trouvant de ressources que dans leur amour pour le travail, joint à leur bonne conduite & dans les libéralités du Roi.

Pour avoir une idée des difficultés que présentait l'établissement d'une paroisse, alors que le Canada ne fournissait rien de son fonds, il faut se rappeler qu'avant tout chaque seigneur se voyait obligé de procurer à ses censitaires deux objets de première nécessité : un moulin & une chapelle desservie par un prêtre. L'établissement d'un moulin était si indispensable à la subsiftance des colons, qu'ils avaient droit de l'exiger du seigneur qui leur

(*) Quoique toutes ces paroisses aient eu pour premiers colons des militaires toujours prêts à faire face aux barbares, ce n’eft pas à dire qu’elles n'aient été composées d’abord que de soldats : les seigneurs personnellement intéressés à les augmenter y ayant attiré des familles Françaises pour les y établir. Ainsi, Pannée 1671, un honorable bourgeois domicilié à Boucherville, Chriftophe Février, sieur de Lacroix, du pays de Mantes-sur-Seine, épousa une nièce de M. Charles d’Aillebouft, juge de Villemarie, Marie Martin, fille d'Abraham Martin & de Suzanne d’Aillebouft, du pays de Ravières, en Champagne (1).

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faisait des concessions de terres; &, sur son refus, ils pouvaient en bâtir un, & acquérir par là le privilége exclusif de moudre les grains de la seigneurie. Mais la conftruction & l'entretien d'un moulin étaient alors une charge très-onéreuse ; & si l'on en juge par les termes de l'arrût du Conseil souverain de Québec, du 20 juin 1667, les moulins en Canada coûtaient deux & même trois fois plus qu'en France, tant pour les conftruire, les réparer & les entretenir, que pour gager & nourrir les meuniers; & pourtant le prix de la mouture était le même que fixait la Coutume de Paris, savoir : la quatorzième partie des grains (1). Avant d'établir un moulin, il fallait d'abord faire venir de France, non-seulement les meules, mais encore tous les inftruments de fer & l'appareil nécessaire, ainsi que les cordages & les voiles ; ensuite faire conftruire le moulin; enfin, gager & entretenir un meunier qui fût toujours prêt à moudre le grain des censitaires; & comme il n'y avait d’abord qu'un petit nombre d'habitants dans chaque seigneurie, il s'écoulait bien des années avant que le produit de la mouture püût suffire à l'entretien du meunier. En attendant, le seigneur était tenu de lui payer des gages; &, en outre, de faire réparer tout ce qui venait à se détériorer dans le moulin. Il eft vrai que, par la suite, le privilége d’un moulin banal pouvait devenir une source de revenu; mais ce n'était qu'après que le seigneur avait fait de grosses dépenses; & ces dépenses, d'abord excessives, eu égard au petit nombre des censitaires, persévéraient quelquefois les mêmes pendant bien des années.

Aussi, en accordant de petits fiefs nobles de deux cents arpents de terres à divers officiers militaires dans l'île de Montréal, le Séminaire de Saint-Sulpice, pour ne pas leur imposer cette charge, avait ftipulé que ces officiers & leurs censitaires moudraient leurs grains aux moulins des seigneurs de l'ile; & si M. de Queylus en avait usé différemment à l'égard du sieur La Salle, c'eft que le fief concédé à celui-ci était beaucoup plus considérable que

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