‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 26 sur 392 · PRIS PAR LES AGNIERS · texte numérisé non relu

PRIS PAR LES AGNIERS

2) Gretle de Vil'e.

marie, acle de société, 30 janv, 1002,

‘1) Grefle de Ville-

marie, ordonnance du 14 juin 166%.

(2) Relation de 1663,

près des travailleurs, en se cachant dans les broussailles ou derrière les arbuftes qu'on voyait cà et là, à côté des champs cultivés, qui n'avaient point encore de bornes ni de démarcations fixes, M. de Maisonneuve ordonna, le 14 juin de cette année 1663, que Bénigne Basset mesurerait les terres de tous les particuliers, & poserait des bornes à chacune, afin que les habitants, sachant l'étendue précise de leurs concessions respectives, fissent disparaitre tous les arbufles qui s’y trouvaient (1). Cette précaution était d'autant plus nécessaire que, le 12 mai précédent, veille de la Pentecôte, une troupe de quarante Jroquois, les uns d’Agnié & les autres d'Onneiout, profitant de la facilité de se cacher que leur donnait cette disposition des champs, fondirent à l'improviste sur les travailleurs. Poussant, selon leur coutume, un cri effroyable pour jeter la terreur dans l'esprit de ceux qu'ils attaquaient, ils firent une décharge de fusils & saisirent deux de ces colons. L'un de ces capitfs, qui eut un œil crevé en cette rencontre, venait de s'enrôler dans la milice de la Sainte-Famille, & il ne fut pas plus tôt saisi, qu'élevant les mains au Ciel, il adressa à Marie une prière pleine de foi et de ferveur, la conjurant de ne pas permettre qu'un des enfants de sa famille périt par le feu des Iroquois (*). Cette

‘‘) Le P, Lalemant, dans la Relation de cette année, dit que cet homme s’était associé depuis peu à plusieurs autres familles des plus dévotes & des plus exemplaires de Montréal, pour se mettre tous ensemble sous la protection particulière de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph !2). Cet écrivain nous a servi de guide, dans ce que nousavons dit sur le même sujet, dans la Vie de mademoiselle Mance, quoique nous eussions de la peine à comprendre comment l'homme dont il s’agit avait pu étre reçu de la Sainte-Famille avant le 12 mai 1663, attendu que cette confrérie ne fut établie pour les familles dévotes que le 31 juillet suivant, comme nous le dirons bientôt. C’eft qu’alors nous ignorions encore que M. de Maisonneuve eût inftitué la milice du même nom dès le mois de janvier précédent. Il faut donc conclure que cet homme était, non de la confrérie, mais bien de la milice de la Sainte-Famille ; & commela confrérie prit naissance immédiatement après & se répandit partout en peu de temps, le P. Lalemant aura confondu l’une avec l’autre.

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prière achevée, il se trouva rempli d'une parfaite confiance au secours de sa Protcétrice, & se mit à suivre ses bourreaux aussi volontiers que s'il eût été dans la compagnie de ses concitoyens. Le soir, lorsqu'on l'étendait sur la terre & qu'on le liait à des pieux par les pieds, les bras & le col, pour l'empêcher de s'enfuir durant la nuit, il présentait aux sauvages ses mains & ses pieds & leur disait : « Les voilà, liez, serrez : Jésus-Chrift en a souftert pour « moi bien davantage, quand on l'étendit sur la croix; je « suis content de vous obéir, & d’imiter ainsi l'obéissance « que mon bon Maitre a rendue à ses bourreaux. » Quoiqu'on fit à Villemarie beaucoup de prières pour lui, & que lui-même, par un effet de sa grande confiance, regardàt sa délivrance comme assurée, il ne voyait cependant aucun moyen humain de s'échapper des mains des Iroquois. Ils le tenaient toujours également serré, et faisaient nuit & jour, autour de lui, une garde continuelle. Cependant, pour jouir plus tôt du plaisir cruel de brüler les deux captifs à petit feu, dans leur pays, ces barbares se séparèrent en deux bandes, qui se dirigèrent vers leurs villages respeélifs, par le plus court chemin, chacune emmenant avec elle l'un des deux prisonniers. Celui dont nous parlons était en la possession des Agniers, qui, étant en bien plus grand nombre que ceux d'Onneiout, lui laissaient moins d'espérance de s'échapper; aussi n'y pensait-il pas, voyant que la chose était naturellement impossible, quoique pourtant 1l se confiât toujours à l'assiftance de sa puissante Protectrice; & sa confiance ne fut pas trompée.

Des Algonquins chrétiens de la Mission de Sillery, qui s'étaient retirés au cœur de Québec (1), dans le Fort conftruit par M. d’Aïllebouit, appelé depuis Fort des Algonquins (2), avaient concu, depuis quelques jours, le dessein d'aller tenter quelque coup contre les Iroquois. Après avoir remonté, au nombre de quarante, la rivière de Richelieu et être arrivés au lac Champlain, à peine s'étaient-

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