‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 27 sur 392 · DÉLIVRANCE DU MIL'- CIEN, SA RECONNAIS- SANCE ENVERS MARIE · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE DU MIL'- CIEN, SA RECONNAIS- SANCE ENVERS MARIE

22 1° PARTIF, LES CENT ASSOC, ET LA COMP, DFE MONTRÉAL,

ils mis en embuscade, qu'ils aperçoivent les Agniers, au milieu desquels était notre captif. Is les suivent des yeux, remarquent leur gite, & prennent aussitôt la résolution d'aller tomber sur eux, à l'improv'fle, pendant la nuit, Ils s'approchent, en etlet, à la faveur des ténèbres, environnent sans bruit le lieu où les ennemis étaient campés: mais, quelque précaution qu'ils prennent, l'un des chefs Iroquois nommé le L'er, en grande réputation pour son courage & ses exploits, s'éveille soudain, donne l'alarme à tous les siens, qui prennent à l'inftant leurs armes, & sont aussi prêts à combattre que les assaillants. Aussitôt les Algonquins font brusquement sur les autres une décharge de fusils, puis, se précipitant l'épée & la hache à la main, frappent à droite & à gauche, & font couler le sang de tous côtés. Au milieu de ce carnage, le chef des Algonquins reconnait dans la mélée le fameux le Fer, le saisit par sa grande chevelure, & veut l'obliger de se rendre; l'autre résifte avec fierté & saisit à son tour par les cheveux son adversaire; mais, comme il était prêt à lui porter le coup de la mort, il eft prévenu par l'Algonquin, qui lui décharge sa hache sur la tête, si rudement, que l'Iroquois tombe à terre, & sa mort fait prendre la fuite à tous ceux de sa nation.

Pendant cette scène d'horreur, le milicien de la Sainte- Famille, étendu par terre, les pieds & les mains liés, n'attendait plus que le coup de la mort, & il allait le recevoir de la main d'un des Algonquins, qui frappait en aveugle, lorsqu'il s'écrie : « Je suis Français ! » À ces mots on s'arrète, on se hàte de le délivrer; et à peine voit-il ses liens rompus que, se jetant à genoux sur la terre trempée du sang ennemi, il rend à sa puissante Libératrice ses juftes actions de grâces. La proteélion du Ciel ne parut pas avec moins d'éclat sur les Algonquins. Quoiqu'ils eussent tué dix Iroquois & fait trois prisonniers, ils ne perdirent pas un seul homme; et, ce qui eft plus extraordinaire encore, aucun d'eux ne reçut la moindre blessure dans ce furieux

Page 1