VERS DEMERS
(x) Regiftre du Conseil souverain, 14 fév.
(t) Greffe de Ville.
tar. Information du 18 sept. 1067,
de ce tyran. Ce jour-là même, La Frédière l'envoya prendre par un sergent accompagné de deux soldats, le mit en prison dans le corps-de-garde avec les fers aux pieds, & le lendemain le fit monter sur le cheval de bois, où Demers demeura trois quarts d'heure, ayant à ses pieds deux boîtes de fer pesant les deux environ cent vingt livres. Ce genre de tourment arbitraire & cruel peut donner une jufte idée de l'humeur brutale & farouche de La Frédière, plus propre à châtier des forçats dans les bagnes qu'à commander à des Français. Car il n'eft pas hors de propos de faire remarquer ici que, le 14 février suivant, le Conseil souverain, en condamnant un voleur à être appliqué au cheval de bois à Québec, détermina à six livres seulement le poids qu'on attacherait à chacun des pieds du coupable (1). Mais comme si sa cruelle torture n'eût pas été suffisante, La Frédière la fit renouveler encore deux jours après. Enfin, Demers étant sorti de prison, il alla îe voir, le surlendemain, non pour réparer une si atroce injuftice, mais pour l'aggraver encore par des insultes & de nouveaux dégâts. Lorsque j'étais dans ton blé, lui dit-il insolemment, si j'avais pu t'attraper, je l'aurais roué de coups de bâton, voyant que tu fuyais, quoique je t'ordonnasse de renir à moi. Il prit occasion de cette prétendue insulte pour aller chasser tous les jours dans les blés de Demers avec plusieurs soldats, y faisant même de si affreux dommages que, de trois quarts d'arpent ensemencés en blé, Demers ne reeucillit que huit gerbes, sans parler encore de semblables dégâts faits dans ses autres grains (2).
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Mais ce n'étaient pas là les seuls excès dont La Frédière se füt rendu coupable à Villemarie. Jusqu'alors M. de Maisonneuve & les autres officiers des seigneurs de l'ile avaient empêché de vendre de l'eau-de-vie aux sauvages, conformément aux défenses de l'Évèque & aux arrêts du Roi. Dominé par l'appât d'un lucre sordide, La Frédière se mit à leur en vendre subliquement dans sa maison, quoique le Conseil souverain ne se fût pas encore relâché sur l'article des boissons, comme il fit en 1668: & durant le peu de temps qu'il passa à Villemarie, il leur en traita de douze à quinze barils, spécialement à des Sonnontouans. Il fit plus encore : pour tromper ces sauvages, il mêélait à l'eau-de-vie de l'eau naturelle, & en telle quantité qu'ils reconnurent eux-mêmes cette supercherie, & s'en plaignirent à Jean Baudoin, engagé du Séminaire, qui entendait la langue Iroquoise & demeurait alors à la maison fortifiée de Sainte-Marie. Enfin il se servait d'un de ses soldats comme d'un commis pour aller vendre de l’eaude-vie aux sauvages; & celui-ci en ayant traité pour la troisième fois, M. de Salières, qui en fut informé, le fit saisir & le conduisit en prison, en disant au geôlier : Prenez bien garde à cet homme, vous m'en répondrez à mon retour. Mais le jour même où M. de Salières quitta Villemarie, La Frédière l'élargit de sa propre autorité (1).
Rien n'était assurément plus opposé aux intentions du Roi qu'une conduite si injufte & si révoltante, uniquement propre à dégoûter les colons & à éloigner du Canada les Français, que ce Prince avait si fort à cœur d'y attirer en grand nombre. L'année suivante 1667, M. Talon, étant venu à Villemarie, parcourut, comme on l’a raconté, toutes les maisons de la ville & des côtes, pour savoir si quelqu'un des habitants avait à se plaindre d'injuitices qu'on lui eût faites; & à cette occasion les colons opprimés par La Frédière lui firent chacun leurs plaintes contre lui. Indigné d'une conduite si atroce, & voulant délivrer la colonie d'un homme si dangereux, M. Talon exposa ses
VII, TRAFIC ILLICITE ET FRAUDULEUX DE LA FRÉDIÈRE A L'ÉGARD DES SAU/AGES,
(1) Greffe de Villemarie, Information du
17 sept.