‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 300 sur 392 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

CLAUSES DE LA PULLE DESQUELLES LA COUR DÉSIRE LA SUPRESSION OU LE CHANGEMENT.

en Canada à en France de la voir promptement terminée (1).

Ce qui montre combien on désirait à Québec son heureuse conclusion, c'eft que, dans des aétes du Conscil souverain, par exemple dans celui du 20 mars 1668, M. de Laval eft qualifié : nommé par Sa Majeflé premier Évéque de ce pays, lorsqu'il aura plu à notre Saint-Père le Pape d'y en établir un (2). W paraît même que, lorsqu'il passa en France, l'année 1668, M. Talon se proposait de presser de nouveau la poursuite & le succès de cette négociation; du moins eft-il certain qu'il s'en occupa aélivement à Paris. Au mois de juin de l'année précédente, Clément IX étant monté sur le Saint-Siége, la Cour de France avait repris cette négociation; &, en 1668, le Pape fit même dresser un projet de Bulle d'éreétion, afin qu'on convint de toutes les clauses avant l'expédition de la Bulle définitive (3). Le duc de Chaulnes, ambassadeur à Rome, envoya ce projet à Paris pour connaître les intentions du Roi; & ce prince chargea M. Talon & d'autres jurisconsultes de lui faire part de leurs observations sur les clauses de ce projet de Bulle. Par leurs réponses, on voit combien ces légiftes, sous prétexte de prendre à cœur les intérêts du monarque, portaient loin les défiances & les précautions, en ce qu'ils s'imaginaient pouvoir donner quelque atteinte aux priviléges de la Couronne ou aux usages du pays; & pour faire connaître la délicatesse des susceptibi- : lités de cette époque, il eft nécessaire d'entrer ici dans quelques détails.

Le projet de Bulle dont nous parlons donnait à M. de Laval les titres d'Évêque de Pétrée & de Vicaire Apoftolique. déclarait que l'évêché de Québec dépendait nmédiatement du Saint-Siège, & que le Pape en inflituait Évèque M. de Laval, sur la nomination du Roi par droit de patronage, dont ce prince jouissait en vertu d'un pri-

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vilége apottolique. Enfin, d'après la forme usitée pour les concessions de grâces, dans ce projet de Bulle on donnait au Roi l'absolution des censures ecclésiaftiques qu'il pouvait avoir encourues. Sur cette dernière clause, les légittes Français firent observer qu'elle n'était employée qu'à l'égard de celui qui obtenait quelque grâce personnelle, pour lever par là l'inhabilité qui l'empécherait de la recevoir; & ils furent d'avis qu'on ne l'ihsérât point dans la Bulle. M. Talon ajouta même que, si l'on insiftait pour l'y laisser, 1l fallait qu'elle eût pour sujet, non la personne du Roi, qui ne recevait aucune grâce, mais celle de M. de Laval, à qui le Pape accordait le nouvel évèêché & tous les pouvoirs nécessaires pour le régir, en qualité de titulaire, On ne fut pas moins alarmé de la qualité de Ficaire Apoflolique, qui, dix ans auparavant, avait excité tant de rumeurs; & M. Talon demanda que, dans la Bulle, on se contentât de donner à M. de Laval la qualité d'Évèque de Pétrée : pareillement qu'au lieu de cette clause : sur la nomination du Roi par droit de patronage, en vertu d'un privilége apoftolique, on employät celle-ci : sur la nomination du Roi, d'après les concordats. Mais une difficulté qui parut plus sérieuse à ces jurisconsultes, c'était de faire dépendre Québec immédiatement du Saint-Siége, d'où il arriverait, disaient-ils, qu'à cause de la longueur & des dépenses du voyage de Rome, presque personne ne pourrait appeler des sentences de l'Évèque diocésain. Comme les Bulles de Vicaire Apoftolique pour M. de Laval avaient déclaré déjà que l'Église paroissiale de Québec était du diocèse de Rouen, ces légiftes demandaient que le nouvel évèché demeurût suffragant de cette métropole; & M. ‘r'alon, qui était de cet avis, voulait qu'au moins on le fit dépendre de quelque autre archevèché de France. Il ajoutait cependant que, si l'on ne pouvait l'obtenir, on insiftât pour qu'il ne dépendit immédiatement du Saint-Siége que jusqu'à ce qu'on cût érigé d'autres évèchés & formé une métropole en Canada (1). Le 26 juillet 1668, le miniftre envoya ces observations au duc de Chaulnes, en lui re-

(tr) Arch. du ministère des aflaires étrangères, vol. 192, Rome,

t. XXXIX, p. 140.

1) Arch. du minisiredes affaires étran- commandant de la part du Roi de tenir à ce que la Bulle

ères, vol. 192. Rome 5 ; .

de XXXIX,p 145,” ÿ fût conforme en tout point (1).

ON EXIGE À ROME QUE Sur l'ordre exprès du Pape, la Congrégation consittoir Pen riale s'assembla pour les examiner en détail. Elle demeura MENT DU PAPE, d'accord qu'on ôterait de la Bulle la clause de l'absolution

des censures, ainsi que le titre de Vicaire Apoñftolique ; mais elle voulut qu'il y fût exprimé que Québec relèverait du Saint-Siége immédiatement. De son côté, Colbert écrivait le 30 août 1669 à M. l'abbé de Bourlemont, chargé de poursuivre à Rome cette affaire : « Sa Majefté désire que « vous représentiez à M. le cardinal Rospigliosi que le Ca- « nada a toujours été dirigé, quant au spirituel, par l'Ar- « chevêque de Rouen; que les habitants sont tous naturels « Français, parmi lesquels il n'y a d’habitués qu'environ : « deux cents naturels du pays; en sorte que c'ett bien « plutôt une colonie Française qu'une nation barbare con- « vertie à la Foi catholique. C’eft ce qui fait désirer ç ‘e « l'Évèque soit suffragant de l'archevèché de Rouen, jt :- « qu'à ce que, la colonie devenant plus peuplée, Sa Sainte * « puisse y établir une métropole & divers autres évèchés « Quant aux limites du nouveau diocèse, le Roi ne peu: « les régler à présent, attendu le peu d'espace cultivé & 1: « grande étendue de pays que les Français occupent ! « long du grand fleuve Saint-Laurent. C'eft pourquoi « semble nécessaire de laisser, pour le présent, tou « l'étendue du Canada dans la dépendance de l'évêche « de Québec, & de mettre une réserve pour pouvoir le « reftreindre à l'avenir dans une étendue raisonnable, eu « égard au nombre des paroisses & des habitants qui s’y

(2) Arch. de la ma: « établiront (2). » Le Roi, en envoyant ces observations

Rats de Colbert à l'abbé de Bourlemont, lui écrivait : « Je dé-

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