‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 317 sur 392 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

(1) Gretle de Villemarie, regittre des audiences, 417 nov.

(2 Archives de Îa marine. Regiftre des dépêches de Colbert, année 1671, fol 32,

(3) Greffe de Villemarie, Regiftre des audiences, 17 nov.

M. PERROT FAIT LE COMMERCE DES Li- QUEURS DANS L'ILE DE SON NOM, PAR M, DE BRUCY,

(1) Grefle de Villemarie, 17 mars 1675.

(2) Regiftre du Conseil souverain, 23 ocobre 1674.

Me PERROT FAVORISE OUVERTEMENT LES COUREURS DE BOIS.

(3) Biblioth. im-

périale, Supplément

français, 1205,Manuscrit, récit du voyage de M. de Courcelles,

par M. Dollier, 1671.

4) Regiftre des jugements & délibérations du Conseil, 2 oét. 1672, fol. 509,

dont nous parlons, il y plaça Antoine de la Fresnaye, sieur de Brucy, qui, après avoir été licutenant dans sa compagnie (1), était ainsi devenu son agent d'affaires & son commis attitré. Enfin M. de Brucy, outre ce commerce illicite avec les sauvages, était encore le protecteur notoire & le complice des coureurs de bois, leur fournissant des liqueurs & des marchandises en échange des pelleteries qu'ils lui apportaient à l'île Perrot (2). Lorsque l'année 1671, M. de Courcelles retourna du lac Ontario à Villemarie, comme il a été raconté, il voulut visiter cet établissement naissant & celui de M. de Berthé, sieur de Chailly, enseigne de la compagnie de M. Perrot, commencé depuis peu à la tête de l'île de Montréal, sur les terres que le Séminaire lui concéda l’année suivante, à titre de fief noble. Le comptoir de commerce de M. de Chailly était situé en face de l'île Perrot, de l’autre côté du fleuve Saint-Laurent; & peut-être qu'en s'établissant ainsi l'un & l’autre à la tête de l’île de Montréal, ils s'étaient promis d'avoir, par ce moyen, les pelleteries de tous les sauvages qui descendraient le fleuve. Mais l'intérêt les divisa bientôt, au sujet même de leur commerce; & l’année suivante 1672, nous les voyons en procès devant le Conseil souverain pour terminer leurs différends (*).

Dans la visite qu'il leur fit, M. de Courcelles fut informé qu'il y avait au pied du Long-Sault, dans la rivière des Outaouas, des Français qui enivraient les sauvages (3), & l’on peut conjetturer que M. Perrot n'était pas entièrement étranger à ces transgressions. Il eft certain qu'il donnait lui-même protection ouverte aux coureurs de bois,

(*) Il s'agissait de certaines pelleteries, que M. de Chaïlly avait reçues en payement d’un nommé Desessarts; & de son côté, M. Perrot réclamait une partie des mêmes pelleteries, pour être payé de ce qu’il avait avancé à un individu mort depuis peu : prétendant qu’elles avaient appartenu au défunt, & que le sieur Desessarts était soupçonné de lavoir tué, pour se rendre maître de ses fourrures (4).

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non-seulement dans son île, par M. de Brucy, son agent, mais encore dans toute l'étendue de celle de Montréal, où il faisait sa résidence; & qu'il délivrait des congés à des individus, ses affidés, tant de Villemarie que des lieux circonvoisins, pour aller, sous prétexte de chasse, faire la traite dans les bois. Ayant même appris que quelques particuliers en avaient déjà obtenu de M. de Frontenac, il les obligea de les lui remettre & d’en recevoir à ia place d’autres de sa propre main. Enfin pour avoir, sans beaucoup de frais, des coureurs de bois à ses ordres, il soutfrit que presque tous les soldats de sa garnison désertassent l'île de Montréal & s'enfuissent dans les bois, sans se mettre en peine de les faire poursuivre, ni même de donner avis de leur désertion au Gouverneur général. Bien plus, comme plusieurs de ces soldats s'étaient rendus coupables de vols envers des habitants de Villemarie, M. Perrot, pour empêcher qu'on ne les poursuivit dans les bois, délivra aux particuliers volés des billets écrits de sa main, avec engagement de les rembourser, ce qu'il fit sans doute dans l'espérance de retirer de ces déserteurs son argent avec usure, par l'autorisation qu'il leur donnait d'aller courir les bois, ne les employant presque à autre chose (r).

On comprend assez qu'une violation si ouverte & si scandaleuse des ordonnances du Roï devait être pour la colonie une source continuelle de désordres & servir de prétexte à plusieurs pour s'enhardir à de semblables transgressions. Lorsque M. de Bretonvilliers fut informé de la conduite de M. Perrot, il eut des regrets cuisants d'avoir donné à l'île de Montréal un tel Gouverneur ; mais, depuis que celui-ci avait reçu sa commission royale, il était difficile de le contenir dans le devoir & même de lui donner de simples avertissements. Uniquement chargé par M. de Bretonvilliers & par le Roi du gouvernement de l'île de Montréal, il s’attribuait néanmoins le droit de juger les différends des particuliers qui avaient recours à lui, quoiqu'il fût entièrement étranger à la jurisprudence; il ef

1), Archives de la marine. Lettre de M. de Frontenac à Colbert, 14n0v. 1674.

M. PERROT SE REGARDE COMME INDÉPENDANT DES SEIGNEURS DE L'ILE; IL JUGE LES COLONS,

(1) Archives du Séminaire de Villemarie. Quettion proposée par M. Remy avec les réponses.

XII, REMONTRANCES A M, PERROT ; IL FAIT METTRE EN PRISON LE JUGE D'OFFICE,

vrai que dans ces occasions il appelait M. Remy pour le consulter, & suivait ordinairement ses avis. Mais par une étrange bizarrerie de caractère, qui du refte n'a rien d'étonnant dans un homme tel qu'était M. Perrot, les services qu'ii recevait alors & qui l'humiliaient, lui inspiraient contre M. Remy tant de mauvaise volonté & d'opposition, qu'il disait hautement dans le pays que cet Ecclésiaftique n'était en Canada que pour le contredire dans l'exercice de sa charge (1).

Cependant quelques-uns des plus anciens & des plus honorables citoyens de Villemarie, MM. Picotté de Beleftre, Vincent de Hautmesnil, Charles Le Moyne de Longueuil, Jacques Le Ber & M. Migcon de Branssac, vivement affligés de la conduite du nouveau Gouverneur, qui tendait au renversement de l'ordre & à la ruine du commerce, résolurent enfin de lui faire de respectueuses remontrances. Pour ce dessein, ils s'assemblèrent le 7 janvier 1672, & cohvinrent entre eux d'aller lui représenter avec douceur les désordres que quelques volontaires commettaient journellement, surtout deux d'entre eux, quoique le Gouverneur général les eût déjà condamnés l'un & l'autre à être exilés du Canada; & comme M. Migeon remplissait alors l'office du juge, M. d'Aïllebouft étant absent de Villemarie, ils le prièrent de porter lui-même la parole, au nom de tous, ce qu'il accepta. Arrivés chez M. Perrot, ils trouvèrent M. Dollier qui les y avait précédés, peut-être pour préparer l'esprit du Gouverneur à cette visite. Mais lorsque M. Perrot eut entendu parler M. Migeon, il se mit dans une violente colère, se répandit contre ces messieurs en paroles blessantes & grossières, comme eût pu le faire l'homme de la lie du peuple le plus brutal, & ajouta en terminant sa diatribe : Je ne suis pas comme M. de Maisonneuve, je saurai bien rous contenir dans le devoir. La nuit qui survint, au lieu de lui apporter conseil & de calmer son courroux, sembla n'avoir servi au contraire qu'à l'irriter davantage, surtout contre M. Migeon; car le len-

our le demain 8 janvier, il le fit saisir, de son autorité privée, & srtne . mit en as pour FE des observations qu'il avait , 116 à 0 >» Je) à d'étons ien osé lui faire la veille.

ervices oi | | XIII.

contre Informé d'un tel acte de violence, sans exemple jus- 1sorxcrs ven. rrr-

ROT ENVERS LES SFI- GNEURS,

qu'alors à Villemarie, M. Dollier, comme représentant des seigneurs, se transporte au château où étaient alors les prisons, & se fait accompagner par MM. Remy & Ranuyer, & par le greffier, afin d'interroger M. Migeon & de dresser procès-verbal de cette affaire. Un soldat qu'ils y trouvent en faction, armé du fusil & de l'épée, les voyant

n, qu'il n'était de sa

es plus

de Be- arriver, leur défend de passer outre, & appelle en même e L:on- temps le sergent de garde. Celui-ci, nommé La Rose, se . vive- présente aussitôt; 1l leur déclare que, d’après l'ordre du ur, qui Gouverneur, M. Dollier seul aura la liberté de parler à 1 com- M. Migcon; & un inftant après survient le valet de chamremon- bre de M. Perrot qui, de la part de son maître, réitère au

sergent le même ordre. C'était pour empêcher M. Dollier, par défaut de témoins & d'officier public, de prendre acte des réponses du détenu. M. Dollier demande alors au

janvier er avec

au geôlier son regiftre pour y voir dans quels termes était

l'autre conçu l'écrou de M. Migeon; &, à sa grande surprise, 1l

plissait n'y trouve rien qui ait rapport à son affaire.

de Vil- Là-dessus ces messieurs se rendent chez le Gouver-

le, au neur, &, après l'avoir salué, M. Dollier lui dit qu'il vient

rot, ils pour savoir s'il eft vrai qu'il ait fait emprisonner M. Mi-

ut-être geon & pour prendre acte de ses réponses. M. Perrot dé-

. Mais clare qu'il l’a fait mettre en prison pour le punir des pa-

se mit roles offensantes qu'il lui a dites, & ajoute qu'il ne

ssieurs donnera point les raisons qu'on vient lui demander de sa Ÿ le faire conduite, attendu qu'il eft supérieur dans le pays à uta en M. Dollier. Celui-ci, sans incidenter sur cette réponse, lui

e Mai- demande alors pourquoi, en faisant emprisonner M. Mi- | pir. La geon, il n'a donc point écrit son écrou sur le regiftre de

de cal- la geôle, comme le prescrivent aux juges les ordonnances

re qu'à de nos rois. C’eft, répond M. Perrot, que les procédures

le len- de guerre sont bien différentes de celles de la juftice, &

qi nee 1h

mn gs DCR CE TUE

MODÉRATION GNEURS:

DES SFI- AUTRES

qu'au refte il représente dans le pays la personne du Roi, comme étant son Gouverneur, & n'eft obligé de rendre compte de ses actions à personne, M. Dollier insifte & lui représente qu'il n'eft pas dans l'ordre de faire ainsi emprisonner les ofliciers de la juftice, spécialement M. Migcon qui tient actuellement la place du juge; qu'en cette qualité il a fait des procédures & des actes judiciaires la veille & le jour même contre un prisonnier accusé de vol & de meurtre, dont il eft nécessaire d'inftruire & de juger la cause ; qu'enfin il peut survenir d’autres affaires semblables, qui demandent le miniftère de la juftice, & qu'il n'y aura plus moyen de les poursuivre, ni de donner suite à celles qui sont commencées, tant que le juge sera ainsi détenu en prison. La réponse de M. Perrot montre la légèreté & tout à la fois les prétentions extravagantes de son esprit, infatué de l'autorité indépendante & souveraine qu'il s'attribuait, en vertu de sa commission royale : « Si le ciel venait à tomber, répondit-il, i! y aurait bien « des aloucttes prises; j'ai droit d'emprisonner toutes « sortes de personnes, & même M. d'Aillebouft, juge de « ce lieu, s'il vient à s'oublier, comme l'a fait M. Migeon. » M. Dollier, reprenant alors la parole, se contexta de lui dire que si M. Migeon lui eût manqué de respeét, il aurait cu, pour obtenir satisfaction, des voies plus douces à prendre : le Gouverneur général & l'Intendant du Canada étant les juges naturels devant lesquels M. Migeon avait à répondre de ses aétes; & il finit par demander la liberté de ce dernier, pour qu'il pût continuer les fonélions de juge. M. Perrot la refusa en disant qu'il l'accorderait volontiers si c'était une prière qu'on vint lui faire, mais non sur une remontrance dont on prétendait prendre acte dans les formes: & là-dessus M. Dollier se retira. Une violation si manifefle & si criante des droits les plus légitimes ne pouvait être continuée longtemps. Aussi M. Migeon fut-il élargi peu après.

Mais si M. Perrot n'eut point à rendre compte d'une

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conduite si irrégulière, il dut sans doute à la protection de M. ‘Talon, alors présent dans le pays, & à la modération des seigneurs, l'assoupissement de cette affaire, à laquelle nous ne voyons j'as qu'on ait donné aucune suite. Les pénibles détails que nous venons d'exposer ne furent que le prélude des transgressions, des violences & des vexations qui signalèrent toute la suite du gouvernement de M. Perrot à Villemarie; & il paraît qu'avant d'aller en Canada, il avait déjà donné de semblables sujets de plaintes contre lui. « S'il vous plaît, vous informer de son

humeur & de sa conduite, écrivait M. de Frontenac à Colbert, en 1674, vous apprendrez facilement ses emportements & la manière dont il s’eft comporté partout où il a été, & même à l'égard de son oncle, à Lisbonne, dont M. de Saint-Romain fut témoin. M. de Courcelles vous pourra dire aussi les plaintes qu'il a eues contre lui quand il était en ce pays, & ce qu'il a été obligé d'en souffrir, Pour moi, je n'ai pas voulu vous mander mille algarades qu'il m'a faites, & qu'un autre, dans la place où je suis, n'aurait point souflertes si patiemment. L'alliance dans laquelle nous sommes à cause de ma femme, la considération de son oncle & l'espérance qu'il profiterait des remontrances que je lui faisais, & changerait de façon de faire à l'égard des coureurs de bois, m'engagèrent à mettre tout sous les pieds & à faire toutes les avances pour le porter à entrer en lui-même par le moyen de ses amis (1). » Mais ce qui n'eft pas moins à

regretter, M. de Frontenac, qui se plaignait avec tant de raison de M. Perrot, n'était pas lui-même exempt de tout soupçon de commerce intéressé, comme la suite le

montrera.

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