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POUR L'ILE DE MONT

RÉAL

gouvernement. « Vous trouverez bon, s'il vous plait, « Monseigneur, écrivait M. Talon à Colbert, que je vous « remette en mémoire, que M. Perrot, qui a épousé ma « nièce, se trouve en Canada; et que présentement il y « eft établi avec la commission de M. de Bretonvilliers, « pour remplir le gouvernement de Montréal, vacant par « la retraite de M. de Maisonneuve en France. Ce dernier « en était pourvu par M. de Bretonvilliers, qui a droit, « par titre de concession, d'y pourvoir, comme seigneur. « Mais comme M. Perrot a l'honneur de commander sa « compagnie, il serait, à mon sens, plus honorable & « plus avantageux au service du Roi, qu'il eût la commis- « sion de Sa Majefté, & je vous la demande très-humble- (1) Archives de la « ment (1), » Colbert ne s'empressa pas de répondre à ro EN ‘M. Talon, & se contenta d'abord d'écrire, en regard de sa nov. 1670. demande, ce mot : à examiner. Comme il avait une affection particulière pour M. de Bretonvilliers, ainsi que nous le verrons dans la suite, il voulut sans doute prendre langue avec lui avant de satisfaire M. Talon ; & il paraît que M. de Bretonvilliers ne vit aucun inconvénient à ce que le Gouverneur de Montréal eût une commission particulière du Roi : attendu que les Gouverneurs généraux, nommés par la grande Compagnie, avaient tous reçu de semblables provisions, sans préjudice pour les droits des seigneurs qui les avaient nommés. Colbert, dans ies lettres de commission royale qu'il fit dresser pour M. Perrot, eut soin, en effet, de mettre à couvert le droit de MM. du Séminaire ; elles étaient conçues en ces termes : « Étant « nécessaire de pourvoir au gouvernement de l'ile de « Montréal, vacant par la démission & le désiftement du « sieur de Maisonneuve, ci-devant pourvu de cette charge « par la Compagnie dite de Montréal, au lieu & place de « laquelle sont à présent les Prètres & Ecclésiaftiques du « Séminaire de Saint-Sulpice de la ville de Paris. Nous « vous avons commis & commettons, par ces présentes, « signées de notre main (le sieur Perrot), pour com- « mander, sous notre autorité & celle des seigneurs de

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« l'ile de Montréal, aux habitants & aux gens de guerre « dans toute l'étendue de cette île, même dans les Forts qui « y pourraient être conftruits, & pour faire vivre les habi- « tants en union & concorde les uns avec les autres (1). » Ces lettres étaient datées du 14 mars 1671. Colbert, en les envoyant à M. Talon, ajoutait encore, au sujet du droit des seigneurs : « Vous trouverez ci-joint la commission de « Gouverneur du Montréal pour le sieur Perrot, votre « neveu, que j'ai fait expédier, sur la nomination de « M. de Bretonvilliers (2). » M. Perrot, ayant recu ces lettres, les présenta à M. d'Aillebouft, avec celles de M. de Bretonvilliers données deux ans auparavant, & fit enregiftrer au greffe de Villemarie les unes & les autres qui furent publiées, selon l'usage, « afin que les habitants de « Montréal & les autres, en ayant une pleine & entière « connaissance, cussent à le reconnaitre pour leur Gou- « verneur (3). »

Mais, dès ce. moment, il se considéra comme indépendant des seigneurs & affranchi de tout contrôle dans le trafic des boissons qu'il faisait déjà avec les sauvages, au grand scandale de tous les gens de bien du pays. Pour mieux réussir dans ce commerce & recevoir plus sûrement les pelleteries des mains des sauvages, il avait établi un magasin au-dessus de l'île de Montréal, sur le chemin par où ils avaient coutume de passer, ce qui devait leur éviter la peine de les porter à Villemarie. Le lieu qu'il avait choisi était une île du fleuve Saint-Laurent, qui, de son nom, fut appelée l'ile Perrot; & afin d'y être entièrement indépendant, il en obtint de M. Talon, comme on l'a dit, la propriété & la seigneurie à la fin de l’année suivante. Dans cette île écartée, où il avait feint de commencer quelques défrichements, il trafiquait librement avec les sauvages qui descendaient le fleuve, & envoyait même de là des hommes dans les bois pour courir après les chasseurs. Mais ne pouvant, en sa qualité de Gouverneur de Montréai, s'occuper lui-même des détails de ce commerce, ni résider dans l'île

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