‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 326 sur 392 · M, DE FRONTENAC FAIT DONNER LA PROPRIÉ- TÉ DU FORT AU SIEUR LA SALLE · texte numérisé non relu

M, DE FRONTENAC FAIT DONNER LA PROPRIÉ- TÉ DU FORT AU SIEUR LA SALLE

(2) Mémoire présenté au Roi par la famille La Salle, infol., 7 pages d'impression, p. 2,

(3) Archives de ln marine. Regiftre des dépêches, 1674-1675, 13 mai 1675.

(4) Jbid,, 15 mai 1674, déclaration de Claude Bracour,

It PARTIE, LOUIS XIV.

dans la colonie firent murmurer en secret plusieurs de ses habitants (*) (1).

Pour ne pas interrompre ce qui concerne l'établissement de ce Fort, nous dirons ici que, l'année suivante 1674, M. La Salle passa en France afin d'en demander la propriété au Roi, & lui présenta des lettres de M. de Frontenac qui, de son côté, sollicitait cette faveur pour son protégé, ainsi que des lettres de noblesse (2). Quoique le Roi eût vu avec quelque peine la formation de cet établissement & eût même mis en délibération s'il était convenable de le laisser subsifter : toutefois, pour ne pas rendre inutiles les dépenses déjà faites, il consentit à ce que demandait M. de Frontenac (3). Il paraît que dans la supplique que La Salle présenta en son propre nom à la Cour, il avait donné au nouveau Fort le nom de Frontenac, par reconnaissance pour son bienfaiteur, ce qui fut cause que dans les lettres de concession données à Compiègne, le 13 mai 1675, le Fort fut en effet appelé de la sorte, d'où il arriva même que le lac Ontario prit aussi le nom de lac Frontenac. Le Roi accorda au sieur La Salle la propriété & le gouvernement du nouveau Fort, ainsi que quatre lieues de terres adjacentes avec des îles & des islets. Les conditions proposées par celui-ci & agréées par la Cour furent qu'il porterait en Canada au moins pour dix mille livres en argent ou en eflets, qu'il rembourserait pareille somme employée à la conftruction du Fort, le mettrait en état de défense & y tiendrait à ses frais une garnison, au moins égale à celle du Fort de Villemaric. La Salle s’obligea de plus à y entretenir & à y faire subsifter

(*) Un prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, M. Séguenot, arrivé de France à Villemarie, peu après le voyage de Katarakoui, entendit les habitants se plaindre de Pinjuftice de ces corvées ; & quelques-uns ajoutaient même que, s’il nv avait pas eu alors un Gouverneur particulier à Villemarie, M. de Frontenac aurait imposé bien d’autres corvées aux habitants (4).

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à ses frais vingt hommes, pendant deux ans, pour le défrichement des terres, à y bâtir une église dans les six premières années; &, en attendant, à y entretenir un prêtre ou un Religieux, pour y adminiftrer les sacrements, jusqu'à ce que quelque autre particulier fût établi au-dessus du Long-Saut, avec une concession semblable à la sienne. Qu'enfin il y formerait des villages pour rassembler & faire vivre ensemble des Français & des sauvages, à qui il donnerait des concessions de terres pour s'y établir (1). Il fut aussi stipulé qu'au bout de vingt ans, à compter de l'année 1676, le Roi pourrait disposer de toutes les terres de ce fief, qui n'auraient pas été alors défrichées. Enfin, le même jour, 13 mai, le Roi donna en outre les lettres de noblesse à M. La Salle, sur le rapport avantageux qui lui avait été fait de ses bonnes aétions dans le pays de Canada (2).

Au moyen de ce Fort, M. La Salle se promettait de faire, par le commerce avec les sauvages, une immense fortune; & sa famille, qui désirait beaucoup son avancement, lui procura les fonds nécessaires pour qu'il püût remplir les conditions auxquelles il s'était engagé. Avec ces avances, il remboursa d’abord les dix mille livres, le 10 octobre suivant (3); & ayant été reçu le 12 par M. de Frontenac au gouvernement du nouveau Fort (4), il y conduisit des ouvriers, démolit la circonvallation de bois & en fit conftruire une autre plus considérable, avec cinq baftions de pierres de taille. On voit par le compte de ses dépenses que, dans un temps, il avait avec lui quarantequatre hommes, dont l’un, le sieur de la Forets, venu de Villemarie, était sergent ou major du Fort de Frontenac, en outre un lieutenant, un chirurgien, onze soldats & trois maçons qui, en 1677, travaillèrent pendant trois mois à la conftruction du Fort (5). Mais il paraît que la plupart de ces hommes n'étaient là qu'en passant & plutôt employés aux affaires du propriétaire qu'établis à Katarakoui. Du moins, dans la revue du Fort que M. de Frontenac fit le

(1) Archives de l'Empire. Regiftredes arrêts du Conseil, arrêt du 13 mai 1675, Regiftre des insinuations du Conäcil souverain, vol. A, numéro 1, fol, 57.

(2) Documents sur M. La Salle, commuiiuués par M. de Monruflet, archives de la marine. Dépêche de Colbert, 1675.

fol. 29 & 30.

AU LIEU D'UNE COLO- NIE QU'IL DEVAIT Y ÉTABLIR, LA SALLE N'EUT JAMAIS QU'UN COMPTOIR À KATARA- KOUI.

(3) Mémoire présenté au Roi.

(4) Documents communiqués par M. de Monrutlet.

(5) Mémoire présenté au Roi, Pocuments, etc.

(1) Mémoire pré-

senté au Roi. Docu-

ments, état de la dé-

pense, etc.

DE FRONTENAC SÉ- YIT CONTRE LES COU- REURS DE ROIS, ET RÉPRIMANDE M, PER- ROT QUI LES FAVO- RISE,

7 septembre 1677, il n'y trouva, outre le Gouverneur, le Major, deux Récollets, les Pères Louis & Luc & quelques autres, que quatre habitants : Curaillon, Jean Michaud, Jacques de la Métairie & Mathurin Grégoire, dont deux seulement avaient femme & enfants. Et ce qui montre que ce Fort fut moins une colonie que La Salle avait promis d'établir qu'un simple comptoir de commerce, c'’eft que, pour le conftruire & pour gager les hommes qui y résidaient, les entretenir & les nourrir, il dépensa moins de trente-cinq mille livres, ainsi qu'il paraît par un mémoire que sa famille présenta au Roï après la mort de La Salle, pour demander quelque dédommagement : toutes ces dépenses étant devenues inutiles (1), comme nous le dirons dans la suite.

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