KATARAKOUI A SERVI D'EXEMPLE POUR
donner quatre petites filles de l'âge de sept à huit ans, & deux petits garçons, qu'il adopterait pour ses enfants & qu'il ferait inftruire à Québec, leur promettant de garder les garçons chez lui & de placer les filles chez les Religieuses. Les députés des cinq nations, qui parlèrent les uns après les autres, s'engagèrent à observer fidèlement tout ce que le Gouverneur venait de leur recommander ; mais ils ajoutèrent que, quant à la demande qu'il leur faisait de quelques-uns de leurs enfants, ils ne pourraient résoudre cette affaire que quand ils seraient retournés dans leurs villages & en auraient conféré entre eux.
Le 20 juillet, dès le matin, les Iroquois prirent congé de M. de Frontenac; les uns partirent pour le grand village, d'autres pour Villemarie, d’autres enfin pour Kenté ou ailleurs; & leur départ fut cause que, l'après-midi du même jour, le Gouverneur permit aux escadres de partir le lendemain, se proposant de ne retenir avec lui que ses gardes, sa maison & quelques volontaires, qui faisaient en tout vingt-cinq canots. Mais le soir du même jour il reçut des nouvelles qui lui firent douter si les escadres ne devaient pas diflérer leur départ. M. de Fénelon lui mandait que les députés de Ganatchés, Thiagon, Galnairaské, Kenté & Gancions, devaient se rendre le vendredi au soir ou au plus tard le samedi matin à Katarakoui, au nombre de plus de cent, pour le saluer et lui protefter de leur obéissance. Néanmoins M. de Frontenac jugea, par les procédés des sauvages qui venaient de partir, qu'il n'avait pas de grandes précautions à prendre contre les autres, ni besoin d'une plus nombreuse escorte que celle qu'il s'était proposé d'abord de retenir; les escadres partirent donc le lendemain; &, les députés annoncés par M. de Fénelon étant arrivés, il leur fit les mêmes recommandations qu'aux autres, & tous promirent d'y être fidèles (1).
Telle fut l'origine de l'établissement du Fort de Kata-
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rakoui, qui par la suite a donné naissance à Kingston, aujourd'hui l'une des villes épiscopales du Canada. Le motif d'intérêt privé qui détermina M. de Frontenac à cette entreprise servit d'exemple & de prétexte à un grand nombre d’autres officiers du Roi, pour établir, plus tard, de semblables poftes dans des pays plus éloignés encore; & toutes ces triftes expériences faisaient dire au ministre de la marine, dans une lettre de l'année 1753, adressée à M. Duquesne, gouverneur général, & à M. Bigot, intendant : « Ce sont les divers poftes établis dans la colonie « qui occasionnent les excédants énormes de dépenses. « Ces sortes d'établissements se sont multipliés peu à peu, « toujours sous le prétexte du bien du commerce, ou de « la nécessité de contenir quelque nation sauvage; car « ceux qui les proposent ne manquent jamais de couvrir « du voile de l'intérêt public les motifs d'intérêt particulier « qui les font agir. Si dans les projets qu'on en présente, « il doit en coûter quelque chose au Roi, on le fait tou- « jours envisager comme une dépense modique ou « même passagère. Mais dans l'exécution cette dé- « pense eft tout d'un coup fort considérable; elle de- « vient permanente & augmente enfin tous les ans; & « ce qu'il y a encore de plus fâcheux, c'eft que très- « souvent ces poites ne servent qu'à occasionner des « désordres (1). »
Les dépenses que M. de Frontenac avait faites pour le compte du Roi dans l'établissement de son Fort s’élevèrent à la somme de dix mille livres, & elles auraient été incomparablement plus considérables, s'il eût dédommagé les habitants de leurs frais & de leurs travaux. Car ils avaient été obligés de faire, à leurs propres dépens, deux cents, & d’autres trois cents lieues d’une navigation aussi pénible que périlleuse, d'exécuter les travaux nécessaires à la conftruction du Fort, de transporter dans leurs canots tous les objets que demandait cette entreprise; & toutes ces corvées très-onéreuses & jusqu'alors sans exemple