ARRESTATION DE M. DE CARION
d'inquiéter au contraire, & de troubler dans leur commerce, ceux des colons qui refusaient de le mettre en part de leurs gains (1); & peut-être que ce motif entrait pour quelque chose dans le zèle qu'il déployait en faisant observer à ces derniers les ordonnances du Roi, touchant la traite, & même en sévissant avec une grande rigueur, comme il le fit, contre les coureurs de bois (*) (2). On comprend après cela que M. de Frontenac ne pouvait guère vivre en bonne harmonie avec M. Perrot, qui de son côté laissait en paix les coureurs de bois, pour son intérêt personnel, & en multipliait même le nombre par les congés qu'il donnait à divers habitants, comme nous l'avons dit. Aussi M. de Frontenac, ayant reçu sa visite à Québec, vers la fin de l'automne 1673, ne manqua pas de le réprimander sévèrement, lui ordonnant de veiller à l'observation des ordonnances du Roi dans l’île de Montréal, où les transgressions étaient si fréquentes. M. Perrot, pour l'adoucir, ne manqua pas de lui faire les proteftations de zèle les plus sincères en apparence, quoiqu'il ne dût en tenir aucun compte, comme la suite le montra bientôt.
Il y avait à peine huit jours qu'il était de retour à Villemarie, lorsque deux coureurs de bois y arrivèrent & allèrent loger chez M. de Carion, qui peut-être avait aussi quelque intérêt personnel dans leur traite frauduleuse. Le juge du lieu, M. d’Aillebouft, informé de leur arrivée, envoie sans délai l'un de ses sergents, nommé Bailly, pour les saisir; mais M. de Carion, prenant fait & cause pour
(*) On peut penser avec quelque fondement que M. de Frontenac ne craignait pas de rendre suspeétes les personnes les plus recommandables, pour écarter plus sûrement, par ce zèle apparent, les soupçons auxquels sa propre conduite pouvait donner lieu. Parlant des Jésuites, qu’il n’aima jamais, il osait bien écrire à Colbert, en déguisant ses paroles sous le voile de chiffres convenus : « Pour vous « parler franchement, ils songent autant à la conversion du caftor « qu’à celle des âmes (3). »
(1) Archives de la marine, 7 mai 1674.
Déclaration de M. Mi-
geon.
(2) Ibid. Lettre de M. de Frontenac,
M. DE FRONTENAC EN- VOIE ARRÊTER M. DE CARION, PROTEC = TEUR DE DEUX COU- REURS DE BOIS,
(3) Lettre de M. de Frontenac à Colbert, 2 nov. 1672.