‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 333 sur 392 · CHUTE DE M. DOLLIER DANS LES GLACES · texte numérisé non relu

CHUTE DE M. DOLLIER DANS LES GLACES

avoir voulu négocier, peut-être trop chaudement, leur réconciliation. Il revint à Villemarie à pied sur les glaces; & il y était à peine arrivé, que M. de Frontenac se plaignit de lui à M. Dollier dans plusieurs lettres, blâmant ses procédés qu'il taxait d'emportements indignes d’un homme de son caraétère & de sa naissance. M. de Fénelon, voyant alors que le Gouverneur ne gardait plus aucune mesure envers lui, craignit que, pour lui faire éprouver les derniers effets de sa colère & de sa vengeance, il ne révoquût la concession qu'il avait faite à lui personnellement l’année précédente des îles Courcelles, dans l'une desquelles le Séminaire avait entrepris, pour y assembler des sauvages, des travaux considérables à ses propres frais, & jugea qu'il était de l'équité, aussi bien que de la prudence, de faire donation de ces mêmes îles au Séminaire. C’est ce qu'il exécuta le 24 février 1674 (1), & M. d'Aillebouit, le 27, ordonna que la donation serait publiée & insérée au regiftre des insinuations de Villemarie (2).

Vers le même temps, M. Dollier entreprit un voyage à pied sur le fleuve de Saint-Laurent, & pensa perdre la vie dans les glaces. Peut-être se rendait-il à Québec, au cœur de l'hiver, pour aller apaiser sans délai M. de Frontenac. Quoi qu'il en soit, les glaces s'étant rompues soudain sous ses pieds, un froid cruel s'empara à l'inftant de tout son corps; ce qui, joint à l'embarras de ses raquettes, ne lui permit pas, malgré sa force naturelle, de remonter sur les glaces. Tout ce qu’il put faire dans cette extrémité, ce fut de tenir ses bras étendus à droite & à gauche, afin d'avoir la tête toujours élevée au-dessus de l’eau, & comme il combattit ainsi longtemps contre la mort avant qu'on püût le secourir, la chaleur naturelle de son corps fut presque entièrement éteinte. On le transporta à l'Hôtel- Dieu de Viilemarie pour y être traité, le Séminaire n'ayant point encore d'infirmerie. La maladie qu'il contracta par cet accident fut regardée comme mortelle, au jugement de tous les médecins du pays; les remèdes ne servirent même

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