EMPRISONNEMENT DE M. PERROT
Frontenac. Car ce Gouverneur, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, l'avait traité jusqu'alors comme s'il eût été son meilleur ami; & le bel éloge qu'il fit de lui dans ses lettres du 9 janvier 12:73, en lui concédant les îles Courcelles, montre assez la haute eftime qu'il avait conçue de la pureté de son zèle, & surtout de son parfait désintéressement (1). M. de Fénelon, de son côté, avait beaucoup de considération pour M. de Frontenac, s'étant même ouvert à lui des sujets de peine que lui causait la conduite de M. Perrot dans son adminiftration. Il montra donc à ce dernier les lettres qu’il avait reçues, & l'un & l’autre donnèrent dans le piége : M. de Fénelon, par l'espérance d'être le médiateur de la paix, & M. Perrot, par l'attente d'une réconciliation qui lui était devenue nécessaire. Car, bien que M. de Frontenac eût manqué aux convenances en voulant faire arrêter M. de Carion dans le gouvernement de Montréal, sans en avoir auparavant prévenu M. Perrot, celui-ci s'était rendu coupable de rébellion en mettant en prison le licutenant des gardes, uniquement pour être venu exécuter un ordre légitime du Gouverneur général, qui représentait dans le pays la personne du Roi.
Voulant donc profiter sans délai de la bonne volonté que semblait témoigner M. de Frontenac, ils partirent l'un & l'autre de Villemarie, sur les glaces, au cœur de l'hiver, & arrivèrent ainsi à Québec, le 28 janvier 1674, à la fin du jour. Le lendemain, dans l'après-midi, M. Perrot se présenta chez le Gouverneur pour le saluer, sans savoir encore qu'il venait de lui-même se conflituer prisonnier. À peine eut-il mis le pied dans la chambre de M. de Frontenac, que le lieutenant des gardes, le même qu'il avait emprisonné à Villemarie, l'arrêta à son tour; & après lui avoir fait déposer son épée, le conduisit dans sa chambre, & de là au château Saint-Louis, où il le fit enfermer avec défense de le laisser parler à personne (*). M. de Fronte-
(*) M. de Belmont, dans son mémoire de la Guerre des Iroquois,
(1) Tenuresecigne tride p.350.
M. DE FRONTENAC FAIT SAISIR M. PERROT ET VEUT QUE LE CONSEIL SOUVERAIN LE JUGEs
(4) Archives de ja marine, Mémoire de M. de Frontenac sui l'arrettation de M.
Perrot, 16 fév. 1674,
VIT
M. DE FRONTENAC S'IR= RITE CONTRE M, DE FÉNELON, QUI INTER= CÈDE POUR M, PER- ROT:
(2) Biblioth. impériale. Manuscrits, supplément Français, 1265,
nac, pour faire deflituer M. Perrot, désirait de produire à la Cour des pièces juridiques qui ne fussent pas censées ctre son propre ouvrage; & pour cela il se servit du Conseil souverain, alors entièrement soumis à ses volontés. Dès le lendemain, le Conseil ordonna en effet d'informer, tant sur les contraventions de M. Perrot aux ordonnances royales, que sur sa rébellion dans l'emprisonnement du sieur Bizard, & en même temps nomma M. Charles Le Gardeur de Tilly & M. Nicolas Dupont, sieur de Neuville, pour faire les enquêtes, soit à Québec, soit à Villemarie (1).
M. de Fénelon fut autant surpris qu'affligé de voir que, contre son attente, il avait ainsi conduit M. Perrot dans un guct-apens; mais, comptant toujours sur l'amitié que M. de Frontenac lui avait témoignée jusqu'alors, il crut qu'il était de son miniftère d'intercéder pour M. Perrot & de solliciter son pardon. Ss2s inftances ne servirent qu'à aigrir contre lui M. de Frontenac & à faire paraître l'inconftance des sentiments de ce dernier, en montrant que son amitié, n'ayant pour fin que l'intérêt propre, pouvait se changer en froideur & même en aversion dès qu'elle cessait de le servir. M. de Fénelon, qu n'avait plus la liberté de parler à M. Perrot, enfermé dans sa prison, essaya, avant de retourner à Villemarie, de lui faire parvenir un billet; &, informé de cette tentative, M. de Frontenac en fut étrangement irrité, jusqu'à l'accuser d'avoir voulu corrompre ses gardes, alors que, M. Perrot n'ayant point encore été interrogé, les ordonnances ne permettaient d'avoir avec lui aucune communication. Il quitta donc Québec sans avoir fait autre chose, par ce voyage, que de faciliter à M. de Frontenac le moyen d'emprisonner M. Perrot, & perdre lui-même ses bonnes grâces, pour
dit, en parlant de Parreftation de M. Perrot : qu’il fut pris par adresse & tenu un an en prison (2).
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