LE SÉMINAIRE PROTESTE CONTRE LA NOMINA- TION DE CE JUGE
leur participation, pouvaient porter atteinte au droit que les lettres patentes du Roi de 1644 attribuaient à eux seuls de commettre tel capitaine ou Gouverneur particulier qu'ils voudraient nommer, ils jugèrent que, sans s’opposer à la commission de ce Commandant, il était de la prudence de protefter juridiquement qu'elle ne pourrait nuire à leurs droits ni tirer à conséquence; ce fut ce qu'ils firent devant leur juge, M. d’Aillebouft, au commencement du mois de mars de cette même année 1674, par l'organe de
M. Migeon de Branssac, leur procureur fiscal (1).
Ils en usèrent de même à l'égard de leur droit de justice, auquel M. de Frontenac donna aussi quelque atteinte dans cette occasion. Après avoir mis M. Perrot en prison, il ordonna au nouveau Commandant d'arrêter le sieur de Brucy & deux de ses serviteurs, habitants de l’île Perrot, où ils faisaient le commerce avec les sauvages, & de les mettre dans les prisons de Villemarie; ce qui fut exécuté. Mais, craignant apparemment que M. d’Aillebouft ne manquät de liberté ou de vigueur pour leur faire le procès; ou peut-être ne le jugeant pas assez disposé à se conformer à tous ses désirs, M. de Frontenac envoya une commission à M. Gilles de Boisvinet, avocat au parlement de Paris, établi par M. Talon juge aux Trois-Rivières, & lui donna ordre d'informer dans l'ile de Montréal contre tous les coureurs de bois, comme aussi d'inftruire le procès du sieur de Brucy & de ses compagnons, & de le juger en première inftance. Enfin, le sieur de Boisvinet, outrepassant les bornes de sa commission, se mit à informer aussi contre un habitant de l’île de Montréal, le sieur de Grandmaison, au sujet d'une querelle arrivée dans la maison de ce dernier.huit ou neuf mois auparavant, sur laquelle la juftice des seigneurs n'avait recu aucune plainte, ni pris encore connaissance.
Le sieur de Boisvinet s’'attribuant ainsi le droit de connaître des différends des habitants de l’ile de Montréal
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BOISVINET JUGE A VILLEMARIE. 1674. 485
entre eux, M. Dollier adressa sur ce sujet des remontrances à M. de Frontenac. Il y déclarait que, s'il s'était abftenu de faire aucune plainte au Gouverneur général & au Conseil souverain, & s'il n'avait point empèché le sieur de Boisvinet d'exécuter sa commission, c'était uniquement à cause du respeét & de la déférence qu'il avait pour les ordres du Gouverneur général, «d'autant plus, ajoutait-il, « quedans la conjonéture présente où M. Perrot eit prison- « nier au château de Québec, M. le comte de Frontenac, « qui se tient sur la méfiance, aurait pu penser que les « seigneurs de Montréal, en s'opposant à cette commis- « sion, eussent voulu lui ôter la facilité qu'il cherche pour « faire exécuter les ordres du Roi. C’eft ce qui a empêché « les officiers des seigneurs de s'opposer à tout ce que le « sieur de Boisvinet a déjà fait dans leur île, & à ce qu'il « pourra y faire, durant le temps de sa commission. Ils « ont usé de cette modération pour ne donner aucun « soupçon sur leur fidélité & leur exactitude conftantes à « observer les ordres du Roi, comme aussi pour rendre « leur cause plus favorable à eux-mêmes, & plus agréable « à Sa Majetté & au comte de Frontenac, auprès desquels «ils se pourvoient par les présentes, pour le maintien de « leur juftice (1). » Cette sage modération était la seule ligne de conduite à tenir, pour éviter les conflits auxquels aurait donné lieu l'autorité absolue que s'attribuait le Gouverneur général, accoutumé à dire qu'étant à douze cents lieues de la Cour, il pouvait faire tout ce qui lui plaisait, sauf à en répondre au Roi sur sa tête.
Cependant M. Perrot, étroitement renfermé à Québec, sous la surveillance de quatre gardes et de leur lieutenant, dissimula G’abord le déplaisir amer que lui faisait éprouver sa prison; &, pour ne pas irriter davantage encore contre lui l'esprit de M. de Frontenac, répondit d'abord à plusieurs queftions que lui firent les commissaires de Tilly & Dupont, sur les deux griefs dont l'accusait le Gouverneur : ses contraventions aux ordonnances tou-
(1) Greffe de Villemarie, 22 mars 1074,
XIE
M. PERROT EN APPELLE AU ROI, M, DE FRON- TENAC LE LAISSE EN PRISON PRÈS D'UN AN:
(1) Regiftre des jugements & délibérations du Conseil de Québec, fol. 189, verso, 13 juin 1074, & 8 tévrier, fol, 186.
(2) Archives de la marine, Requête de M. Perrot, du 17 août
(3) Ibid. Regittre du Conseil souverain, 13 juin 1074.
(4) 1bid., 22 oétobre 1674. Remontrance de M. Perrot.