‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 337 sur 392 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

M. DE FRONTENAC CHER CHE A JUSTIFIER AU- PRÈS DE M. COLBERT SES VIOLENCES ENe VERS M. PERROT.

chant les coureurs de bois, et l'emprisonnement du sieur Bizard (1). Mais après la nomination de M. de La Nauguère au commandement de l'île de Montréal, étant persuadé alors que M. de Frontenac avait dessein de lui ôter le gouvernement de cette île, il cessa de répondre aux commissaires & ne voulut plus reconnaître pour ses juges, ni le Gouverneur, ni le Conseil souverain. En outre, il allégua contre eux plusieurs causes de récusation, savoir, que le sieur de Tilly, étant grand oncle de madame de La Nauguère, ferait contre lui tout ce qui serait en son pouvoir, pour maintenir le mari de cette dame dans le gouvernement de Montréal; que le sieur Dupont, autre commissaire, & le refte des conseillers en feraient autant : attendu que M. de Frontenac s’attribuait le droit de mettre dans le Conseil ceux qu'il avait pour agréables; qu'enfin ce Gouverneur était lui-même son ennemi déclaré (2), & que, pour tous ces motifs, il voulait être jugé par le Roi. En conséquence, il demanda aéte de ces causes de récusation, & réitéra plusieurs fois cette demande, mais sans pouvoir jamais rien obtenir : le Conseil, pour plaire à M. de Frontenac, ayant rejeté ces moyens de récusation comme frivoles & inadmissibles (3), Le Conseil ne fit même aucune réponse à ses requêtes multipliées (4), & le laissa ainsi dévorer indéfiniment dans cet oubli le chagrin de son étroite prison & les ennuis de sa trifte solitude, depuis le 29 janvier jusque vers la fin de cette année 1674.

Quelque dure que fût cette conduite de M. de Frontenac à l'égard de son prisonnier, il ne laissait pas néanmoins, dans ses lettres à la Cour, de se donner à luimème le mérite d'un homme qui sacrifiait ses intérêts & son repos au bien public & à la fidélité envers le Souverain. Voici ce qu'il écrivait à Colbert pour juflifier ses actes arbitraires & colorer la longue détention de M. Perrot : « Je vous ai donné avis, le 13 février dernier, de « l'étrange insulte que M. Perrot avait faite au lieutenant de mes gardes ; & que, pour cette injure, & pour la pro-

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