M. D'AVAUGOUR ET M. DE MAISONNEUVE
« personne du nommé Desjardins, par des sauvages ivres, « causé à l'occasion de la vente des boissons fortes, non- « obftant les ordres ci-devant donnés, tant de la part de « M. le baron du Bois d'Avaugour, lieutenant général de « Sa Majefté que de Mgr l'Évèque de Pétrée, Vicaire « Apoftolique; après avoir considéré les dangers d'un « massacre général des habitants par les sauvages, en « conséquence de la vente de ces sortes de boissons, mas- « sacre dont les présomptions sont violentes, eu égard aux « insolences ordinaires de ces sauvages; & considérant « d'ailleurs les crimes commis à ce sujet par les Fran- « çais, dont nous donaerons au plus tôt.avis à M. le baron « d'Avaugour & à Mgr de Pétiée, afin qu'il soit établi un « bon ordre au sujet de la vente des boissons, tant pour « la satisfaétion des habitants que pour celle des sauvages; « nous, en attendant cet ordre, et en vertu du pouvoir « que nous avons de Sa Majefté, avons fait & faisons dé- « fense à toutes sortes de personnes, de quelque qualité « & condition quelles soient, de vendre, de donner ou de « traiter aucune boisson enivrante aux sauvages, sous « telles peines & punitions que nous jugerons à propos « d'infliger, pour procurer le service de Dieu & le bien « de cette habitation (1). »
Cette ordonnance, quelque sage & mesurée qu'elle fût, devait irriter M. d'Avaugour, déjà fort prévenu contre M. de Maisonneuve. La grande réputation que celui-ci s'était acquise parmi les colons Français & chez toutes les nations sauvages, l'habileté & la prudence de son adminiftration, sa bravoure personnelle, & les services qu'il avait rendus tant de fois au pays depuis près de vingt ans, n'avaient pas inspiré à M. d'Avaugour l'eftime qu'il aurait dû faire d'un homme de ce mérite. Peut-être méme M. de Maisonneuve lui faisait-il quelque ombrage, ce qu'on aurait pu soupconner par la manière froide dont il avait coutume de le traiter depuis son arrivée dans le pays. Mais, après cette ordonnance, il ne sarda plus de mesure. La TOME
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déclaration que M. de Maisonneuve y avait faite, de défendre le commerce des boissons en vertu des pouvoirs qu'il tenait du Roi, avait surtout blessé M. d'Avaugour, qui, en permettant ce même commerce, semblait opposer son autorité à celle du monarque. Aussi, étant monté ensuite à Villemarie, il s'oublia un jour jusqu'à dire à M. de Maisonneuve qu'il ne pensait pas que le Roi lui eût jamais donné aucun pouvoir. Surpris de cette demande; l'autre ne crut pas, dans un défi si déplacé, devoir produire ses lettres de commission & garda le silence. De là M. d'Avaugour conclut qu'il n'en avait aucun; & quoique plusieurs personnes de mérite l'assurassent que les pouvoirs de M. de Maisonneuve étaient en bonne forme & signés du Roi, il ne voulut rien en croire; il n'avait même aucun égard pour sa personne, & saisissait toutes les occasions de l'humilier. « M. le baron d'Avaugour, dit la « Sœur Morin, que nous laisserons ici parler, lui fit de « grandes peines; il ne lui donnait pas le rang qu'il devait « avoir, quoique M. de Maisonneuve füt très-assidu « auprès de lui lorsqu'il montait à Villemarie, & se rendit « complaisant à tout ce qu'il souhaitait sans jamais le con- « trarier en rien. Il se contentait de lui faire remarquer « les choses quil n'approuvait pas, & puis lui laissait « faire tout ce qu'il lui plaisait. De sorte que M. d'Avau- « gour crut qu'il ne savait pas se défendre, ou qu'il le « craignait; à sur cela il se rendit plus hardi à le mépri- « ser en sa présence, & même devant les colons de Ville- « marie. Il faisait faire dans ce lieu des publications à « l'insu de M. de Maisonneuve, & méme contraires aux « sentiments de ce dernier bien connus des colons; ce « qui n'était propre qu'à lui attirer leurs reproches & à « faire perdre tout respect pour son autorité. Toute- « fois M. de Maisonneuve ne fit jamais aucune plainte « de procédés si offensants, & les reçut toujours avec « les sentiments d'une humilité vraiment chrétienne. « Cette persécution dura deux ans, pendant lesquels il ne perdit rien de sa belle humeur, & souflrit tout
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