LOUIS
Cette affaire eut un grand retentissement dans la colonie & à la Cour, & les récits inexaéts qu'on en a donnés nous mettent dans la nécessité d'en exposer ici toutes les circonftances.
Selon l'usage du Séminaire de Villemarie, M. Dollier, dès le commencement de l'année, avait assigné à ses confrères les jours où chacun d'eux aurait à précher dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu, qui tenait lieu encore alors d'église paroissiale; & M. de Fénelon fut désigné pour le jour de Pâques suivant. Comme il désirait de soigner particulièrement ce sermon à cause de la solennité, il s’en occupa de bonne heure; &, avant de partir pour Québec avec M. Perrot, comme nous l'avons raconté, il en avait choisi le texte & formé la division (1). Il composa l'exorde dans ce voyage même, & enfin le corps du discours dans son séjour à Québec. Les impressions de mécontentement amer que lui causèrent alors les procédés de M. de Frontenac, firent sans doute naître dans son esprit la pensée de plusieurs des détails pratiques qu'il exposa dans sa seconde partie (2), dont nous parlerons bientôt; & elles l’afleétèrent si vivement, qu'elles ne lui laissèrent pas assez de liberté d'esprit pour juger que ces détails pourraient être pris par quelques-uns en mauvaise part, ni même pour douter si, avant de prècher son sermon, il n'était pas de la prudence de le communiquer à quelqu'un de ses confrères. Il eft certain que s'il eût pris ce dernier parti, on lui aurait conseillé, eu égard aux circonftances, de supprimer ces détails, à cause des préventions bien connues de quelques-uns (3), qui devaient se trouver à l'office dans cette solennité.
Le jour de Pâques étant donc venu, il y eut, selon l'usage, une grande affluence à la Messe solennelle, & parmi les assiftants, au nombre de près de six cents, se trouvaient M. La Salle & le sieur Jean-Baptifte Mont gaudon de Bellefontaine, brigadier des gardes de M. de
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Frontenac (1). M. Dollier étant alors malade & alité à l'Hôtel-Dieu, par suite de sa chute dans les glaces, M. Perrot, curé de la paroisse, chanta la Grand'Messe, & eut pour ses assiftlants M. Cavelier (2), frère de M. La Salle, M. Séguenot, déjà nommé, & M. Remy, qui fit les fonétions de sous-diacre. Après l'Évangile, M. de Fénelon monta en chaire, &, prenant pour texte ces paroles de l'Évangile de saint Jean : Femme, pourquoi pleurezvous (3)? annonça qu'il parlerait de la double nécessité & de mourir avec Jésus-Chrift, & de ressusciter avec lui : ce qui fut la matière des deux points de son discours. Dans le premier, il dit que la mort du Sauveur devait détruire en nous les vices de trois vies essentielles à l'homme, selon saint Thomas, & corrompues par le péché : la vie végétative, la vie sensitive, & la vie raisonnable; & dans le second, que l'esprit de la résurrection de Jésus-Chrift devait réformer & rétablir en nous ces trois vies. Dans ce dernier point, il fit un tableau des divers états de la vie des chrétiens, & entra dans le détail des dispositions que cette vie nouvelle doit produire dans les personnes de chaque condition. Parlant enfin de ceux qui sont revètus de l'autorité temporelle, il dit : que le magiftrat, animé de l'esprit de Jésus-Chrift ressuscité, avait autant d’exaétitude à punir les fautes commises contre le service du Prince, que de facilité à pardonner celles qui attaquaient sa propre personne (4); qu'il était plein de respeét pour les miniftres de l'autel, & ne les maltraitait point lorsque, pour s'acquitter de leur devoir, ils tâchaient de réconcilier les ennemis & d'établir la paix partout (5); qu'il ne se faisait pas des créatures qui le louassent, & n'opprimait pas, sous des prétextes spécieux, les personnes revêtues aussi de l'autorité, & qui, servant le mème Prince, s'opposaient à ses entreprises; qu'il faisait servir son pouvoir à maintenir l'autorité du Monarque, & non à son propre avantage: que, regardant les sujets comme ses enfants & les traitant en père, il se contentait des gratifications qu'il recevait du Prince, sans troubler le commerce du pays, ni sans