M. DE FÉNELON DEVANT LE CONSEIL
& nécessaire devait consifter rour M. de Fénelon à désavouer la juridiétion que le Conseil prétendait exercer sur lui, & à la désavouer non-seulement de parole, mais encore d’aétion. Il aurait été censé la reconnaître, s'il eût livré le manuscrit de son sermon aux juges, & même simplement s'il eût paru devant eux dans l'attitude où devait être un clerc prévenu de crimes & cité légitimement. Il faut savoir en effet que, par respeét pour l'ordre ecclésiastique, les Rois de France avaient accordé à tous les clercs, cités pour donner devant les juges laïques des éclaircissements sur des affaires particulières, le privilége de répondre assis & couverts; & l’on ne pouvait obliger à répondre debout & tête nue que ceux qui, après le jugement préalable de l'affaire par leur Évêque, avaient été renvoyés par lui au bras séculier pour être punis.
Voulant donc protefter contre la juridiétion du Conseil, dès son entrée dans la salle, M. de Fénelon s'approcha d'un siége, comme pour s'asseoir. M. de Frontenac, qui comprit les conséquences de cette aétion significative, prit aussitôt la parole, & lui dit qu'il devait refter debout pour entendre dans cette pofture ce que le Conseil avait à lui demander; & de son côté, M. de Fénelon, s'asseyant, lui répondit qu'il ne voulait pas déroger aux priviléges que les Rois donnaient aux Ecclésiattiques de parler assis & couverts. « Oui, répliqua M. de Frontenac, aux Ecclésias- « tiques mandés pour donner des éclaircissements, mais « non à Ceux qui sont cités pour les crimes dont on les « accuse. » C'était précisément le cas dont les lois civiles & canoniques défendaient aux juges séculiers de prendre connaissance; aussi, pour protefter tout de nouveau, M. de Fénelon, qui s'était déjà couvert, enfonça alors son cha-
au parlement de Toulouse, qui déclare que, dans ce cas, le clerc est obligé de protester : Clericus, si cogatur ad forum laïci, debet protestari (1).
LÉNELON PROS
TESTÉ D'ACTIONS EN S'ASSEYANT ET EN SE COUVRANT LA TÊTE, ET RENOUVELLE SES PROTESI ATIONS.
(1) Mémoires du clergé, t. VI, p. 42.