II, DP FÉNELON PRO- TESTE DE PAROLES
(1) Regiftre des jugements du Conseil, 21 août 1074, folio 194.
peau sur la tête & se mit à se promencr dans la salle, Jusque-là sa conduite n'aurait rien eu que de légitime, mais à l'insulte que venait de lui faire M. de Frontenac en le qualifiant de criminel, il répliqua, mal à propos, que son prétendu crime n'était que dans la tête du Gouverneur. Ce mot irrita M. de Frontenac, qui lui reprocha de manquer au respeét dû à sa personne pendant qu'il était ainsi à la tête du Conseil; & M. de Fénelon, remettant son chapeau qu'il avait ôté & l’enfonçant de nouveau, repartit que le Gouverneur à son tour, en le citant ainsi devant cette Cour, n'aurait pas dû manquer au respeét qu'il lui devait à lui-même, à cause de son caraétère. Enfin, il refusa de nouveau de prendre l'attitude des criminels & s'assit, malgré une ordonnance que le Conseil venait de rendre immédiatement, ce qui obligea M. de Frontenac à lui dire : « qu'il n'avait qu'à sortir, s'il ne voulait pas « prendre l'attitude ordonnée. »
M. de Fénelon, se levant alors, demanda si cet ordre lui était donné par le Conseil, & M. de Frontenac ayant répondu que le Conseil parlait par sa bouche quand il le présidait, l'autre répliqua que le Gouverneur, qui se portait pour sa partie adverse, ne devait donc point s'y trouver comme juge; qu'il ne prétendait pas déroger à ses droits naturels, & demandait que M. de Frontenac sc retirât de l'assemblée. Le Conseil ordonna néanmoins que le jeudi suivant, il serait contraint, par la saisie de son temporel, de répondre dans l'attitude déjà prescrite; qu'alors il pourrait produire ses moyens de récusation contre M. de Frontenac; & qu'en punition de ses irrévérences, il demeurerait en prison, sous la garde d'un huissier, dans la maison de la Brasserie (1). Le jour indiqué, 23 août, il reparut au Conseil, & y présenta cette fois sa proteftation par écrit. Il y disait que s'il avait paru le mardi précédent, c'était pour protetter contre l’incompétence de ses juges, comme il l'avait déjà fait plusieurs fois. Mais qu'un incident, auquel le Conseil s'était arrêté, ne lui
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