‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 373 sur 392 · M. DE FRONTENAC MOLESTE M, D'URFÉ · texte numérisé non relu

M. DE FRONTENAC MOLESTE M, D'URFÉ

« M. l'abbé de Fénelon, afin que vous jugiez de leur con- « duite. Pour moi, je soumets la mienne à tout ce qu'il « plaira à Sa Majefté de m'imposer; & si j'ai manqué, je « suis prêt de subir toutes les corrections qui lui plairont. « Un Gouverneur serait ici bien à plaindre s'il n'était pas « appuyé, n'ayant personne en qui il puisse se fier, étant « même obligé de se défier de tout le monde; & quand il « commettrait quelque faute, elle serait assurément bien « pardonnable, puisqu'il n’y a point de panneaux qu'on « ne lui tende, & qu'après en avoir évité cent, il serait « bien difficile qu'il ne donne dans quelqu'un. L'éloigne- « ment même où il eft de la Cour, & l'impossibilité de « recevoir de nouveaux ordres qu'après un fort long « espace de temps, fait que ses fautes ne sauraient jamais « être courtes. Ainsi, Monseigneur, j'espère que, quand il « me serait arrivé de faire quelque fausse démarche qui « pourrait déplaire à Sa Majefté, elle aura assez de bonté « pour y compatir, & pour croire que C'aurait été plutôt « par un excès de zèle à faire mon devoir & à accomplir « ses intentions, que par aucun autre motif (1). »

Si toutes les démarches de M. de Frontenac avaient dans sa pensée le zèle pour principe, comme il l'assurait ici, il faut convenir, ou qu'il se faisait quelquefois illusion à lui-même, ou que ce zèle n'était pas toujours bien réglé. Le trait suivant en eft une nouvelle preuve. M. de Fénelon, en repassant en France, devait avoir pour compagnons de voyage M. Dollier & M. d'Urfé : le premier, qui allait respirer l'air natal, pour essayer de rétablir par ce moyen sa santé, qui dépérissait à vue d'œil en Canada, depuis sa chute dans les glaces; M. d'Urté, pour traiter d'affaires importantes au pays. Ce dernier, sachant par expérience qu'il était toujours extrêmement incommodé sur mer & même obligé de garder le lit presque continuellement, voulut conduire avec lui son domeftique, pour s'en faire servir dans la traversée. Il écrivit donc à M. de Frontenac, avant de descendre à Québec, & le pria

(s) Archives de la marine. Lettre de M. de Frontenac à Colbert, 14 novembre

Page 1