SUR L'ÉTABLISSEMENT DES CONFRÉRIES DE LA SAINTE-FAMILLE
Le P. Henry Nouvel, de la Compagnie de Jésus, écrivait, dans la Relation de 1663 : « Voici ce que je suis obligé de publier, à la plus « grande gloire de cette augufle Trinité visible. Le onzième jour de « mars, n'étant égaré dans les bois, & ayant marché jusqu’à la nuit, « je connus parfaitement que je m'étais perdu, & me trouvai fort en « peine, M’arréter, c’eût été m’exposer à mourir dans les neiges, pen- « dant les rigueurs d’une nuit où tout gelait; mais aussi, marcher « toujours dans lobscurité, c'était me mettre en grand danger de « m'égarer de plus en plus. Dans cette perplexité, je me mis à « genoux, & m’étant adressé à Jésus, Marie & Joseph, par un vœu
| « que je fis à l'honneur de cette très-sainte & très-augufte Famille : « alors, comme si j’eusse été conduit par un guide, changeant aus- « sitôt ma route, je donnui à travers un bois bien épais, où il y avait « au moins six pieds de neige, & enfin j'arrivai heureusement au « Cabanage, environ sur les onze heures du soir. Je ne saurais expri- « mer la joie de mes pauvres sauvages, à mon arrivée; ils avaient cru (1)Relation de 1663, « ou que j'étais mort de iroid, ou que les Iroquois n'avaient tué (r). pe Gi « Rendons grâces à Dieu, leur dis-je, 4e la faveur que je viens de « recevoir de sa bonté, Jésus, Marie & Joseph ont eu pitié de moi; « m’étant adressé à eux, ils m'ont redressé dans mon égaremenit : « ayons recours à eux dans nos besoins, ils nous assifteront. »
Dans un second voyage que ce Père faisait, en canot, avec deux autres Français, ils furent emportés par le torrent des eaux, dans un abime, où leur nacelle tourna tout à fait; &, pendant plus d’un quart d'heure ils se virent en continuel danger de mort. Mais ayant invoqué de tout leur cœur la Sainte Famille, & s'étant sauvés du péril, ils lui attribuèrent cette délivrance, qu'ils regardèrent & qu’ils pu-
(2) Relation de1665, blièrent partout comme miraculeuse (2).
peu, 14 La Mère de l'Incarnation rappelle un danger de naufrage dont ce même Père avait été délivré, dans l'automne de 1663, en faisant un vœu à la Sainte Famille. Le vœu ne fut pas plus tôt fait, dit cette
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Religicuse, qu’ils se trouvèrent hors de péril, d'une manière si extraordinaire, qu’on la tient pour un effet miraculeux ; & enfin, par cette même proteétion, ils furent encore sauvés de la main des Iroquois, qui leur dressaient partout des embuscades (1).
Le 30 août 1665, cette même Religieuse écrivait : « Notre-Seigneur « a fait paraître, cette année, des etfets extraordinaires de sa toute- « puissance miraculeuse, qu’il lui a plu d'opérer par l’invocation de « la Sainte Famille; &, comme quelques-uns se sont faits en faveur « de quelques soldats Français, vous ne sauriez croire combien la « dévotion à cette Famille sainte s’eft répandue duns toute lar- « mée (2). » Marie de l’Incarnation parle ici des troupes réglées que le Roi venait d’envoyer alors en Canada. « Ils disent tous les jours le «a chapelet de la Sainte Famille, avec tant de foi & de dévotion, « ajoute-t-elle, que Dieu a fait voir, par un beau miracle, combien « lui eft agréable leur ferveur. C’eft en la personne d’un lieutenant « qui, ne s'étant pu trouver à l’assemblée, pour le réciter, s'était « retiré dans un buisson, afin de le dire en son particulier. La senti- « nelle, qui ne le diftinguait pas bien, le prit pour un Iroquois « caché; dans cette créance, elle le tira quasi à brûle-pourpoint, & se « jeta aussitôt dessus, croyant trouver son homme mort. Il le devait « être en effet, la balle lui ayant donné dans la tête, à deux doigts « au-dessous de la tempe (3). Mais, comme si la balle eût respeëté ce « serviteur de Dieu, » ajoute le P. Lemercier en repportantle même lait, « au lieu de lui percer la tête d'outre en outre, elle ne fit que le « blesser légèrement, Dieu ayant voulu faire connaître, par là, le « danger manifefte où il avait été, afin de faire paraître, en même « temps, la puissante protettion de la Sainte Famille, & le secours « que nous devons en attendre tous dans de semblables occasions (4). » « On visita ce lieutenant, continue la Mère de l’Incarnation, & on « trouva la balle enfoncée dans sa tête, mais, l’homme sans péril : ce « qui a été reconnu comme miraculeux. Cette occasion a beaucoup « augmenté la dévotion dans l’armée.
« Une personne qui avaii perdu la vue, & qui avait à cette Famille « augufte une dévotion particulière, fut menée à sept lieues d’ici (au « petit Cap), où il y x une église de Sainte-Anne, pour demander à « Dieu sa guérison, par l’intercession de cette grande Sainte, que « Notre-Seigneur se plaît à exalter par de grandes merveilles qu’il « opère dans ce lieu. Mais sainte Anne ne voulut pas lui accor- « der cette grâce, qu’elle savait être réservée à l’invocation de la « Sainte Famille. Car,la personne n'ayant pas été guérie, on la « ramena à Québec, devant l’autel de cette Famille sainte, où la vue « lui fut rendue. Voilà ce qui se passe à présent, en ces quartiers; « Dieu eft bon & miséricordieux, dans tous les endroits du monde, « envers ceux qui le veulent aimer & servir (5). »
(a) Marie de l'Inca nation. Lettre 6e août 1664, p. Sy
(2) Jbid. Lett. 103,
(3) Lettre 70e, 30
sept. 1665, p.1604.
(4) Relation de 1665, P+ 19.
(5) Lettre 71°, pas ges 604, 605.
Qi) Lettre 71e, pe
vo7,
(2) Annales de l'Hô-
tel-Dieu Saint-Joseph, par la Sœur Morin.
(3) Regittres de
l'archevêché de Québec, vol, À, 14 mars
La bonté divine qui avait opéré ces etlets extraordinaires, « pour récompenser la foi & accroître la ferveur (1), » inspira à M, de Laval, immédiatement après son retour d'Europe, & avant la fin de l’année 1663, le dessein d'établir d’abord à Québec, par manière d'essai, la confrérie de la Sainte-Famille, conformément aux vues de Madame d’Aillebouft; &, dès le commencement de cette pieuse association, Dieu y versa des bénédictions si abondantes, qu’en moins de huit mois, un grand nombre de personnes de toutes conditions se présentèrent pour y être admises. Mais, comme la Providence s'était servie de Madame d’Aillebouift pour yÿ donner naissance, M. de Laval, jugeant que personne n'en possédait mieux l'esprit & n’était plus propre à le communiquer que cette dame elle-même, fut d'avis de l’appeler à Québec, pour la mettre à la tête des dames qui en faisaient partie, & l’en nomma Supérieure. Le P. Chaumonot, chargé par le Prélat de la direétion de cette confrérie, crut même que, pour en procurer plus sûrement le succès, Dieu demandait que Madame d'Aillebouft allât se fixer tout à fait à Québec. « Elle quitta donc notre cou- « vent, rapporte la Sœur Morin, et obéit à ce bon Père, pour laider, « ainsi que Mgr l’Évéque, à former cette confrérie (2), » que ce Prélat établit canoniquement, à Québec, le 14 mars 1664, d’abord, pour les dames & les demoiselles. « 11 semble, dit-il, que Dieu ait pris plaisir « à rendre lui-même cette dévotion recommandable, en donnant de « très-fortes inspirations à beaucoup de bonnes âmes, de se dévouer « au culte de cette Sainte Famille, & de nous prier inftamment d'éta- « blir, dans Québec & autres lieux de notre juridiétion, quelques « assemblées de femmes & de filles, où on les inftruirait, plus en « détail, des choses qu’elles sont obligées de savoir, pour vivre sain- « tement dans leurs conditions, à l'exemple de la Sainte Famille, « qu’elles se proposent pour modéle avec les Saints Anges. Nous « approuvons qu'on fasse de ces assemblées à Québec K ailleurs, qui, « toutes seront unies à celle de notre principale résidence, sous la « conduite des Ecclésiaftiques chargés des fonétions curiales ou autres, « à notre choix. Nous exhortons donc tous ceux qui sont appliqués à « ce miaiftère d’inspirer & d’augmenter, autant qu’il sera en eux, « l'amour & la dévotion envers Jésus, Marie & Joseph & les Saints « Anges, comme étant une source inépuisable de grâces & de béné- « diétions, pour toutes les àmes qui y auront une sincère confiance; « & de contribuer, de tout leur pouvoir, à l’établissement, au progrès « & à la perfection de ces assemblées (3). »
Voici un trait providentiel qui fit une grande sensation & contribua à rendre les personnes de la Confrérie de la Sainte-Famille trèsassidues à leurs assemblées. Une femme fort vertueuse, chargée de trois enfants, dont le plus âgé n’avait que quatre ans, & qui demeurait loin de l’église, était fort en peine, les jours de fête, pour aller faire ses
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