DETTE
dévotions, à cause du danger d’être prise par les Iroquois. Elle ne
laissait pas pourtant de se rendre à la chapelle dite de Saint-Jean,
proche de Québec, & d’assifter fort exaétement à l’assemblée de la
Sainte-Famille; quoique ce fût toujours avec beaucoup d’inquiétude
pour ses enfants qu'elle laissait au logis, & de crainte pour elle-même.
Le 8 juillet 1665, cette personne, nommée Marie Haslé, femme de
Joachim Girarel, s'étant rendue à l’église, avait laissé ses enfants en-
dormis à la maison, & fermé la porte du logis sur elle, A son retour,
elle fut fort surprise de voir ses enfants fort proprement habillés,
assis sur leurs lits, & occupés à prendre leur déjeuner, de la manière
qu’elle avait coutume de le leur donner elle-même. Elle demanda à
lainé, qui les avait donc ainsi habillés en son absence. Cet enfant
ne put lui dire autre chose, sinon que c'était une dame vêtue de blanc,
qu’elle ne connaissait point, quoique pourtant l’enfant connût très-bien
toutes les dames du voisinage; ajoutant que celle qui était venue les
habiller ne faisait que de sortir, et qu’elle avait dû la rencontrer en
entrant. La mère, cependant, avait trouvé la porte du logis fermée,
de la même manière qu’elle avait laissée à son départ, et mavait
point vu cette dame. Plusieurs personnes crurent de là, pieusement,
que la Mère de Dieu elle-même avait voulu guérir les inquiétudes
de cette bonne femme, & lui faire comprendre qu’après qu’elle
aurait pris les précautions ordinaires pour ses enfants, elle devait
abandonner le reite à la protection de la Sainte Famille. Un Ecclé-
siaftique fort vertueux fit, sur ce fait, des informations qu’on assure
avoir été très-exactes (1). (1) Relation de 1665,
Madame d’Aillebouit, directrice & supérieure de la Confrérie des P+ 19, 29:
dames de la Sainte-Famille, à Québec, demeura d’abord chez les
Ursulines (2), ce qui lui donnait plus de facilité d’exercer son zèle {2) Lettres de Marie envers les femmes Françaises, & même envers les sauvages, avec les- de l'Incarnation, letquelles, comme nous l’avons dit, elle pouvait converser. Elle travailla Ni 18 août 1664, beaucoup, pendant trois ou quatre ans, à établir à Québec la Con- LE
frérie de la Sainte-Famille; &, aussitôt que madame Bourdon, dont
il eft parlé dans cette hiftoire, fut en état d’en prendre la direétion,
madame d’Aillebouft se retira chez les Hospitalières de Québec, où
elle vécut encore fort longtemps en odeur de vertu (3). (3) Annales de l'H6-
M. de Laval, voyant le succès rapide de l’œuvre de la Sainte-Fa- tel-Dieu Saint-Juseph,
mille, jugea qu'il devait la favoriser de tout son pouvoir. D’abord, il P® I&:Sœur-Morin, approuva les règlements de cette confrérie, au mois de mars de l'année 1665 ; & parce que le dessein de madame d’Aillebouft, en formant cette inftitution, était que chacun y fût inftruit de la manière dont on pourrait imiter Jésus, Marie & Joseph dans le monde (4), ce (4 Vie du Père Prélat fit imprimer un petit écrit, qui marquait aux personnes de SAONE cette Confrérie les vertus à l'acquisition desquelles elles devaient s’appliquer, & les maximes du monde qu’elles devaient fuir. Il y joignit, TOME Il,
(1) La Solide dévotion à la Sainte Famille, avec un catéchisme. Paris, 1675, in-12,
(2) In-folio, chez Mariette, à Paris, ruc Saint-Jacques. — In- 4°, chez Chiquet, id.
(3) Regittres de l'archevêché, vol, À, 28 janvier 1665, p. 46.
(4) Ibid., p. 144,
(5) Jbid., 15 sept.
(6) Archives du séminaire de Québec, vol. in-fol. C. 1732, 4 novembre 1684.
(7) Mémoires de M.de Laval, par M.
de Latour, p. 174,
sous le nom de Catéchisme de la Sainte-Famille, une inftruétion, par demandes & par réponses, sur les vertus de Jésus, Marie & Joseph (1), & répandit même de pieuses eftampes propres à inspirer cette dévotion (2).
Pour lexciter de plus en plus dans les cœurs, il établit la fête de la Sainte-Famille, qu’il fixa d'abord au second dimanche après l'Épiphanie; & publia, en faveur de toutes les personnes de la Confrérie, une indulgence plénière, accordée, le 28 janvier 1665, par le pape Alexandre VIT. On voit, dans la Bulle de ce jour, que la confrérie établie dans l’église paroissiale de Québec, se composait alors d’hommes aussi bien que de femmes, & de personnes de tous les rangs de la société (3). Cette indulgence fut renouvelée plusieurs fois, entre autres en 1668, par Innocent XI (4). Bien plus, après avoir érigé canoniquement la paroisse de Québec, sous le titre de l’Inmaculée Conception (5), M. de Laval changea ce titre, l’an 1670, en celui de la Sainte-Famille (6), & transféra celui de la Conception à une chapelle de la même église, dans laquelle la Confrérie avait d'asurd été établie (7). Mais, comme le second dimanche après l’Epiphanie était trop incommode pour les personnes de la campagne, il plaça la fête au troisième dimanche après Pâques, par un mandement remarquable du 4 novembre 1684.
« Les grandes bénédictions, dit-il, qu'il a plu à la divine Majefté « de verser sur cette Eglise naissante, par les mérites de la Sainte Fa- « mille, Jésus, Marie, Joseph, & des Saints Angei, nous donnant sujet « de bénir Dieu de l’heureux succès des assemtlées que nous avons « établies, nous désirons de graver de plus en plus, & d’accroître dans « les cœurs, amour & la dévotion envers cette Famille augufte: &, « pour cela, nous ordonnons que tous les ans on en célébrera la fête, « dans toute l’étendue de notre diocèse, comme il s’eft pratiqué de- « puis plusieurs années, & qui sera de première Classe, avec Oftave. « Mais, la saison extrêmement froide, dans laquelle on l'a célébrée « jusqu’à présent, ayant presque toujours .étourné une grande partie « des fidèles, de venir à l’église ce jour là, & les ayant portés à nous « supplier souvent de la transtérer à un temps plus commode : nous « ordonnons, qu’au lieu du second dimanche après l'Épiphanie, « que nous avions assigné, la fête de la Sainte-Famille sera célébrée, « dorénavant, le troisième dimanche après Pâques. Nous enjoignons « à tous les Ecclésiaftiques de notre diocèse, qui sont obligés au Bré- « viaire, & qui disent la sainte Messe, de réciter l'Office & la messe « de cette même fête, tels que nous les avons approuvés, jusqu'à ce « que nous en ayons ordonné autrement. Nous leur enjoignons aussi « d’inspirer à toutes les personnes qui leur sont commises, le respeét, « la vénération & l'amour qu'elles doivent avoir pour la plus aimable de toutes les familles, de la proteétion de laquelle elles doivent
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