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d'être ensevelies durant la nuit dans quelque abîme ; & le jour étant venu, nous attendions la mort continuellement, ne voyant pas un moment assuré à notre vie. Le mal ne nous quittait que pour fondre sur nous de nouveau : à peine avions-nous eu Île loisir de faire réflexion sur le malheur qui nous avait menacés, qu'il nous surprenait tout d'un coup. En un mot, on séchait dans l'attente de quelque malheur universel. Un mois se passa de la sorte, dans la crainte & dans l'incertitude de ce qui devait arriver; mais enfin les mouvements vinrent à diminuer, étant plus rares & moins violents, à l'exception de deux ou trois qui furent très-forts (1). »
Ces frayeurs furent le moyen efficace dont Dieu se
servit pour exciter dans les pécheurs des sentiments de pénitence : Français & sauvages, fidèles & infidèles, tous, à Québec, donnèrent aux Missionnaires les plus juftes sujets de consolation par la vivacité de leur repentir.
On ne saurait croire, rapporte la mème Religieuse, le grand nombre de conversions que Dieu a opérées, tant du côté des infidèles qui ont embrassé la foi, que de la part des chrétiens qui ont quitté leur mauvaise vie. En mème temps que Dieu ébranlait les montagnes & les rochers de marbre de ces contrées, on eût dit qu'il prenait plaisir à ébranler les consciences. Les jours de carnaval ont été changés en des jours de pénitence & de triftesse ; les prières publiques, les processions, les pèlerinages ont été continuels ; les jeûnes au pain & à l'eau, fort fréquents; les confessions générales, plus sincères qu'elles ne l'auraient été pendant l'extrémité des maladies. Un seul Ecclésiaftique, qui gouverne la paroisse de Château-Richer, nous a assurés qu'il a fait faire, lui seul, plus de huit cents confessions générales. Je vous laisse à penser ce qu'ont dù faire les Révérends Pères, qui, jour et nuit, étaient dans les confessionnaux. Je ne crois pas que, dans tout le pays, il y ait eu un habitant qui n'ait fait, à cette occasion, une confession générale.
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« On a vu des réconciliations admirables, les ennemis se « mettant à genoux les uns devant les autres pour se « demander pardon avec tant de douleur, qu'il était aisé « de voir que ces changements étaient plutôt des coups « du Ciel & de la miséricorde de Dieu que de sa juftice. « Au Fort de Saint-François-Xavier, qui eft à un quart de « lieu de la paroisse de Sillery, un soldat de la garnison, « le plus abominable & le plus méchant homme du monde, « fut saisi d'une frayeur si étrange lorsque le tremblement « de terre commença, au'il s'écria devant tous ses cama- « rades : « Qu'on ne cherche point d'autre cause de ce « que vous voyez que moi; c'eft Dieu qui veut châtier « mes crimes. » Il confessa ensuite tous ses péchés, avant « même de faire sa confession à un prêtre; & Dieu a fait « en lui une si heureuse & si entière conversion, que cet « homme eft aujourd'hui un modèle de vertu (1) (*). » Les sauvages Algonquins & les reftes des Hurons, anciens habitants de Sillery retirés à Québec, ne furent pas moins sensibles que les colons à ces avertissements du Ciel. Il n'était pas nécessaire de les inviter à se confesser. Ils y allaient d'eux-mêmes, avec des sentiments qui donnaient bien à connaître que la grâce parlait à leurs cœurs. L'église était leur asile ordinaire, où ils se tenaient en
(*) On eut cependant la douleur de voir que ce fracas, quelque épouvantable qu’il eût paru, avait été trop doux encore pour porter dans le cœur d’un misérable colon l’horreur du mal, par la crainte des jugements de Dieu. Le 29 mai, sur les neuf ou dix heuresdu soir, le sieur de Beaulieu fut brûlé dans sa maison, à l’île d'Orléans, avec un de ses domeftiques. On crut d’abord que lPincendie était arrivé par accident, & que l’un & l’autre étaient morts de cette sorte, au milieu des flammes (2); mais bientôt l’on reconnut qu’ils avaient été assassinés par un valet qui, pour couvrir son crime, mit ensuite le feu à la maison. Ce scélérat, ayant été saisi & convaincu, fut condamné à avoir le poing coupé, à être pendu, & son corps jeté aux flammes ; le gouverneur général, M. d’Avaugour, se contenta pourtant de la potence & de la fusillade (3). Mais ce fait particulier n’empécha pas que ce boulevæsement ne fut très-salutaire, par le changement général dans les mœurs qui s opéra à cette occasion.