‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 48 sur 392 · ORIGINI DES CONTRI.- RIES DIE LA SAINFE · texte numérisé non relu

ORIGINI DES CONTRI.- RIES DIE LA SAINFE

« Le tremblement de terre, qui commença le lundi au soir, ajoute de son côté la Sœur Bourgeoys, re- « doubla neuf fois en neuf heures, non pas également, ni « pour la force, ni pour la durée. Le premier coup fut si « fort, que notre cloche de la porte (nous n'avions alors « que celle-là) sonnait avec la plus grande vitesse que l'on « puisse sonner (1). » — « Le lendemain 6 février, à « quatre heures du matin, eut lieu un autre tremblement « de terre très-violent, dit la Sœur Morin. Il nous balança « dans nos lits bien plus rudement que ne l'avaient fait « nos mères nourrices dans notre enfance; &, malgré « cela, aucune de nous ne se leva du lit, se confiant « en la proteétion de Notre Seigneur, de la Très-Sainte « Vierge & du grand Saint Joseph (2). » Ces secousses se renouvelèrent pendant sept ou huit mois, & l'on voit, par des lettres écrites le 1" septembre 1663, qu'elles se faisaient sentir encore alors de temps en temps, bien qu'elles ne fussent pas violentes. Nous devons ajouter, comme une ‘iouvelle marque de la protection divine, qu'on fut délivré de la pefte & de la famine, qu'on craignait avec raison après un tel bouleversement. A la suite de ces grandes secousses & des feux qui étaient sortis par les ouvertures de la terre, une extrème sécheresse avait comme brülé la surface des champs, & consumé toutes les semences; &, en ouire, les pluies tombèrent en si grande abondance, que les torrents semblaient avoir emporté tout ce qui reftait d'herbes & Ôôté l'espérance de faire aucune moisson. « Le contraire eft arrivé, dit la Mère Marie de « l'Incarnation, car la moisson a été si abondante, que « jamais l'on a recueilli tant de blé ni d’autres grains dans « ce pays. Pour les maladies, il n'y en a eu aucune; vous « voyez par là que Dieu ne blesse que pour guérir, & que « ces fléaux, que nous avons expérimentés, ne sont que les « châtiments d'un bon père (3). »

L'etlet le plus salutaire & le plus durable que produisit ce tremblement de terre fut de disposer les colons à en-

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trer dans la pieuse confrérie de la Sainte-Famille, qui fut établie à la suite de cet événement, & dont il eft nécessaire de raconter ici l'origine. Comme le P. Chaumonot & madame d'Aïllebouft en furent les inftruments principaux, nous dirons d'abord un mot de l’un & de l’autre. On a vu que les Prêtres de Saint-Sulpice, envoyés par M. Olier à Villemarie, y prenaient le titre d'Ecclésiafliques associés pour la conversion des saurages, motif principal qui les y avait amenés; & que M. le Maitre, dès son arrivée, s'était appliqué à l'étude des langues de ces barbares pour être plus tôt en état de les inftruire. Madame d’Aïllebouft, qui possédait celle des Algonquins, avait même procuré officieusement à ces Prètres des manuscrits que les PP, Jésuites avaient composés (1), pour faciliter l'étude de ces langues à ceux de leurs Pères qui arrivaient nouvellement dans le pays. Mais, comme ces Religieux étaient déjà en possession de diriger toutes les issions sauvages, M. de Laval jugea, dès le commencement, qu'on y conserverait plus d'unité s'ils en avaient seuls la direction. I! voulut donc que les Prètres de Saint-Sulpice bornassent leurs travaux à la conduite spirituelle des Français de Villemarie, et qu'ils eussent avec eux un Missionnaire Jésuite, pour l'inftruétion des sauvages qui fréquentaient ce lieu. M. Souart descendit à Québec, au mois de septembre 1662, & traita alors de cette affaire, quoique déjà les PP. Jésuites eussent envoyé le P. Chaumonot à Villemarie dès le mois de juin précédent (2). Il y vivait en communauté avec ces Ecclésiaftiques, & les jours de dimanche & de fêtes, rapporte-t-il lui-même, « nous officiions tour à « tour (3). »

Madame d’Aïllebouft, retirée depuis la mort de son mari à l'Hôtel-Dieu de Villernarie (*), était, dit la Sœur

(*) Madame d’Aillebouft occupait à l'Hôtel--Dieu une chambre assez Incommode, qui avait d'abord servi aux prêtres du Séminaire. En se retirant ainsi chez les Hospitalières, elle leur donna deux

FAMILLE, LE P, CHAU- MONOT.

1) Second Mémoire

de M. d'Allet, p. 720,

(2) Journal des Jé suites, oct. 1662.

(3) Vie du P. Chaumonot, écrite par luimème, New-York, IN5S, pe 74.

MADAME D'AILIEBOUS

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