‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 49 sur 392 · FAMILLE · texte numérisé non relu

FAMILLE

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Morin, « une personne d'un entretien fort dévot & fort « religieux, étrangère à l'esprit du monde, vivant humble « & rabaissée, comme si elle ne l'avait jamais connu, « quoiqu elle fût fort avantagée de talents naturels, tant « de corps que d'esprit, Elle gardait la clôture fort régu- « lièrement, ne sortant jamais, & ne recevant personne « du dehors dans sa chambre (1). » En se retirant ainsi à l'Hôtel-Dieu, elle se proposait d'y finir ses jours & de laisser tous ses biens à cet ctablissement, & comme elle n'avait d'autre ambition que de s'y préparer à la mort par une sainte vie, elle assura, pour elle-même & pour son mari, des prières à perpétuité (*). M. de Maisonneuve venait d'établir, au commencement de cette année 1663, la milice de la Sainte-Famille, & madame d’Aillebouft était, sans le savoir, l'inftrument dont la Providence voulait se servir pour répandre la même dévotion dans toute la Colonie, par la confrérie dont nous parlons. « J'eus le « bien, rapporte le P. Chaumonot, dans sa propre Pre, « de faire sa connaissance dès mon arrivée à Montréal. « Elle m'avait été recommandée par le P. Jérôme Lale- « mant, notre Supérieur, qui, ayant été son directeur « lorsqu'elle était à Québec, voulut que je tinsse sa place « auprès d'elle, Cette dame, pendant que j'étais à Ville-

vaches, diverses marchandises, & une somme d’argent qui leur servit à faire conflruire un premier bâtiment sur leurterre de Saint-Joseph, & à v tenir une ferme, d’abord peu considérable, à cause des incursions des Iroquois.

(*) Par une pieuse fondation qu'elle fit l’année 1662, elle ordonna que. tous les ans. le 1°" de juin, on chanterait dans l'église paroissiale de Villemarie une grand’messe, avec diacre & sousdiacre. à laquelle assifteraient, en outre, six prêtres, autant que les circonitances le permettraient. Elle voulut qu’à l'Offrande de cette messe on présentit un pain de trois livres & une pinte de vin; qu’on fournit à chacun des six prêtres une petite bougie ou un cierge, & qu'après qu'ils auraient reçu un sou marque, ils allassent à l'Offrande le déposer dans le bassin, comme c'était alors l'usage, & comme on le pratique encore à Paris, dans les services de grand appareil. Le contrat de cette fondation fut passé le 6 septembre de cette année, & déposé au gretle, où on le voit encore en original (2).

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« marie, eut la pensée de trouver quelque puissant & efi- « cace moyen de réformer les familles chrétiennes sur le « modèle de la Sainte Famille du Verbe incarné, en infti- « tuant une société ou confrérie où l'on fût inftruit de la « manière dont on pourrait imiter Jésus, Marie & Joseph « dans le morde; les hommes, imitant Saint Joseph; les « femmes, la Frès-Sainte Vierge, & les enfants, l'Enfant « Jésus. Je découvris ce dessein à M. Souart, moa direc- « teur, qui le confirma par son approbation. Mais, comme « nous ne pouvions y réussir si nous n'avions aussi celle « de Mgr l'Évèque, & mème des Indulgences de Notre « Saint-Père le Pape, je proposai à M. Souart, à madame « d'Aïllebouit, à la Mère Supérieure de l'Hôtel-Dieu, & « à ma Sœur Marguerite Bourgeoys, Supérieure de la « Congrégation (car en cette affaire nous agissions de « concert , de recommander une si grande entreprise à « Saint Ignace, en faisant, pour son heureux succès, une « neuvaine à ce digne fondateur de la Compagnie de « Jésus (1). »

Tous ayant applaudi à cette proposition, le P. Chaumonot dressa un acte par lequel ils promirent de faire chacun neuf communions, & de procurer.que toutes les personnes qui seraient admises dans l'association de la Sainte-Famille récitassent, immédiatement après leur réception, neuf fois Gloria Patri, etc. M. Souart, le P. Chaumonot, l1 Supérieure de l'Hôtel-Dieu (qui était alors la Sœur Macé), la Sœur Bourgeoys, ainsi que la Sœur Crolo, madame d'Aillehouft & mademoiselle Mance,signèrent cet acte le 31 juillet 1663 (2). La délivrance déjà rapportée du soldat milicien pris à Villemarie par les Iroquois, le 12 mai précédent, accrédita aussitôt cette dévotion; & Dieu, pour la faire naître dans les cœurs, se plut à l'autoriser par des événements providentiels tout à fait merveilleux, comme il avait déjà fait pour répandre la dévotion envers Sainte Anne après la conftruétion de la chapelle de ce nom, à la côte de Beaupré. Le P. Henri Nouvel, de la

(a) Vie du P. Chau-

monot, p. 74, 72, 70.

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