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sols on cote
(1) Hiftoire du Montréal, par M. Dollier de Casson, de 1664 à 1009,
A VILLEMARIE ON DE- MANDE A DIEU LA CONSERVATION ET LE RETOUR DE LE MOYNE,
quois avançaient toujours sur lui. Jaloux de faire une capture si glorieuse pour eux, ils mirent tout en œuvre pour le prendre. Les vieillards animaient par leurs discours les jeunes Iroquois à fondre sur lui; & pour exciter encore davantage leur ardeur, ils se mirent à faire des amas de bois, ce qu'ils avaient fait déjà depuis plusieurs années dans leur pays comme pour préparer le bûcher deftiné à son supplice. Ces moyens eurent tout l'effet qu'ils en avaient attendu. Ces jeunes guerriers ainsi ftimulés, encouragés d'ailleurs par leur grand nombre, s’approchent & inveftissent enfin Charles Le Moyne. Celui-ci, qui se voit dans l'impuissance de leur échapper, ajufte son arquebuse & la décharge sur l'un d'eux; mais, ne remarquant pas que dans ce moment il mettait le pied sur un chicot qui apparemment changea de place, il culbute, manque son homme & tombe par terre. S'étant aussitôt relevé, il s'enfuit à toutes jambes; mais il eft si vivement poursuivi qu'enfin il eft atteint, invefti & fait prisonnier (1).
Autant fut grande la -joie que les Iroquois firent alors éclater, autant fut profonde la douleur des colons de Villemarie, lorsqu'ils apprirent la nouvelle de cette capture. Sachant la haine que les Iroquois portaient à Le Moyne &
.le désir passionné qu'ils avaient depuis longtemps de le
prendre, ils ne doutèrent pas qu’il n’eût été brûlé en arrivant dans leur pays; & quoique ces barbares eussent rendu déjà dans plusieurs occasions un grand nombre de prisonniers, afin de les échanger pour des captifs de leur nation, chacun était convaincu à Villemarie que, pour assouvir leur vengeance sur un homme qui leur avait fait éprouver tant de pertes, ils ne le ramèneraient jamais aux Français pour quelque considération que ce fût. Ses camarades de la milice de la Sainte-Famille & tous ses autres concitoyens firent cependant pour lui des prières ferventes ; sa femme surtout, qui était extrêmement pieuse, Catherine Primot, offrit à Dieu avec tant d’ardeur les siennes propres, qu'au rapport de M. Doillier, on peut lui
attribuer l'espèce de miracle qu'il plut à Dieu d'opérer en faveur de son mari.
Celui-ci, qui parlait très-bien l'iroquois, se mit à cuanvrs 1e voiu
baranguer ses vainqueurs; & pour les détourner du dessein de le faire périr, leur montra les conséquences funeftes pour eux qu'aurait infailliblement sa mort. « Tu « peux me faire mourir, dit-il à l'Iroquois, mais ma mort « sera rigoureusement vengée. Il viendra quantité de sol- « dats français qui brüûleront tes villages; ils arrivent « maintenant à Québec, j'en ai des assurances certaines. » Comme Charles Le Moyne leur tint ce discours avec autant de calme que de fermeté, & qu'il jouissait parmi les Iroquois d'une réputation de droiture de cœur & de loyauté égale à sa bravoure, ces assurances firent faire aux Iroquois les plus sérieuses réflexions; & quelque grand désir qu'ils eussent de le brûler, ils résolurent de lui conserver la vie, afin de ménager, par la reftitution d'un prisonnier de ce caractère, leur accommodement avec les Français, & de prévenir ainsi la ruine de leur pays (1). Nous devons même ajouter, à la louange de cet homme célèbre, l'une des plus brillantes gloires de Villemarie, que. malgré la haine profonde que les Iroquois avaient conçue contre lui, il sut, quoique captif, triompher de leur humeur cruelle & farouche; & que, par l'ascendant que lui donnaient les qualités éminentes de son esprit & de son cœur, il leur inspira pour sa personne une si haute eftime & une confiance si parfaite, qu'après l'avoir adopté solennellement comme un de leur nation, ils le choisirent pour leur protecteur auprès du Gouverneur général du Canada, & avec une si conftante satisfaction de leur part que cette qualité fut depuis héréditaire dans sa famille (2).
Mais, avant que Charles Le Moyne fût ramené à Villemarie par ces barbares, cette colonie eut à regretter la perte d'un de ses plus braves défenseurs, déjà nommé, Pierre Raguideau, sergent de la garnison, âgé d'environ