LIVRE PREMIER
DEPUIS L'ANNÉE 1664 JUSQU'A LA FIN DU GOUVERNEMENT DE M. DE COURCELLES, EN 1072.
Pour procurer le solide établissement de la colonie, Louis XIV commença par la faire jouir du bienfait de la paix, & porta pour cela ses armes chez les Agniers, ce qui obligea toutes les autres nations iroquoises à demander son alliance. Avec la paix au dehors, il assura la liberté au dedans, en faisant régner la juftice & l'ordre public, augmenta le nombre des missionnaires, envoya à ses propres dépens de nouveaux colons, favorisa avec générosité la formation d'un grand nombre de familles, &, convaincu qu'un pays ne peut se soutenir s’il ne nourrit ses habitants de son propre fonds, il excita puissamment les colons au défrichement & à la culture des terres. L'expérience du passé avait appris que les Iroquois, peuple inquiet & inconftant, pouvaient rompre la paix à la première occasion, & troubler encore la colonie; & en sage politique il eut soin, tout en procurant le défrichement des terres, de mettre les colons en état de les repousser. Dans cette vue,
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il créa un grand nombre de fiefs nobles, dont il gratifia les officiers de ses troupes, & invita efficacement les soldats à s'y établir, ordonnant, de plus, que tous ces soldats, ainsi devenus agriculteurs, fussent réunis en paroisses distinétes, & soumis à des officiers civils & militaires pour les régir. Enfin, voulant faire de Québec, des Trois-Rivières & de Villemarie autant de centres de communication pour le refte de la colonie, il donna des soins particuliers à l'augmentation de ces trois poftes : de Québec, comme étant la capitale du pays & le siége du gouvernement; des Trois- Rivières, comme chef-lieu du gouvernement particulier de ce nom, & de Villemarie, comme le pofte le plus avancé vers les frontières des barbares & le plus important pour le refte de la colonie. Dans ce même dessein, il s'imposa de grands sacrifices pour établir le commerce, surtout dans ces trois poftes, & y introduire les branches d'industrie les plus nécessaires alors; & comme sa sollicitude s'étendait à tout, il porta aussi ses soins sur l'éducation & l'inftruétion des enfants, comme étant l'espérance de l'avenir de la colonie. Voilà, en peu de mots, ce que le zèle intelligent & généreux de Louis XIV sut entreprendre & exécuter pour le bien solide du pays.
Mais, comme la fin principale qu'il se proposait était la sanélification des sauvages du Canada, il ne négligea aucun des moyens qui étaient en son pouvoir pour leur ménager cet inappréciable avantage. La nécessité d’adoucir l'humeur féroce de ces barbares, pour les amener ensuite à la foi, lui fit désirer de commencer leur civilisation par celle des enfants sauvages, à plusieurs desquels il s'efforça de procurer le bienfait de l'éducation & de l'instruétion chrétienne, sans négliger pourtant les adultes, surtout les Iroquois, dans les cinq nations desquels des missions fixes furent alors établies. Enfin il favorisa & entreprit lui-même la découverte de pays encore inconnus, dont il prit possession pour faire porter ensuite la foi chrétienne aux peuples de ces contrées. C'eit ce que nous