‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 103 sur 428 · VERSION DES SAUVA CES · texte numérisé non relu

VERSION DES SAUVA CES

toutes, que de trente arpents seulement, dans le voisinage du Fort & de la brasserie située tout auprès, afin que les travailleurs pussent y être protégés en cas d'attaque; &, pour ce dessein, elles avaient été prises sur remplacement déjà choisi pour bâtir Villemarie. Aussi, comme ces concessions n'étaient que provisoires, les hoftilités des Iroquois ne permettant pas aux habitants d'aller s'établir plus loin, il avait été Itipulé que les seigneurs, pour faciliter la conltrudion de la ville^ pourraient reprendre ces mêmes terrains (*).

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COLONS DE VILLE- Uue paptlcularité que nous devons remarquer ici, &

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AGRICULTURE POUR ^^^ ^" '-'*^" propre R lawe admirer le dévouement de ces coNTRiBUERALAcoN- génércux colous, c'eft qu'en exposant ainsi leur vie pour défricher ces terrains & y résider, ils n'avaient d'autre vue que de faciliter par là la conversion des sauvages &. de contribuer, selon leurs moyens, à la propagation de la Foi. C'eft ce qui eft expressément déclaré dans les ades de toutes ces concessions, signées par les colons ou agréées par eux lorsqu'ils n'étaient pas en état d'écrire. « Sui- (I vant les pouvoirs à nous donnés par MM. les Associés « pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France,

(*) Il avaitété convenu que les seigneurs, en reprenantces terrainSj pourraient en donner deux arpents à chaque habitant, à la réserve, cependant, de deux arpents, qui refteraient au concessionnaire, avec sa maison principale; &, dans ce cas, les seigneurs promettaient de donner à celui-ci une égale quantité de terre & de le dédommager de tous les travaux qu'il aurait faits sur cel'e qu'il délaisserait ainsi. Les seigneurs s'engageaient pareillement, dans le cas où ils ouvr'"aient des chemins sur ces terres, d'indemniser les particuliers. Il fut aussi convenu que chaque propriétaire bâtirait une maison & résiderait sur sa terre, ou qu'au moins il demeurerait ordinairement dans l'île de Montréal, avec cette clause expresse, que, s'il s'absentait de cette île trois années consécutives, sa terre serait vendue par le procureur fiscal, & que le prix en serait remis au syndic des habitants, pour être employé au profit de la corporation. Toutefois les propriétaires pouvaient vendre leurs terres & même résider ailleurs que dans l'île, pourvu qu'ils en eussent une permission signée du Gouverneur de Villemarie.

GUERRE. AGRICULTURE. 164g.

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X en rîle de Montréal, dit M. de Maisonneuve dans ces « aftes, pour en départir les terres à ceux qui auraient « affedionde s'y établira d'y faire leur demeure ordinaire, <i afin de procurer, par ce moyen, la propagation de la <( Foi dans ce pays (i). » 11 eft vrai qu'on trouve des formules d'adtes introduites & accréditées par l'usage, qui ne doivent pas toujours être regardées comme l'expression des sentiments de ceux pour qui elles ont été employées. Mais on eft autorisé à juger autrement des dispositions des colons de Villemarie, qui, les premiers, usèrent de la formule dont nous parlons ici, & qui, comme on l'a rapporté déjà, avaient un si ardent désir de contribuer à la conversion des sauvages. Au refle, c'efi: ce que prouvent divers artes de simples particuliers qui, d'eux-mêmes, ont spontanément déclaré ce noble motif. Ainsi, quelques-uns, qui, jouissant d'une certaine aisance, pouvaient s'entretenir, sans recourir à la libéralité des seigneurs, ont cru devoir faire une manifeftation publique de leurs sentiments religieux par des ades notariés, dont on conserve encore les originaux à "Villemarie. Qu'on nous permette de rapporter ici la déclaration faite le 3 août i65o, par Jean de Saint-Père, Gilbert Barbier & Lambert Closse : « Nous « étant unis avec MM. de la Compagnie de Montréal, afin « de contribuer, autant que nous le pourrions, à la con- « version des sauvages, nous avons cru qu'il était néces- « saire, pour cela, que chacun de nous fît en particulier « quelque établissement; & M. de Maisonneuve, notre « Gouverneur, qui a jugé, de son côté, que notre dessein « serait utile au bien des sauvages, nous ayant délivré, « aujourd'hui même, des concessions de terre pour ce « sujet, nous déclarons ne prétendre aucune récompense V pour les services que nous avons rendus jusqu'à ce jour « à MM. de la Compagnie de Montréal (2) (*). »

(') Comme tous ces colons s'étaient engagés à défricher leur terre & à y conltruire des maisons, & que M. de Maisonneuve ne pouvait donner à chacun d'eux, en même temps, des défricheurs & des ou-

(1) Greffe de Montréal, 4 janvier 1648.

Concessions & autres semblables.

(2) Archives du séminaire de Villemarie.

De'claration du 3 août i65o.

XLVin.

ÉTABLISSEMENT d'une Msls, commc tous CCS soldats devenus agriculteurs

COMMUNE POUR LES BESTIAUX ET d'uN

devaient avoir des beftiaux, & qu'il était nécessaire de leur CHER. procurer un lieu où ils pussent les faire paître en assu-

rance, M. de Maisonneuve leur donna, le 2 odobre i65i, une certaine étendue de terre, qui leur servit à tous de commune, & dont il remit le contrat de concession à Jean de Saint-Père, leur syndic. Pour prévenir le danger de voir les animaux enlevés ou tués par les Iroquois, il assigna provisoirement, eu égard à la difficulté des circonstances, le terrain qui bordait la grande rivière, à partir du Fort, en suivant le cours de Teau. Cet espace, défendu par le Fort même & enclavé entre le fleuve Saint-Laurent & les concessions qui étaient au-dessus, se trouvait par là à l'abri des irruptions subites des barbares, qui, du moins, n'auraient pu s'en approcher sans être aperçus de loin. Cette première commune avait un arpent de large, & continuait dans cette même largeur, le long du fleuve, jusqu'à la quantité de quarante arpents. Enfin on établit un vacher public pour garder le bétail dans ce lieu & prévenir toute surprise. Mais cet ordre de choses n'étant que provisoire, il fut convenu également que, lorsque les temps deviendraient meilleurs, les seigneurs pourraient reprendre ce terrain & le donner à des particuliers pour y bâtir des

vriers pour les aider, plusieurs, par un motif de charité fraternelle & de bien public, formaient ensemble des sociétés pour s'entr'aider mutuellement. Ainsi, le 18 novembre i65o, Jean des Carries & Jean Le Duc s'obligèrent, l'un envers l'autre, à bâtir, à frais communs, une maison, d'abord sur la concession du premier, & d'y défricher dix arpents de terre; & ensuite à bâtir une maison semblable sur la terre du second, & à y faire les mêmes défrichements. Il fut liipulé que, si l'un des deux venait à tomber malade avant l'achèvement de ces travaux, l'autre serait obligé à continuer l'ouvrage, sans prétendre à aucun dédommagement, nonobftant la maladie de son associé. Après que ces travaux eurent été exécutés sur la terre de des Carries, la guerre, qui survint, n'ayant pas permis, apparemment, de les entreprendre sur la concession de Jean Le Duc, celui-ci reçut de son compagnon la somme de cinq cent quatre-vingts livres, en dédommagement de ses services.

1*" GUERRE. AGRICULTURE. 164g. IO7

maisons 8c s'y loger; qu'ils pourraient aussi s'en servir pour y faire des places de marché ou y établir un port pour les barques, & que, dans tous ces cas, ils remplaceraient l'espace qu'ils prendraient, en assignant, pour commune sur le bord du fleuve Saint-Laurent, autant de terrain qu'ils en auraient pris.

Tous ceux qui avaient demandé ainsi des terres se récolte extraordilivrèrent donc aux défrichements, quoiqu'ils se vissent '*"'*'= -^^illemarie. fréquemment harcelés par les Iroquois ; &, après avoir préparé ainsi leurs champs, les ensemencèrent. On remarqua avec étonnement, par l'abondance de la récolte, combien Dieu s'était plu à bénir leurs travaux ; ce qui fait dire au P. Ragueneau, dans sa relation de i65i : « La « récolte des blés a été, cette année, très-heureuse par- « tout, mais principalement à Montréal, où les terres sont (( fort excellentes (ij. » La Sœur Morin nous fournit le (o Relation de 1 65 1, commentaire de ces dernières paroles par la réflexion '^'^' '■ qu'elle fait sur le même sujet : « Chacun des colons n'avait « qu'un fort petit champ à défricher, à cause de la crainte « des Iroquois, leurs ennemis, qui ne permettaient pas de « s'écarter beaucoup de son voisin, afin d'en être secouru « en cas d'attaque. Mais Dieu donnait tant de bénédic- « tions aux travaux de ce petit peuple, qu'on recueillait « autant de blé de la semence d'un sevU minot que nous « le faisons aujourd'hui de vingt-huit &. même de trente; « ce que je dis sans exagération (2j. » Aussi un historio- (2)AnnaiesderHGgraphe de France, Charles Cholmer, faisant allusion à cette '^'-D'euSaint- osep . sorte de phénomène, dit que Montréal reçut du ciel une telle abondance de biens, que l'on eût pris son sol pour un autre paradis terreftre (3). « Ce lieu, comme le faisait (3) Le Nouveau

rr ^ .. ' ' I rï T-> Monde , l'Amérique

« en ellet remarquer, cette même année, le F. Kague- , .. ' , ,, „,

1 ^ ? o chrétienne, t. Il, p. 2.

« neau, eût été un paradis terreftre pour les sauvages &

« pour les Français, sans la terreur des Iroquois, qui

(c paraissaient comme continuellement & le rendaient

« presque inhabitable; ce qui a fait, ajoute-t-il, que les Reiitiondei'.5i

« autres sauvages s'en sont retirés (4). » Quoique occupés chap. i.

alors à désoler le pays des Hurons, les Iroquois ne laissaient pas, en effet, d'envoyer des partis de guerriers contre Villemarie ;& novis voyons que, le 23 juin i65o, ils y massacrèrent un Huron & sa helle-mère, Fun & Tautre

puituresdevmfmarTe^ chrétiens, à qui Ton rendit, pour cela, les honneurs de la

23juini65o. sépulture ecclésiastique (i).

2^ GUERRE. MISSIONS HURONNES. l65o. lOQ

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