SEPT COLONS DES TROIS
Quatre jours après, on alla visiter le lieu du combat, RIVIÈRES PRIS PA-R gg^y^^ doutc pour culevcr les morts, & Ton trouva l'inscrip-
LES IROQUOIS. AUTRES . • I l" T • -ht ■/;
HOSTILITÉS. tion suivante sur un boucher iroquois : « JSormanj'ille,
(( Franchepille, Poisson, Lapaline, Tnrgot, ChaillouXj « Saint-Germain. Onnejochronnons & Agnechronnons ; « je n'ai encore perdu qu'un ongle. » Normanville, jeune homme adroit & vaillant, qui entendait la langue Algonquine & Tlroquoise, avait écrit ces paroles avec du charbon, pour donner à connaître que les sept personnes dont on voyait les noms avaient été prises par les Iroquois des nations d'OnneioLit & d'Agnier, 8i qu'on ne lui avait encore fait d'autre mal que de lui arracher un ongle. Dans des circonftances si alarmantes, il n'y avait plus de sécurité pour personne ; &, toutefois, malgré les dangers qu'on courait en voguant sur le fleuve, M. d'Aillebouft ne laissa pas de descendre en chaloupe de Montréal à Québec, où (0 Journal des Je- il arriva le i" de septembre (i). Les Iroquois ne cessaient, suites, I ' sept. i652. g^ effet, dc rôder de toutes parts, pour immoler à leur fureur tous ceux qu'ils pouvaient surprendre, & nous voyons que, le 1 6 du même mois, ils tuèrent un des colons de Villemarie, appelé André David & surnommé Mingrey. Nous ne connaissons point les circonftances de l'adion dans laquelle il périt, aucun monument n'ayant fait mention de cette mort. Elle n'eft relatée que dans le regiftre
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mortuaire, où nous lisons seulement qu'André David s'était confessé la veille du jour où il fut tué par les Iroquois.
Mais voici la narration circonflanciée d'une fort belle adion de valeur, qui eut lieu le 14 octobre suivant, dont M. Dollier de Casson a eu soin de recueillir les détails. Ce jour-là on connut par l'aboiement des chiens qu'il y avait des Iroquois en embuscade, du côté que ces animaux regardaient. Le Major Lambert Closse, toujours prêt à voler, en toute occasion, au lieu du péril, reçut ordre de M. des Musseaux d'aiier à la découverte de l'ennemi & partit aussitôt avec vingt-quatre soldats, se dirigeant vers le lieu que les chiens avaient indiqué. Mais, en homme prudent, il détache trois de ses soldats, Etienne Thibault, surnommé La Lochetière, Bafton (ou Baftoin) & un autre, & les fait marcher devant, à la portée du fusil, avec ordre de ne s'avancer que jusqu'à un certain lieu qu'il leur désigne. La Lochetière, emporté par son ardeur, pousse un peu plus avant ; &, pour découvrir plus aisément l'ennemi, monte sur un arbre, où il se place en sentinelle, dans Fintention de plonger de là dans un fond qui était devant lui, où il soupçonnait que des Iroquois pouvaient être cachés. Mais, sans qu'il s'en doutât, il y avait tout près de cet arbre des ennemis en embuscade qui, dès qu'il y fut monté, poussèrent leur huée ordinaire & se mirent en devoir de tirer sur lui. Non moins adroit que brave, La Lochetière, saisissant incontinent son arquebuse, tire avec tant de juftesse sur celui des Iroquois qui le mettait en joue, qu'il tue son meurtrier, alors qu'instantanément celui-ci le tue lui-même. Les deux autres éclaireurs, entendant ces détonations & les huées des Iroquois, cherchent à se retirer ; & à l'inÛant ils sont assaillis & invertis par un grand nombre d'Iroquois, qui font sur eux de furieuses décharges. La Providence les préserva cependant l'un & l'autre. Bafton, ne pouvant rejoindre ses camarades, parvint à se jeter dans une chétive maison de terre, qui fut son salut (i).
E .MAJOR CLOSSE VA ATTAQUER LES IRO- QUOIS. MORT DE LA LOCHETIÈRE, Ql* TUE SON MEURTRIER.
(i)HifloireduMontrcnl, par M.Doltier de Cnsson, t052 à iô53.
1 MAJOR SE RETIRE ,\\i;C LES SIENS DANS UNE MAISON DETERRE
GRAND NOMBRE D IRO QUOIS.
Le Major met aussitôt ses gens en état de défense ; il tient ferme pendant quelque temps, sans s'apercevoir que D'OU ILS TUENT UN Ics Iroquols, au nombre de deux cents, étaient tous en mouvement pour rinveftir de toute part, lui & sa troupe. Un brave habitant de Villemarie, Louis Prudhomme, qui voyait le péril, & qui se trouvait dans la maisonnette où Bafton venait d'entrer, crie de là au Major de se retirer au plus vite, & qu'il eft invefti. Celui-ci, tournant aussitôt la tète, voit, en effet, une nuée d'Iroquois environner déjà sa petite troupe, & même la maison où Prudhomme était renfermé. A Tinffant il commande à ses gens de forcer ces barbares, pour entrer dans cette bicoque, à quelque prix que ce soit; & cet ordre efl aussitôt exécuté, avec autant de succès que d'audace. A peine le Major & les siens sontils entrés, que tous, s'étant mis à percer des meurtrières, commencent à faire grand feu sur l'ennemi. Dans cette troupe de braves, il y eut cependant un lâche, indigne d'en faire partie, qui, saisi de frayeur, se coucha par terre sans que les menaces ni les coups pussent le faire lever. Mais il n'y avait pas de temps à perdre, &, sans presser davantage celui-ci, chacun se met à sa meurtrière & fait feu sur l'ennemi. Les Iroquois environnaient en effet la maison de toute part, & tiraient même si rudement, que leurs balles passaient au travers de cette baraque, en si mauvais état & conflruite si légèrement, qu'une balle, après l'avoir percée, blessa l'un des assiégés, le brave Laviolette, év le mit hors de combat. Cet accident, dans une circonftance si périlleuse, fut vivement senti par tous ces intrépides colons ; car Laviolette, l'un des plus beaux soldats de Villemarie, s'était montré conftamment des plus courageux & des plus invincibles, ce qui l'avait fait choisir plusieurs fois pour être chargé de commandements difficiles^ dont il s'était toujours acquitté avec autant de courage que d'honneur. Malgré ce contre-temps, les autres ne laissent pas de faire sur l'ennemi de vives décharges qui, dès les premières, renversent par terre bon nombre d'Iroquois ; & ce feu si meurtrier met ces barbares dans un
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embarras extrême. Selon leur coutume, ils ne voulaient pas abandonner leurs morts, de peur que les Français n'en fissent trophée ; 6v toutefois ils ne savaient comment les enlever, chacun de ceux qui s'approchaient pour emporter les corps ne manquant pas d'être assailli lui-même par de furieuses décharges. Le feu continua avec cette même vigueur tant que les assiégés eurent de la poudre ; mais, comme on ne s'était pas pourvu pour soutenir (ijHiftoireduMontun siège, on s'aperçut que les munitions manqueraient c^^^^g^'"" ^^'^^''s"''^ bientôt (i).
STON PASSE AU MI- LIEU DES FEUX DE l'ennemi ET AMÈNL UN RENFORT OUI AS- SURE LA VICTOIRE.
Que faire, dans une extrémité si désespérante pour des braves? Il n'y avait, ce semble, que deux partis à prendre : se rendre à discrétion aux Iroquois, ou se précipiter au milieu d'eux les armes à la main, pour mourir en les taillant en pièces. Le courage audacieux du Major trouve un autre moyen de salut, ou plutôt un expédient hardi, qui lui assure une complète vidoire. Il propose d'envoyer au Fort quelqu'un de sa troupe, pour faire apporter au plus tôt des munitions. Bafton, dont nous avons parlé, très-leffe à la course, l'entendant exprimer ce désir, s'offre aussitôt de lui-même pour amener ce secours nécessaire au salut de tous. Le Major, transporté de joie d'un tel atfte de dévouement, donne aussitôt à Bafton toutes sortes de témoignages d'amitié ; &, après avoir tait ouvrir la porte, il ordonne des redoublements de décharges pour favoriser sa sortie. Bafton passe au travers des feux des Iroquois sans recevoir aucune blessure, arrive au Fort, & retourne immédiatement avec dix hommes (2) conduisant (2) Hiftoire du Cadeux petites pièces de campagne, chargées de cartouches "^'^^^p'''' *^' ^^ ^'''" & prêtes à être tirées. Ces dix soldats furent tout ce que M. des Musseaux put envoyer de secours aux assiégés, à cause du petit nombre d'hommes qui reftaient à Villemarie & de la nécessité où il se voyait de ne pas évacuer la place. Heureusement, à partir du F'ort jusqu'à la maison attaquée, se trouvait un rideau de verdure, qui facilita l'arrivée du renfort, sans que les Iroquois en eussent connais-