‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 146 sur 428 · SONGE · texte numérisé non relu

SONGE

nourrir soigneusement, .& lui offrirent même de la recevoir dans leur inllitut, lorsqu'elles iraient s'établir à Yillemarie, comme déjà elles en avaient formé le projet. La jeune personne accepta de grand cœur lapropositicn^, &leur promit que, lorsqu'elles seraient prêtes à partir^ elle serait ellemême du voyage.

Peu de jours avant que M. de Maisonneuve se pré- mademoiselle bolr sentàt chez ces Religieuses, cette année i653, mademoiselle Bourgeoys, alors âgée de trente-trois ans^ eut un songe qui la frappa beaucoup. Il lui sembla voir un homme grave & vénérable^ dont Thabit simple & de couleur brune ressemblait assez à celui que portaient alors les prêtres lorsqu'ils allaient à la campagne^, & crut comprendre qu'un jour elle aurait avec lui des rapports particuliers, que Dieu ferait naître pour sa gloire. Vivement touchée de ce songe, elle en fit part, le lendemain, à quelques personnes en qui elle avait une confiance particulière, sans savoir encore ce qu'il signifiait. Deux ou trois jours après, M. de Maisonneuve arrivant à Troyes pour prendre congé de sa sœur & des Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, elles ne manquent pas de lui réitérer leurs inftances; &. comme sans doute il objectait leur clôture, elles lui parlent de cette jeune personne, en lui faisant connaître son mérite & sa rare vertu. Bien plus, elles l'envoient chercher à l'inftant même, pour la présenter à M. de Maisonneuve, & pour qu'elle vienne, de son côté, prendre part à une conversation qui ne pouvait manquer de lui procurer quelque agrément. Mais, à peine mademoiselle Bourgeoys efi-elle entrée dans le parloir, qu'elle s'écrie, par un premier mouvement d'étonnement & de surprise : « Voici mon prêtre, voici « celui que j'ai vu dans mon sommeil, u C'était la première fois qu'elle voyait M. de Maisonneuve : aussi ces Religieuses, surprises d'une exclamation si singulière, la prient toutes, à l'envi, de raconter le songe qu'elle avait eu; &, sans attendre qu'on la pressât da-

VEIT CONDUIRE MA- DEMOISELLE BOUR- GEOyS A VILLEMARIE.

vantage, elle en fait aussitôt le récit avec simplicité & candeur.

L MAisoNNEuvE Cc songe uc fut d'abord, pour toute la compagnie,

qu'une agréable récréation ; mais bientôt la chose devint plus sérieuse qu'on ne l'avait cru d'abord; car M. de Maisonneuve, adressant la parole à la jeune personne, lui demande si elle serait disposée à le suivre à Villemarie, pour y faire Fécole & élever chrétiennement les enfants ; à quoi elle répond avec modeftie & assurance qu'elle eft prête à partir, si elle obtient l'approbation de ses supérieurs ecclésiaftiques. A ce dénoûment inattendu, les Religieuses se récrient & lui disent qu'elle ne doit y aller que dans leur compagnie, conformément à la promesse qu'on lui a faite de l'y conduire. Elle, de son côté, prenant un air enjoué, leur répond que, sans doute, elle a promis d'être de la partie lorsqu'elles iront à Villemarie, mais qu'elle ne s'eft pas engagée, si elles tardaient trop, à ne pas y aller sans elles. Cependant, malgré les témoignages si avantageux que les Religieuses lui avaient donnés de la vertu de cette jeune personne, M. de Maisonneuve, par un etïet de sa prudence ordinaire, va trouver le confesseur qui la dirigeait, & dont il honorait lui-même les lumières & la vertu, pour savoir son sentiment sur ce voyage. Le confesseur, déjàinftruit du songe, répond que, si la chose dépendait de lui, il donnerait volontiers les mains au départ de la jeune personne, étant tout à fait convaincu, par la parfaite connaissance qu'il a de toute sa vie, que le dessein de ce voyage vient de Dieu. De son côté, Marguerite Bourgeoys, voyant que M. de Maisonneuve songeait sérieusement à la conduire avec lui, va consulter le confesseur, puis un autre prêtre, & enfin le Grand-Vicaire de Troyes; & tous, après avoir pris chacun trois jours pour réfléchir, lui font la même réponse.

Etonnée elle-même de ce parfait accord, elle repré- GEOïs FIXÉE DANS SA Sente à son confesseur la peine quelle éprouve de s'aban-

MADEMOISELLE EOUR-

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