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VOCATION POUR VIL

VOCATION DE LA SŒUR BOURGEOYS. l653. I yy

donner ainsi à la conduite d'un gentilhomme qu'elle n'a jamais vu que dans cette occasion. Le confesseur, qui lemarie. connaissait à fond le caradère & la vertu solide de M. de Maisonneuve, lui répond avec assurance : « Mettez-vous (I entre ses mains comme entre celles d'un des premiers « chevaliers de la Reine des Anges. » Il parut que cette réponse avait été inspirée de Dieu à ce bon prêtre : car sa pénitente, ne laissant pas, malgré ces assurances, d'avoir encore des doutes sur la réalité d'une vocation si extraordinaire, crut être honorée d'une faveur célefte qui confirma cette réponse, & la fixa elle-même tout à fait. Elle la rapporte en ces termes : « Un matin, étant bien éveillée, « je vois devant moi une grande dame, vêtue d'une robe 0 comme de serge blanche, qui me dit : Va! je ne t'aban- « donnerai point ; & je connus que c'était la sainte 'Vierge, « quoique je ne visse pas son visage, ce qui me rassura & « me donna beaucoup de courage ; & même je ne trouvai « plus rien de difficile, quoique pourtant je craignisse les « illusions (i). » Pour les éviter sûrement, elle se dépouilla (,) Lettre autograde tout ce qu'elle possédait, & distribua même aux phe de la sœur Bour pauvres le peu d'argent qui lui reftait encore. « Je pensai 8^°^^^ • « que si cela était de Dieu, ajoute-t-elle, je n'avais que « faire de rien porter pour mon voyage. Je dis en moi- « même : Si c'eft la volonté de Dieu que j'aille à Ville- « marie, je n'ai besoin d'aucune chose ; & je partis, sans « deniers ni mailles, n'ayant qu'un petit paquet, que je « pouvais porter sous le bras. » Arrivée à Saint-Nazaire, près de Nantes, pour l'embarquement, & pensant qu'elle serait seule de son sexe sur le navire, la Sœur Bourgeoys (car c'eft ainsi que nous la désignerons dans la suite) fut agréablement surprise d'y trouver plusieurs vertueuses compagnes, qui s'y étaient rendues aussi, de leur côté, pour le départ. « M. de la Dauversière, dit-elle, envoya -<■ pour l'embarquement Marie-Marthe Pinson de la « Flèche, qui fut ensuite la femme de Jean Millot ; Marie « du Mans, une autre femme avec son mari &: quelques « filles. »

DÉPART. LA RECRUE EST OBLIGÉi: DE RELA- CHER,

Toutefois cette satisfaction fut tempérée par bien des accidents durant le cours de la traversée. Le vaisseau, appelé le Saiiit-Nicolas-de-Nantes, qui portait la recrue sous la conduite du capitaine le Besson, étant parti le 20 juin, on s'aperçut bientôt qu'il était pourri & faisait eau de toutes parts. Comme cependant on était fort en bras, ayant, outre Téquipage ordinaire, plus de cent hommes pour Villemarie, on espéra qu'on pourrait étancher le navire. Mais, quoique les gens fussent aux pompes jour & nuit, il leur était impossible d'en venir à bout; & l'eau commençait déjà à gagner & à endommager les provisions, lorsqu'enfin, après avoir fait trois cent cinquante lieues en mer, on fut contraint de revenir à terre, & de relâcher à Saint-Nazaire, d'où l'on était parti. « En approchant de terre, dit la Sœur Bourgeoys, nous périssions, sans le secours que, par la grâce de Dieu, nous reçûmes des habitants de ce lieu-là. J'étais fort en peine de nous voir dans ce danger; nous étions près de cent & vingt passagers sans prêtres, & nos gens étaient mal préparés pour mourir, aussi bien que tout le refle. M. de Maisonneuve fit mettre tous ses soldats dans une île d'où l'on ne pouvait s'échapper: car autrement il n'en serait pas demeuré un seul. Il y en eut même qtii se jetèrent à la nage, pour se sauver; ils étaient devenus comme furieux & croyaient qu'on les menait à la perdition. Il fallut bien du temps pour trouver & préparer un autre navire, & pourvoir aux autres besoins, en sorte que l'on ne fit voile que le jour de la Sainte-MargLierite, 20 juillet, après avoir entendu la sainte Messe. »

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