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RABLES FAITES AUX PREMIERS COLONS PAR LA COMPAGNIE MONTRÉAL

(*) Le 23 janvier 1654, Jacques Picot, Jean Aubuchon, & le 2 février René Bondy, Pierre Godin & Marin Janot promirent, à leur tour, de se fixer dans l'île de Montréal, aux mêmes conditions que les précédents : ce que firent aussi, le lendemain, Michel Talmi, Sébaftien Audeau & Nicolas Godet, qui, chacun, reçurent six cents livres. Le 4 février, Jean de Saint-Père reçut six cents livres, & Jean des Roches quatre cents, & dans leur afte d'engagement il fut expressément ftipulé que l'obligation de demeurer toujours dans 1 île était personnelle aux contractants, & ne s'étendrait pas à leurs enfants ni à leurs ar»nts cause. Le i5 du même mois, Jacques Archambault & Urbain Teissier, dit Lavigne, s'engagèrent aussi, & d'autres dans le courant de la même année, entre autres Julien Debigeon, Louis Loisel, qui reçut mille livres tournois, Louis Guertin, Etienne Lair, Jean Frenot, Pierre Chauvin, Giles Lauson, Jean Olivier, André Hurtebise, Marin Hurtebise, Louis de la Soudraie, Olivier, dit le petit Breton, qui, chacun, reçurent cinq cents livres, indépendamment des sommes qui leur avaient été avancées, ainsi que Fiacre Ducharme, Jean Vallets & Pierre Piron. L'année suivante, Paul Benoît, Simon Leroi, Pierre Bruzé, Pierre Papin, Mathurin Jousset, Nicolas Duval, Zacharie Desorsons, Jean Gafiau & Pierre Hardy contractèrent le même engagement, après avoir reçu chacun cinq cents livres. Enfin, outre les chefs de famille qu'on vient d'énumérer, d'autres étaient déjà établis à Villemarie, tels que Gilbert Barbier, Louis Prudhomme, François Godet, fils de Nicolas, Jean Loisel. Mathurin Monnier.

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cessaires & mettre des hommes, amis de la simplicité, en

état de se suffire par leur travail L'on en sera convaincu,

si Ton compare ces gratifications pécuniaires avec celles

que Louis XIV fit lui-même, environ douze ans après, aux

soldats, aux sergents et aux officiers de ses troupes, pour les

déterminer à s'établir en Canada. Aux soldats il donna

cent livres, ou cinquante livres & des vivres pour un an ;

aux sergents, cent cinquante livres, ou cent livres avec des

vivres pour Tannée (i). Les colons de Villemarie, en re- (i)Reiationde t66s,

cevant cinq ou six cents livres, furent donc traités avec ^' '

bien plus d'avantages, & à peu près comme le roi traita les

officiers des troupes pour les établir dans le pays. Ainsi

nous verrons qu'aux capitaines, aux lieutenants & aux

enseignes de quatre compagnies, formant en tout douze

officiers, il donna six mille livres (2) à partager entre eux, (-) Archives de la

& qu'à M. de Contrecœur il donna six cents livres (3). On eTpeïionf "conctr!

peut encore comparer les sommes dont M. de Maison- nam les colonies des

neuve gratifia les colons, avec celles qui étaient ordinaire- '"'''^^' '^'°' ^°'' ''■

. , , , 1-1 (-^) Regillre des dé-

ment Stipulées dans les contrats de mariage des personnes poches de Coiben,

du pays les plus aisées & les plus honorables. Le futur ''^''' f°'- '9-

j ■ • n . .. ■ (4) Orefte de Ville-

epoux assurait pour douaire a sa fiancée une rente via- marie, contrats de ma-

gère de cinquante ou soixante livres, avec son logement riage de Louis Pru-

dans sa maison principale (4), & la fiancée lui apportait Je°Giibért"°Barbier'

en dot la somme de cinq cents livres, & quelquefois des du 14 nov. i65o; dé

effets mobiliers. , ■'^^" ''^ saint-Père,

Par le contrat de mariage de Louis Prudhomme avec sévkrité des moeurs Roberte Gadois, le sieur Gadois père donne à sa fille, primitives de la cooutre la somme de cinq cents livres, un lit complet, cinquante aunes de toile, une vache avec son veau, six plats, six assiettes, un pot d'étain; &, dans un pays nouveau, tel qii'était alors le Canada, ces objets mobiliers, qu'on ne pouvait se procurer qu'avec beaucoup de peine, étaient considérés, à cause de la sévérité des mœurs primitives, comme une sorte de luxe, qui ne pouvait être le partage que d'un très-petit nombre de colons. On se formerait - une très-fausse idée de l'aisance domeftique de ces pre-

LONIE.

igO II"' PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

miers temps de la colonie, si on la comparait avec les délicatesses excessives, que le luxe moderne deTAngleterre y a introduites de nos jours ; &, pour en juger plus sainement, il faudrait mettre en parallèle cette ancienne manière de vivre des Canadiens Français, avec celle qui était alors usitée en Angleterre (*). Au refte, rien n'était plus avantageux, ni même plus nécessaire au solide établissement & au bien moral du pays, que cette simplicité austère, puisque les plus habiles politiques ont reconnu que le luxe, quand il gagne toutes les conditions, eft la ruine des empires, & que les plus sages n'ont pas craint de faire des lois pour en réprimer les excès. Jean II, roi de Portugal, surnommé le Parfait, ayant rendu des ordonnances pour arrêter les progrès du luxe dans ses États, ses miniltrcs lui objedèrent qu'elles seraient préjudiciables au commerce. « Vous vous trompez, leur répondit-il; il suffit « que la moitié de mes sujets donne dans le luxe pour (i) L'Art de vmtier « fournir de Toccupation à l'autre (i) & maintenir ainsi !k jtaniî r -sr^"*^ " l'harmonie dans la société. » Voici comment, d'après ces principes, M. de Maisonneuve pourvut à l'établissement des premiers colons.

(') Avant le commencement du dix-septième siècle, tous les meubles des Anglais & leurs uftensiles étaient de bois; l'usage des couteaux ne fut introduit chez eux qu'en 1 5 63; & il n'y avait presque de vin que chez les apothicaires, où il était compté parmi les remèdes. A Londres & dans les autres grandes villes du royaume, il y avait très-peu de cheminées : on faisait le feu au coin d'un des murs, & la fumée sortait par le toit, par la porte ou par la fenêtre ; les habitants dormaient sur des bottes de paille, un rouleau de bois leur servait de coussin. Les pereonnes de la Cour se ressentaient elles-mêmes de cette sévérité dans les mœurs; ainsi la reine Elisabeth, qui mourut au commencement du dix-septième siècle, reçut en présent, la troisième année de son règne, une paire de bas de soie noirs tricotés, chose inouïe jusqu'alors en Angleterre; &. depuis ce temps elle ne (2) L Art de vcriher «qj-j^ pj^j (jg ^-1^5 jg laine, comme elle faisait auparavant. Avant les dates, 1. 1, dernière ;, - -00 »» • • ■* j i • - 1 i-

,^. . ', ' , ... 1 année i.-i8S , cette prmcesse paraissait dans les cérémonies publi-

edition des Benedic- , ',.,' 11 n r ■,

tins 1783 in-fol t I ^'^^^ montée en croupe derrière son chambellan; car ce ne tut qu a rèfiîe d'ÉHsabeth r. partir de cette année qu'on commença c\ faire usage de carrosses en Hil6. Angleterre (2).

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Par suite de leur engagement, il donna à chacun deux trente arpents de terre, qu'ils devaient cultiver, situés le plus souvent au coteau Saint-Louis ou à la contrée Saint-Joseph, &, en outre, un arpent ou un demi-arpent dans le lieu désigné pour la ville, sur lequel, comme nous l'avons dit, chacun devait se conftruire une maison pour l'habiter. Dès l'arrivée de la dernière recrue, on se mit donc à abattre des arbres & à préparer des pièces de bois, afin d'élever, sans délai, des bâtiments de charpente. « Les « défricheurs, les charpentiers, les menuisiers, les maçons « préparaient les matériaux nécessaires, dit la Sœur Moi( rin; ils se portaient à l'ouvrage avec zèle & ardeur, & « les mieux accommodés des habitants se firent alors de « petites maisons de bois, où ils se retirèrent (i). » En vue de hâter ces conftructions, plusieurs s'associaient ensemble & travaillaient conjointement. Ainsi, cette année 1654, Jacques Picot & Jean Aubuchon, de l'agrément de M. de Maisonneuve, s'engagèrent à bâtir, sur la concession du premier, une maison de trente pieds & à défricher huit ou dix arpents de terre, avec promesse d'en jouir en commun^ jusqu'à ce qu'ils eussent conftruit une seconde maison & défriché le même nombre d'arpents sur une autre terre, que M. de Maisonneuve donnerait à Aubuchon (2). Pareillement, cette même année, Fiacre Ducharme & Jean 'Vallets s'engagèrent à bâtir, pour leur usage commun, une maison sur un arpent de terre, dans l'enclos désigné pour la ville, avec promesse de défricher des terres lorsqu'ils pourraient le faire sans avoir à redouter les embuscades des Iroquois (3).

La conftruction des bâtiments & la culture des terres ne firent cependant pas négliger les précautions à prendre pour la sûreté de 'Villemarie. Dès son arrivée, M. de Maisonneuve avait augmenté les bâtiments de l'hôpital; &, afin de les garantir des insultes des Iroquois, il avait fait conflruire, tout auprès, deux redoutes, où l'on plaça deux pièces de fonte & toutes les autres munitions nécessaires

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