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PREMIERE ORGANISATION DE LA COLONIE DE VILLEMARIE

VILLEMARIE NE PREND Avaiit dc rcprendrc la suite des faits que nous avons

LA FORME d'une co- ^ racontef, il eft nécessaire défaire ici une digression

LONIE qi.i'en i653. „ ,,. A . ■ ^ ■ ' J I

& d interrompre le récit des événements de la guerre, pour considérer les moyens que la sagesse de M. de Maisonneuve employa dans la première organisation de Villemarie; car l'arrivée de la recrue de i653, la plus nombreuse & la mieux composée qu'on y eût vue jusqu'alors, fut, à proprement parler, le commencement de l'établissement solide de cette colonie. Jusqu'à ce moment, on n'y avait eu qu'un pofte militaire, le Fort étant la demeure ordinaire de tous les habitants du lieu; & si, après le voyage de mademoiselle Mance en France, ils avaient essayé de sortir de ce réduit pour s'établir sur des terres, ils s'étaient vus bientôt contraints d'y rentrer, ainsi que dans le bâtiment de l'hôpital, transforme en une sorte de redoute, & gardé, aussi bien que le Fort, par une garnison. Il en avait été de même à Québec; cette année i653, on ne voyait encore autre chose, ainsi qu'il vient d'être dit, que le Fort & cinq ou six maisons, ce qui donne assez à entendre que, comme à Villemarie, le Fort de Québec était la demeure habituelle de presque tous les Français de ce lieu. Enfin, aux Trois-Rivières, on était dans la même nécessité, pour se prémunir contre les attaques si fréquentes des barbares. Ces réunions de Français, en Canada, ressemblaient moins à des colonies qu'à des corps de troupes retranchés dans des portes de défense; c'étaient plutôt des hommes qui préparaient les voies à

VILLEMARIE FORMÉE EN COLONIE. l653.

rétablissement de colonies, que des colonies proprement dites, c'eft-à-dirc, des corps de cité composés de divers membres, qui se prétassent un mutuel secours & se proc^irassent, les uns aux autres, les choses nécessaires à la vie.

Tous ces soldats, que M. de Maisonneuve venait d'amener de France, ne s'étaient engagés, la plupart, à servir la Compagnie de Montréal & à demeurer dans le pays, que Tespace de cinq ans. Néanmoins, touchés des bons procédés de leur Gouverneur, & heureux de se trouver dans une réunion de personnes si cordialement unies entre elles, si zélées pour l'établissement de la religion, plusieurs désirèrent de se fixer à Villemarie & d'y demeurer jusqu'à la fin de leurs jours; & M. de Maisonneuve, qui les y avait conduits dans cette espérance, connaissant leur désir, fit publier par deux fois, au prône, en décembre i653, que tous ceux qui voudraient se fixer pour toujours dans l'île allassent le trouver. Son intention était de leur abandonner, pour cette fin, les sommes qui leur avaient été avancées, tant en France que depuis leur arrivée en Canada, & de donner à chacun des terres en propre, afin qu'ils les cultivassent, ainsi qu'un arpent dans le lieu désigné pour la ville, où ils se conftruisissent des maisons. Il se proposait enfin de les gratifier d'une somme d'argent qui facilitât à chacun les moyens de s'établir à Villemarie, à la charge pour eux de rendre cette dernière somme, s'ils quittaient un jour l'île de Montréal : à moins que, par force majeure ou autrement, les Français ne vinssent à l'abandonner tout à fait. Le premier qui se présenta & accepta ces conditions fut André Demers. Le premier jour de l'an 1 654, i^ reçut quatre cents livres, en promettant de rendre cette somme, s'il allait faire sa demeure ordinaire hors de l'île de Montréal; &, deux jours après, Jean des Carryes & Jean le Duc reçurent la somme de neuf cents livres, & firent la même promesse. Le 22, Antoine Primot, Jacques Messier & Charles le Moyne firent aussi

JI. DE MAISON-NEUVE AS- SURE DES AVANTAGES A TOUS CEUX QUI VEU- LENT SE FIXER DANS.

l88 II'' PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

leur déclaration, & le Moyne, déjà pourvu de la place de garde-magasin, reçut quatre cents livres. Le lendemain, Jean Lemercher, Mathurin Langevin, Ives Baftard, Simon Galbrun, Pierre Vilain, Toussaint Huneault, Jacques Mousseaux, Bertrand de Rennes & Simon Desprès firent la même déclaration, après avoir reçu chacun une gratification de cinq cents livres. Sans poursuivre ici ce détail, nous dirons qu'un grand nombre d'autres chefs de famille prirent le même engagement, & reçurent une gratification de cinq ou six cents livres chacun (*).

GRATIFICATIONS HONo- Quelque modiques que puissent paraître aujourd'hui

ces sommes, à cause du changement survenu dans la valeur relative du numéraire, elles étaient suffisantes alors pour conftruire une maison, la fournir des meubles né-

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