POUR PROTEGER LES TRAVAILLEURS
VILLEMARIE FORMÉE EN COLONIE. l653. ig3
défense était nécessaire à la sûreté des colons, il voulut
qu'on y travaillât sans délai, & qu'on poussât l'ouvrage
avec vigueur. Dans cette vue, il fit transporter lui-même,
sur le coteau, tout le hois nécessaire, fournit des scieurs
de long pour aider les entrepreneurs tout le temps de leur (,) contrat du 2 fé-
travail, et donna à ces derniers une gratification de trois ^rier '&54. Archives
^ t- /■ \ du séminaire de Vil-
cents livres (i). ,^^^^i^
vai.
Mais, pour conftituer le noyau de la nation Cana- les artisans nécesdienne, ce n'était pas assez d'avoir des militaires capables ^''"*^* * ^"'^^ ^°"
ir-» -1' -OJ -1 1- CIÉTÉ CIVILE.
de faire tête a 1 ennemi, & des agriculteurs appliqués a la culture des terres ; il fallait encore des artisans de diverses sortes de profession, qui, parleur secours mutuel, s'entr'aidassent & fissent servir leur indufirie particulière à l'utilité de chacun. C'efl ainsi qu'ont commencé toutes les grandes nations, & l'on sait que Numa, en jetant les fondements de Rome, organisa en compagnies les divers ouvriers essentiellement nécessaires à toute société civile. Dieu, dit M. Olier, n'a soumis les hommes, après le péché, à plus de besoins qu'aucune autre créature vivante, que pour les obliger de vivre ensemble, eux qui avaient été créés pour être unis. Les oiseaux se font des logements avec leur bec & leurs ailes, les renards fouissent leur tanière, & Ihomme n'a pas où se mettre en repos. Pour son logement, il dépend du charpentier, du maçon, du menuisier, du serrurier; pour son vivre, du boulanger, du boucher, du fruifier de l'épicier, du cuisinier. Après, pour son habillement, il dépend du tailleur, du cordonnier, du chapelier, du mercier, du hnger, 8c de vingt autres métiers divers qui remplissent la ville. Et, entre les artisans, celui qui prête son secours à l'un pour le vêfir, retire de l'autre l'as'^iftance pour son vivre : celui qui prête à l'un le moyen de lui cou^•rir la tête, recevra de l'autre le secours pour se chausser, & celui qui prépare le fer pour la commodité de son prochain, dépend de lui pour l'ouvrage du bois ; en un mot, chacun prête & reçoit, chacun donne 8c rend, tomf: II. I 3
SE COMPOSA Li CRUE DE l653.
« selon ce que Dieu le fait être & le juge utile au bien de « la société. Il l'a voulu ainsi, afin de rallier, par besoin « & par cette nécessité, les hommes, qui autrement se (1 fussent séparés & divisés par avarice & par amour-
(1) Écrits autogra- « propre (i). » Aussi le prophète Isaïe, entre ses menaces phcsdeM. oher. contre Jérusalem, prédit-il que Dieu lui ôtera les hom-
(2) Isaie, ch.iii, V. 3. '■ -V
(3) Livre des Rois, ^i^s savants dans les arts (2); & quand elle fut prise, ciiap. i^ix, V. 14. il eft dit plusieurs fois qu'on lui enleva jusqu'aux arti-
Fleury, Moeurs des /on
Israélites. SanS (3).
ARTISANS DIVERS DONT Pour fomicr donc une vraie colonie & la conftituer
en corps de société, il fallait réunir ensemble des artisans de divers métiers, qui pussent subvenir aux besoins les uns des autres; & ce fut ce que se proposa la compagnie de Montréal^ par la recrue envoyée en i653 à Villemarie. Tous ces hommes, outre qu'ils étaient propres à la guerre, avaient appris chacun un métier, nécessaire ou très-utile à la vie; & si M. de Maisonneuve mit tant de temps à les recruter, c'eft qu'il voulait prendre, dans les diverses professions, le nombre d'ouvriers que demanderaient les besoins, afin que tous fussent utiles & contribuassent au bien public par leurs services personnels. D'après les contrats d'engagement qu'il passa avec eux, on voit qu'il se trouvait, parmi les soldats, trois chirurgiens, trois meuniers, deux boulangers, un brasseur de bière. Lin tonnelier, un chaLidronnier, un pâtissier, quatre tisserands , un tailleur d'habits , un chapelier, trois cordonniers, un sabotier, lui coLitelier, deux armuriers, trois maçons, un tailleur de pierres, quatre couvreurs, neuf charpentiers, deux menuisiers, un taillandier, un cloutier, un serrurier, un paveur, deLix jardmiers, soixante défricheurs oli bêcheurs, dont plusieurs étaient scieurs de long, un maréchal. Ce dernier, ainsi que plusieurs de ceLix qu'on vient d'énumérer^, étaient aussi défricheurs, & pouvaient se rendre utiles dans cette dernière profession, à défaut d'ouvrage dans la leur propre. JusqLialors, on n'avait rien vu de semblable