T. II
second. Avant que ce dernier vînt au monde, M. de Maisonneuve, par sentence du 8 février de cette même année, adjugea à Anne Archambault la somme de quinze cents livres tournois, à prendre sur les biens présents ou à venir de Chauvin, en quelque lieu qu'ils pussent se trouver, sans préjudice néanmoins des autres prétentions qu'elle pourrait avoir contre lui pour l'enfant qu'elle portait dans son sein. En exécution de cette sentence, il fit procéder à la vente des biens que Chauvin avait laissés à Villemarie, &, après qu'on eut payé toutes les dettes qu'il avait contradées, il revint à Anne Archambault sept cent soixantequatre livres, qui lui furent remises en à-compte de la somme adjugée. Étant par^'enue à son terme, elle mit au monde une fille, le 5 avril suivant; & comme les personnes les plus qualifiées de la colonie s'efforçaient d'effacer, autant qu'il était en elles, l'affront qu'elle avait reçu avec tant d'injuftice, mademoiselle Mance & M. d'Aillebouft des Musseaux voulurent bien tenir l'enfant sur les Fonts de baptême, & ce dernier lui imposa même le nom de Charlotte, de celui de Charles qu'il portait. Ces procédés, commandés par la jultice, 6c ces sages attentions, inspirées par une bienveillance délicate, produisirent de très-heureux effets, en sorte que la réputation d'honneur dont avait joui jusque-là Anne Archambault ne reçut, du scandale dont nous venons de parler, aucune sorte d'atteinte dans l'eftime publique.
ji-AN GERVAisE ÉPOUSE H arrlva même que M. de Maisonneuve, étant revenu
ANNE ARCHAMBAiLT. (jg France, deux ans après, avec sa recrue, l'un des principaux colons qu'il amena, Jean Gervaise, de la paroisse de Souvigné, près d'Auzon, diocèse d'Angers, homme grave & sensé, que nous verrons, dans la suite, margLiillier en charge, subftitut du juge 8; procureur fiscal, crut s'honorer lui-même en la prenant pour épouse. 11 ell à remarquer que M. de Maisonneuve avait amené à "Villemarie de très-vertueuses filles pour les établir, & que le mariage de Gervaise avec Anne Archambault eut lieu le
VILLEMARIE FORMÉE EN COLONIE. l654. 211
3 février 1654, c'eft-à-dire, qu'il fut le quatrième des treize mariages qui eurent lieu cette année à Villemarie, preuve de la grande eftime dont Anne Archambault jouissait dans le public. M. de Maisonneuve en donna bientôt lui-même un ' nouveau témoignage. Jean Gervaise^, étant alors attaché au service des seigneurs, recevait des gages tous les ans, & M. de Maisonneuve^ le jour de TAnnonciation, 25 mars suivant, promit, par contrat, de donner à Anne Archambault les mêmes gages que touchait son mari & de nourrir Charlotte Chauvin, sa fille, tout le temps quils seraient Tun & l'autre au service des seigneurs (1). Anne Archam- ^'} ^""^'^^ de Viiie-
" ^ . marie, 2 3 mars 10D4.
bault ayant mis au monde une rilley le parrain fut M. de Maisonneuve & la marraine la Sœur Bourgeoys, qui imposa à l'enfant le nom de Marguerite, qu'elle portait ellemême (2). Enfin, quelque temps après, elle eut une autre f,,^'^^'^t|'n^^'*^fi5^^" fille, & celle-ci fut tenue sur les Fonts de baptême par M. Lambert Closse & par madame d'Aillebouft (3). 1674.
tûmes, 26 o£l. 1654.
'3) Ibid., 3o janv.
Le choix si sage & si chrétien de Jean Gervaise, en donnant à Anne Archambault la préférence sur toutes les jeunes personnes venues à 'Villemarie pour s'établir, édifia autant la colonie, que la conduite criminelle de Chauvin l'avait scandalisée, & fut béni de Dieu dans les enfants issus de ce mariage. Ceft le témoignage que rendait, en 1672, M. DoUier de Casson, dans son Histoire du Montréal, où, faisant triflement allusion à ce fait, il s'exprime en ces termes : « Le sieur Gervaise donna, « par le mariage qu'il contrada, un bon & heureux (! exemple. Aujourd'hui il a une famille fort nombreuse, « qui jouit du privilège d'unir avec le jeune âge la vieilli lesse des mœurs. Ceft une famille de condition & de (1 bonne odeur à tout ce pays, où la richesse de la vertu pré- <i vaut à celle des biens de ce monde. » Nous ajouterons que Charlotte Chauvin n'excita pas moins vivement l'intérêt de toute la colonie que ne l'avait fait sa vertueuse mère Anne Archambault. A l'âge de douze ans & demi, elle fut mariée à Jean Baudoin, le 19 novembre i663.
xxvn.
ESTnn- DONT jovrr la
FAMILLE CERV.MSK.
CMART.OTTE CHAUVIN,