‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 169 sur 428 · PAR LOUIS PRUDHOMME · texte numérisé non relu

PAR LOUIS PRUDHOMME

(1) Greffe de Ville- douzièmc année (i). Léonard Lucault, dit Barbeau, tué marie, 24001. 1654. aussi par les Iroquois, avait laissé de Barbe Poisson, son épouse, une fille, nommée Marie, née en i65o. Sa veuve s'étant remariée. Tannée suivante, à Gabriel le Sel, dit le Clos, M. de Maisonneuve leur donna, en i654, une terre proche du Fort, de la contenance de trente arpents, à condition qu'ils nourriraient & entretiendraient Marie Lucault jusqu'à ce qu'elle fût en âge d'être pourvue par mariage ou autrement; qu'alors ils lui compteraient la somme de quatre cents livres tournois & la fourniraient, en outre, marie, i'2* fév.^1654! de hardes ou de meubles pour la valeur de cent livres (2).

ccANDALE ARRIVÉ A VIL- Cettc mêmc auuéc, M. de Maisonneuve fit paraître

LEMAR.E, DÉCOUVERT j^ même soUicitudc envers Charlotte Chauvin & Anne Archambault, sa mère, dont il eft à propos de parler ici. Quelque précaution qu'on eût apportée dans le choix des colons deflinés pour Villemarie, M. de la Dauversière, en 1644, en avait engagé un sans le connaître assez, ou qui, du moins, démentit dans la suite les promesses qu'il avait pu lui faire, & donna à la colonie un scandale à peu près semblable à celui de l'incestueux de Corinthe, dont parle saint Paul. Michel Chauvin, dit Sainte-Suzanne, du nom de sa paroisse dans le Maine, après avoir servi trois ans la Compagnie de Montréal, s'était marié, en 1647, à Québec, en face de l'église, sans qu'on eût pris apparemment toutes les précautions requises, & avait épousé Anne Archambault, de la paroisse de Dampierre, pays d'Aulnis, à la famille de laquelle il n'était pas digne de s'allier. Au bout de trois ans, en l'année i65o, Louis Prudhomme, déjà nommé dans cette hifîoire, ayant fail un voyage en France, apprit à la Flèche, en Anjou, que Chauvin avait déjà été marié avant d'aller en Canada; que sa femme vivait encore & demeurait à dix lieues de là, dans le village de Voutré, proche de Sainte-Suzanne. Surpris & affligé de ce récit, Prudhomme voulut en connaître la vérité par lui-même, afin d'ôter le scandale dès qu'il serait de retour à Villemarie. Il se rend donc en personne au village indiqué.

VILLEMARIE FORMÉE EN COLONIE. 1654. 2Cg

« Aussitôt que j'y fus arrivé, rapporte-t-il, une femme,

« âgée d'environ soixante ans, vint me trouver à Ihùtel-

« lerie & me demanda des nouvelles de Michel Chauvin.

« Je lui répondis qu'il se portait fort bien & qu'il s'était

« marié à Montréal. Sur quoi elle répliqua que c'était (i) Greffe de viiie-

(( un méchant homme, qu'il était son mari & qu'avant marie, De'ciaration de

« d'aller en Canada il lui avait dissipé tout son bien rr,. » P'-^^homme, 7 fe-

r V / vrier ibDi.

Prudhomme, s'étant ensuite embarqué pour repasser le coupable convaincu en Canada, s'empressa, dès son arrivée à Québec, d'in- "^passe en france. former du fait le père & la mère d'Anne Archambault, qui, le 10 septembre de cette même année i65o, présentèrent requête; & enfin, revenu à Villemarie, il fit encore à M. de Maisonneuve le rapport de ce qu'il avait appris. Chauvin, invité à comparaître, le 8 odobre suivant, devant Jean de Saint-Père, greffier de la juftice, reconnut & confessa^ de sa pure & franche volonté, sans aucune force ni contrainte, en présence du P. Pi j art, exerçant alors les fondions curiales, de M. de Maisonneuve & de Gilbert Barbier, qu'en effet il avait épousé, en France, Louise Delisle, sept ans avant qu'il partît povir le Canada (2). (2) Greffe de viiie- Mais, après cet aveu, craignant sans doute la iufle ani- "ru"*'.^*^^ ^"jf"""- ^

•" ï. . Chauvin, 8 oit. 16D0.

madversion de M. de Maisonneuve & celle de tous les colons de Villemarie, qu'il avait ainsi déshonorés, il se rendit incontinent à Québec & profita du retour des vaisseaux, qui allaient mettre à la voile, pour repasser en France. Un scandale si inouï & si atroce remplit tous les cœurs d'indignation. Plus cette conduite de Chauvin était infâme, plus aussi excita-t-elle les regrets, la commisération & l'intérêt bienveillant de tous envers Anne Archambault, respedée universellement dans la colonie pour sa piété, sa sagesse & sa parfaite intégrité.

Elle avait eu de Chauvin un premier enfant, dont réparations exvers M. de Maisonneuve avait bien voulu être le parrain, & ^nne.^rchambailt. qui était mort peu de jours après sa naissance; &, au commencement de i65i, elle se trouvait enceinte d'un

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