I.A SOEUR BOURGEOYS
affligés, inftruire les ignorants, blanchir le hnge et raccommoder gratuitement les hardes des pauvres & des soldats, ensevelir les morts & se dépouiller, en faveur des nécessiteux, des choses qui lui étaient le plus nécessaires. Au moment de l'embarquement, on avait voulu lui donner un lit pour son usage ; elle ne le conserva pas longtemps, & sembla ne l'avoir accepté que pour en disposer ellemême en faveur des autres. Durant un hiver très-rude, un soldat, tout transi de froid, vint implorer sa charité, en lui représentant qu'il n'avait pas sur qiioi se coucher pour
se garantir dû froid pendant la nuit. La Sœur Bourgeoys, accoutumée à regarder comme un fardeau insupportable tout ce qu'elle avait en propre, ne balance pas un inftant; elle va chercher son matelas & le lui donne aussitôt. Peu de temps après, un autre soldat, désireux de partager la bonne fortune de son camarade, vint trouver aussi la Sœur pour lui exposer sa misère; celui-ci obtint la paillasse. Deux autres, sans savoir qu'elle se dépouillait ainsi ellemême, étant venus, à leur tour, pour implorer sa charité, elle leur donna les deux couvertures. Personne, dit-on, ne se présenta pour avoir Toreiller; elle Teût donné volontiers, sachant se passer de tout & se croyant bien dédommagée lorsqu'à ce prix.elle pouvait soulager le prochain. Enfin elle était comme une mère commune à l'égard de tous, la consolation de l'affligé, le soutien du faible & de l'indigent.
Malgré sa vie auff ère, la Sœur Bourgeoys n'avait rien que d'aimable dans son extérieur, aussi bien que dans sa conversation, qui attiraient doucement les âmes & les gagnaient au service de Dieu. La vue seule de sa personne portait saintement à Lui, ainsi que l'expérimentaient heureusement les personnes de tous les états. Après avoir rappelé les services que cette fille de grâce rendait à la colonie, la Sœur Morin ajoutait : « Voilà ce qu'a fait la (( Sœur Bourgeoys, animée de l'amour de Dieu & du zèle « pour sa gloire; elle vit encore aujourd'hui en odeur de n sainteté, si humble, si rabaissée, qu'elle inspire l'amour (i ) Annales de l'Ho- « de l'humilité ricu qu'à la voir (i). » « Nous l'avons tel-Dieu Saint-Joseph. „ conuuc, écrivait le p. le Clercq, Récollet, pleine de l'es- (i prit de Dieu, de sagesse & d'expérience, d'une cons- « tance invincible à surmonter tous les obftacles qu'elle (2) Premier établis- « a trouvés à son desseiu (2). )) Et le R. P. Bouvard, supésementdeiaFoi, t. II. rieur des Jésuites de Québec, lui a rendu aussi ce beau témoignage : « Je ne crois pas avoir jamais vu de fille « aussi vertueuse que la Sœur Bourgeoys, tant j'ai re- (I marqué en elle de grandeur d'âme, de foi, de confiance