‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 207 sur 428 · TELLEMENT · texte numérisé non relu

TELLEMENT

hommes : ce qui était cause que ces derniers, pour surprendre les autres, marchaient la nuit & se cachaient le jour dans les bois. Enfin, ils firent si bien, qu'ils prirent les devants, à Tinsu de ceux même qu'ils voulaient surprendre, se retranchèrent avec des arbres, au bord du fleuve Saint-Laurent, sur une petite éminence au pied de laquelle les Outawas devaient passer, & placèrent bon nombre d'arquebusiers dans les joncs & les herbes pour les attendre. Six canots Hurons & quelques autres Algonquins, qui s'étaient joints au convoi, tombèrent, sans le savoir, danscette embuscade, le 3o du mois d'août. Arrivés à la portée du mousquet, ils essuient tout à coup une décharge si prompte 8c si rude, que plusieurs sont tués sur la place; & incontinent les Iroquois, se jetant sur ceux qui étaient encore en vie, les entraînent de force dans leur re- (0 Relation Je i656, tranchemeut (i ). Le P. Carreau fut atteint d'une balle, F'-i'- qui lui rompit l'épine dorsale, & le renversa dans le canot

■ qui le portait. Ils le traînèrent aussi dans leur Fort, le

dépouillèrent de tous ses habits, à la réserve d'un petit caleçon, & le laissèrent trois jours sur la plate terre, baigné dans son sang. Les Outawas, qui suivaient, accoururent aussitôt; mais, à leur grande surprise, trouvant dans ce

M. DE LAUSON REPASSE EN FRANCE. l656. 257

lieu même un Fort d'où Ton faisait feu sur eux de tous côtés, ils essayent vainement de forcer les Iroquois d'en sortir, & sont obligés de prendre la fuite.

Cette défaite avait eu lieu le mercredi ; le samedi sui- mort m- père carreau vant 2 septembre, ces mêmes 'Iroquois apportèrent le * villeharif. P. Carreau à Villemarie, où il mourut de sa blessure, le même jour, à onze heures de la nuit, muni des derniers sacrements, & assifté par le P. Pijart. En l'apportant ainsi, ils jetèrent deux petits présents, l'un pour dire qu'ils étaient marris de l'accident qui était arrivé, l'autre pour essuyer les larmes des Français (i). Ceci peut expliquer (i Relation de 1 656, ce que rapporte M. de Belmont, que ce Religieux fut assas- f" ■^-• sine par un Français apoftat (2). C'eft peut-être ce qui (2] hmoWs du Cafait dire à l'auteu/de la relation de cette année, & au P. Pi- ""''•■'' f''"" ^- ''" '^^''"

' mont.

jart, dans le procès-verbal de l'inhumation, que le P. Carreau avait été tué par les Iroquois, ce Français apostat s'étant donné à ces barbares. La relation semble dési- , gner ce misérable, en disant que, lorsque le P. Carreau eut été traîné dans le Fort, il jeta les yeux sur un jeune Français qui, par un esprit de rage & de trahison^ s'était jeté parmi les Iroquois, lui fit voir l'énormité de son crime, tira des regrets & des larmes de ce perfide, & lui donna l'absolution, le disposant à la mort, que l'autre ne croyait pas si voisine. C'eit qu'en effet, un Iroquois l'ayant découvert aux Français de 'Villemarie, cet assassin fut pris, conduit à Québec 8c condamné au dernier supplice, qu'il endura chrétiennement (3). (-'^ ReUuionde ,656,

xLir, Ce fut sans doute peu de temps après ce massacre «. de l.auson duirra

que M . de Lauson, à qui la charge de Couverneur général n'offrait que des sujets d'humiliation & d'amertume, & devenait un fardeau insupportable, prit le parti de quitter le Canada. M. de Maisonneuve venait de repasser momentanément en Europe, comme nous le dirons bientôt, & M. de Lauson, ne pouvant plus se reposer, comme auparavant, sur lui, pour faire tête aux Iroquois & parlementer

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