A SON SUPERIEUR LES CI.EFS DE LA PAROISSE
Après toutes les pressantes sollicitations qu'elle avait faites, on demeura persuadé, comme il a été dit, que rétablissement d'un Siège épiscopal était devenu nécessaire au bien de la colonie ; seulement, la Cour désirait, avec raison, que le sujet deftiné pour le remplir fût choisi par les Jésuites; 6c ces Pères présentèrent, en effet, à la Reine, M. François de Laval, qui fut nommé par le Roi, plusieurs mois avant que M. de Queylus eût quitté la France. La nouvelle de cette nomination^ portée bientôt à Québec, fut peut-être le motif qui rendit le P. Dequen moins délicat sur la jurididion de larchevéque de Rouen, qu'il avait exercée jusqu'alors, & qui allait s'éteindre par l'inftitution de l'évéque titulaire. Du moins le P. Poncet, que M. de Queylus avait confirmé dans le gouvernement de la paroisse de Québec, & à qui il avait remis la bulle d'indulgence d'Alexandre Vil, ayant publié cette bulle au (i) Journal des Je- prône & annoucé l'ouverture du Jubilé pour le 12 d'août (i), suites, 12 août lo 7. j^ p^ Dcquen, son supérieur, qui ignorait apparemment l'arrivée de cette bulle, parut être surpris que le P. Poncet l'eût publiée sans sa permission. Accoutumé jusqu'alors à réunir en sa personne & à exercer simultanément les pouvoirs de grand vicaire & ceux de supérieur de sa communaiUé, comme l'avaient pratiqué ses prédécesseurs, il jugea sans doute à propos d'éprouver, par quelque humiliation, le P. Poncet, dont il connaissait parfaitement la vertu solide; &, sans réfléchir assez sur la (2) Mémoires de j-i^^^jj-g jg [q^ corre(51ion, il lui ordonna de lui rendre les
M. d'Aller. — Abrégé . ■•11,^1 /\tn-
de l'Hiftoire ecciésias- clefs de l'église paroissialc de Québec (2). Depuis ce
tique,^ 1754, t. XII, moment le P. Poncet ne fit plus, en etîêt, aucune des fonc-
Léo"ard~de \aime''- tïons curiales, & le P. Pi j art, revenu de 'Villemarie le
Catherine de Sienne, 3 septembre, fut chargé par le p. Dequen d'adminiflrer la
Auguftin Déchaussé, , ,.-,\ ^.s
manuscritdeiaBiblio- ^ure en sa place ^3) ( ).
thèque royale à Paris,
supp. français, 1628, '
^ 'd \/' , . (^) Le Mémoire de M. d'Allet sur le premier séjour de M. de
paroisse "de Notre- Q.ueylus en Canada, que nous citons dans cette hiftoire, n'a été donné
Dame de Québec ^^ public que par Antoine Arnault, qui l'a inséré à ses oeuvres;
1557. cet écrivain el] du moins le premier & le seul qui l'ait reproduit dans
PAROISSE DE QUÉBEC. lÔSy. 2g I
On était alors en trêve avec les Iroquois. Quatre sau- "• de quevh.s admivages de cette nation étant descendus, .sur ces entrefaites, ^^^"^ cub'é'la'Taà Québec, on fut d'avis d'envoyer le P. Poncet avec eux roisse dequébec. à Onnontagué, où nous avons dit que les Jésuites avaient été contraints de commencer une mission l'année précé-
son entier. C'elf de lui que plusieurs l'oat cité dans leurs ouvrages, & nous l'avons cité nous-méme dans la Vie de la Sœur Bourgeoys, en ayant soin d'indiquer la source où nous puisions. Quelques lecteurs, ayant vu que nous y citions à la marge le XXXIV'' volurfte des œuvres d'Arnault, & n'ayant pas sous la main ce volume, se sont imaginé que nous citions Arnault lui-même pour garant des faits que nous avancions, & nous ont hlàmé, comme ayant puisé à une source suspecte. Ils se seraient abllenus de porter ce jugement, s'ils avaient ouvert le volume que nous citions. Ils y auraient vu qu'Arnault ne se donne que comme simple éditeur d'une pièce originale de M. d'AUet lui-même, & qu'il assure, de plus, que les prêtres de Saint- Sulpice, dont il était le grand adversaire, ne pourraient pas en désavouer la vérité.
Assurément ce serait poser d'étranges règles de critique, que de condamner, sans examen & comme faux, tous les faits hiftoriques rapportés par des écrivains hétérodoxes ou mécréants. Ce n'eft: pas ainsi qu'en jugent les théologiens les plus catholiques à Téjard de ce même Arnault, dans les faits, d'ailleurs inconteftables , dont il eft le seul rapporteur. Ainsi voyons-nous que les témoignages célèbres des Eglises schismatiques d'Orient, touchant la vérité de la présence réelle de Jésus-Chrifl dans l'Euchariftie, qu'il a rapportés dans sa Perpétuité de la Foi, sont cités par les théologiens les plus orthodoxes, sans que personne se soit jamais avisé de les blâmer. Nous pourrions nommer, entre autres, le célèbre J. Perronne, qui occupe aujourd'hui, avec tant d'applaudissements, l'une des chaires de théologie du collège romain (i). C'eft qu'en eftet un théologien peut prendre (i\ De Enchanstix son bien partoutoù il le trouve;& il faut en dire autantd'un hiltorien, sacramento Mi-'ne lorsque les faits rapportés par les hérétiques sont d'ailleurs incon- i852, cap. i, note A teftables. C'efl: le jugement qu'on doit porter du Mémoire de M. d'Al- p. i55. —Propos, scletj témoin lui-même de tout ce qu'il raconte, & qui ne diffère pas, cunda, p. i85, noteC. quant à la subftance, de ce qu'on lit dans VHistoire du Montréal p. iqi, note B, &c. par M. Dollier, ni dans celle du Canada par M. de Belmont. Ce Mémoire efl: même juflifié, de point en point, à bien des égards, par les registres de la paroisse & par d'autres documents conservés encore aux archives de la Fabrique de Québec. Enfin, il se rapporte parfaitement, pour les dates, les personnes & les faits, avec le Journal des Jésuites, qui leur efl: exadement parallèle, & auquel il pourrait servir au besoin de juftification & d'éclaircissement.
dente, & les Français un petit établissement. Ce Père (1) Journiii des Je- partit aussitôt avec ces Iroquois, le 28 août (i;; & arrivé suites, .8 août iGSy. ^ vUlemarie, il informa M. de Queylus de ce qui était arrivé au sujet de la Cure. Celui-ci, après l'avoir entendu, le pria de suspendre le voyage d'Onnontagué 8c de retourner avec lui à Québec, où ils arrivèrent en chaloupe avec M. d'AUet, le 12 septembre, & avec M. d'Aillebouft, (1] ibid., 11; sept, qui, ce jour-là, remplaça M. de Lauson-Charny (2). Là, au '^^"' lieu de confirmer le P. Pijart dans Tadminifiration de la
paroisse, comme il aurait pu le faire absolument, M. de Queylus jugea à propos d'en prendre lui-même la conduite, 8c par là demeura, malgré lui, éloigné de Villemarie (3) Mémoire de g^ (Je ses autrcs coufrèrcs Fespace d'environ un an (3). Si
M. d'AlIet. Reeiftre de .^ n j • ■ ji ^- ^ • j- u J
la paroisse Notre- '~^^^'^ nouvelle adminiltratiou put occasionner d abord Dame de Québec , quclquc froisscmeut entre les ouvriers évangéliques, mal- \'^^l',^,^' ~.^""''^'^^ gré les intentions pures dont les uns 8c les autres étaient
de l'Hotel-Dicu , par ^ . ^.
la sœurMorin. animés, il cif certaui que, de part 8c d'autre, us s'efforcè-
rent d'entretenir entre eux la bonne harmonie ; 8c nous \oyons le Supérieur des Jésuites 8c M. de Queylus se pré- , , , , , venir 8c se \isiter mutuellement, pour cimenter entre eux
^4) Journal des Je- . . '■
suites, oa. 1657. lunion 8c la paix (4).
CHAPELAINS (iui SE jùi- ("cs Rcli.sieux se bornèrent donc à célébrer dans la
r.NE.NT A M. DE QUEY- LUS ; SON UNION AVEC
chapelle de leur maison, 8c M. de Queylus remplit toutes
LES RR. pp. JÉSUITES. Ics fondlous de curé dans Téglise paroissiale, où il faisait
l'office 8c le prône tous les dimanches & les fêtes de l'année.
Comme M. d'Allet, son secrétaire, n'était que diacre 8c ne
pouvait, en cette qualité, l'aider beaucoup dans l'exercice
de ses fondions, M. de Queylus trouva des auxiliaires
f5) niiiuircdciHù- ^èlés dans le chapelain des Ursulines, M. Guillaume Vi-
tei-Dieu de Québec, gnal, 8c dans celui de l'Hôtel-Dieu, M. Jean Lebey (5),
pariaMèreJuchereau, ■ s'attachèrent à lui & le Suppléèrent, dans l'occasion,
p. 104.— Archives de !.. 1 1 ' >
la marine, à Paris. commc vlcaircs OU subfUtuts (6) ; ce qui ne l'empêchait (r,) Notariat de iO-jô, pag d'iiivitcr, par honneur, les Pères Jésuites à officier
Guillaume Audouart, , , . i- • /»^ ■» r i-^ «
fol. 22, 29. — Régis- "^^i^s les occasions extraordinaires ( ) . M. d Argenson,
tre de la paroisse de , .
Québec, -îS déc. iGS;,
19 mai 1 05 •<, 14 juin. (*y M- de Quevlus étant tombé malade le vendredi saint i658.
I ; Emplois, &c., lettre du 5 sept. i65.S, fol. 3r,.
\U DE QUEYLUS GR.\ND VICAIRE. l'JDy-pS. 2^3
qui arriva Tannée suivante, comme nous le raconterons ailleurs, charmé & édifié de cette bonne entente, écrivait, le 5 de septembre i658 : « 11 faut que je commence par « l'état ecclésiaftique, que j"ai trouvé en paix (i). J'ai été <( un peu surpris, après avoir entendu (en France) les « petites contrariétés qui s'étaient passées entre les Révé- « rends Pères Jésuites & M. Fabbé de Queylus, de voir « l'union entre eux & l'Église entièrement paisible; de « trouver des églises bien remplies, chacun accomplissant (( son miniitère avec beaucoup de douceur & de déférence « de part & d'autre (2) ; la paroisse fort bien servie,
,■ 1 , j 101 r • M.deMorangis, 5 sep
ti remplie de beaucoup de peuple, & les confessionnaux ,,-,51^^ f„, 3^^ ^ « des Pères fort fréquentés. Voilà comment les choses « ont été jusqu'au départ de M. l'abbé de Queylus (3) (*
2) Ibid., lettre à
Outre les fonctions de curé de Québec, M. de Queylus exerçait aussi celles de grand vicaire, & il paraît que son adminiftration était assez généralement eftimée & aimée. La Mère Juchereau en parle ainsi dans son Hijioire de r Hôtel-Dieu : « L'archevêque de Rouen, de qui le Canada « relevait alors, envoya, cette année lôSy, un de ses « grands vicaires , M. l'abbé de Queylus, qui fut reçu « avec de grands honneurs. Ilvoulut bien présider à toutes « les cérémonies qui se firent chez nous, 8c commença « par donner l'habit à une de nos poflulantes. 11 reçut les
'3) Ibid., fol. 45.
XXM.