UUES DE FRANCE SUJET DES TITRES IN PARTIBUS
loi. .42
M. DE LAVAL ÉTABLI VICAIRE APOST. lC58. 323
authenticité; & si Ton se reporte aux circonftances du temps, ce qui eÛ la seule manière de bien apprécier le passé, on s'expliquera sans peine que des prélats aussi sincèrement dévoués au Saint-Siège que Tétaient alors les évêques de France, ainsi qu'ils venaient de le montrer dans la condamnation du Jansénisme, aient pu suspeder, quoique sans un jufte fondement, la vérité de la Bulle dont nous parlons. 11 faut savoir, en etfet, qu'il y avait alors à Rome des ecclésiafliques Français qui demandaient pour eux-mêmes des titres d'évéchés inpartibus, c'ert-à-dire dans des pays infidèles, pour se faire conférer la consécration épiscopale, alléguant faussement que les évêques de France avaient besoin d'auxiliaires pour les aider dans leurs fonclions, à cause de la valte étendue de leurs diocèses, ou de Tàge avancé de plusieurs. Ils assuraient que tel était le désir du Roi & celui des évêques; & quelques-uns, à force d'intrigues, obtenaient des lettres de recommandation de personnes puissantes, & arrivaient ainsi à Tépiscopaî. Tout récemment, dans leur assemblée générale, en i656, les évêques de France s'étaient élevés avec beaucoup de force contre ces abus qui avilissaient le caractère épiscopal ; 8c Tévêque de Lodè^•e avait même rapporté qu'étant à Rome, où se trouvaient alors p^lusieurs de ces ambitieux solliciteurs, il avait fait ses remontrances au Pape Innocent X & au ' cardinal d'Efîe, 8c que tous avaient été rejetés (i) (*). (,)Proccs-verbai de L'Assemblée générale des évêques venait d'exposer tous lAsscmbice générale ces abus, & d'autres encore, au Pape Alexandre VII, par ,Q5(5'^''pf3Ôo'^ sa lettre du 1 1 mai i656, 8c l'avait supplié inrtamment de
(*j Pour obtenir plus aisément de ces sortes de Bulles, plusieurs protellaient qu'ils n'avaient d'autre désir que d'aller dans les pays infidèles, pour y souffrir le martyre, qui ne pouvait leur manquer; & s'obligeaient même, par serment, à partir pour ces pavs aussitôt après leur sacre, & à y demeurer conllamment jusqu'à la fin de leurs jours, ris se servaient de ces beaux prétextes pour surprendre les officiers de la Cour romaine; mais, une fois sacrés, ils refiaicnt en France & mettaient tout en œuvre pour obtenir quelque évéché.
Çi) Procès-verbal de '.'Assemblée générale du clergé. Lettre de l'Assemblée àAlexandrc Vil, p. 400, 401,
(2) IbiJ., 3 avril ]656, p. 344.
(3) Procès- verbaux des assemblées particulières du clergé. Bi- Wioth. Mazarine, manuscrit, m-fol. I4q2 F, p. 141-
PRÉVENTIONS DES ÉVK- QUES ET DES MAGIS- TRATS SUR LES COM- MISSIONS APOSTOLI- QUES.
ne pas souffrir que la dignité épiscopale tombât ainsi dans le mépris, lui dénonçant même lun de ces ambitieux, dune vie scandaleuse, parti pour Rome (i), après avoir surpris la bonne foi de M. le comte de Brienne, en obtenant de lui des lettres de recommandation (2). Enfin, l'Assemblée voulant, autant qu'il était en elle, s'opposer efficacement à ces abus, avait recommandé à tous les évéques du royaume de ne pas imposer les mains à ces sortes d'évêques, s'ils s'adressaient à eux pour la consécration (3). Le titre d'évèque de Pétrée inpartibiis, donné dans ces circonstances mêmes à M. de Laval, pouvait donc exciter de vives appréhensions, & faire craindre que la Bulle qui le lui conférait n'eût été obtenue par surprise.
Mais à cette difficulté s'en joignait une autre qui pouvait, surtout alors, augmenter les défiances du clergé &; celles des magiffrats. D'après une coutume admise en France, toute personne qui recevait du Pape une commission à remplir dans le royaume, même les légats à latere, la communiquait au chancelier, &, avant de la mettre à exécution, obtenait .du Roi des lettres patentes. Cette mesure, qui aurait pu donner lieu à des abus de la part d'un gouvernement mal intentionné, avait cet avantage, dans les Etats vraiment chrétiens, d'ôter tout moyen aux faussaires, si souvent flétris par les canons, de feindre des pouvoirs qu'ils n'auraient pas eus ; & en même temps elle devait inspirer toute confiance aux fidèles, qui ne pouvaient plus douter de la volonté du Souverain Pontife, ni de la légitimité des pouvoirs qu'on exerçait sur eux, lorsqu'ils voyaient l'autorité du monarque invertir ainsi les commissaires aportoliques, 8: concourir de son côté, avec eux, à procurer l'exécution des volontés du Souverain Pontife. Dans la même assemblée de i656, l'Archevêque de Bourges avait fait, au sujet des évèqucs in partibus, de vives plaintes sur l'inobservation de cette coutume ; & ses plaintes n'étaient pas dénuées de tout fondement. Le Pape venait de le nommer, pour qu'il réglât, conjointement avec
M. DE LAVAL ÉTABLI VICAIRE APOST. l658. 325
l'évcque d'Oléron, des affaires relatives aux Religieux de la Doiflrine chrétienne ; &, en conséquence, un bref de commission avait été expédié à l'adresse de chacun des deux prélats. Mais le bref pour l'évéque d'Oléron ayant par erreur été remis à Vévêque in partibus d'Olonne, celui-ci s'était imaginé qu'il s'agissait de lui dans ce bref ; & sans avoir demandé aucune lettre patente du Roi, ni même sans avoir parlé auparavant à l'archevêque de Bourges, il avait commencé d'exécuter sa commission prétendue apoltolique, quoiqu'il n'eût reçu du Pape aucun pouvoir pour la remplir (i) (*). (^OProcès-verbaide
l'Assemblée générale, 3i mai i656, p. 45:,
Après cet exposé, on comprend que, dans les disposi- 450. tions de défiance où était alors le clergé au sujet des évê- xi.
ques in partibus, la Bulle obtenue secrètement pourM.de "'• ■^'^'"^ AuxÉrÊ<it;Es
Ll • 1 . ' Il r ^ r. 1 DE NE PAS IMPOSER
aval ait pu, des qu elle fut connue, causer une fâcheuse ^^s j,a,j,s a m. de
sensation, & être suspeètée d'avoir été expédiée à l'insu laval qu'on- n'a.:t du Pape. Aussi, le 25 septembre i658, dans l'Assemblée ^''^'^^^^"-'-^^ particulière des évéques à Paris, l'archevêque de Rouen en parla-t-il comme si elle eût été obtenue par surprise , &: parce qu'il y était marqué que M. de Laval en recevrait une autre pour exercer les fondions de vicaire apoflolique dans la Nouvelle-France, l'archevêque, qui depuis plus de vingt-cinq ans, ou par lui, ou par son prédécesseur, avait adminiflré ce pays, en y députant des grands vicaires, supplia les évéques de lui donner conseil sur la conduite qu'il avait à tenir; ajoutant que l'évéque de Bayeux se proposait de donner la consécration épiscopale à M. de Laval, le jour de la Saint-François, 4 odobre (2). On résolut, conformément à ce qui avait (2) procès-verbaux
été délibéré dans la précédente Assemblée générale, tou- des .assemblées particulières du clergé, de
1(1 16 à 1698. Bibliothèque Mazarine, manuscrit, in-fol. 1402,
(*) Cet évéque d'Olonne exerçait alors les tonclions épiscopales p „ , ,, [^^ dans le diocèse de Rouen, à titre de suffragant ou d'auxiliaire de l'archevêque; & ce fut lui qui, en 1054, donna la tonsure cléricale (3) Archevêché de au jeune Pierre de Mornai (3), que nous verrons, dans la suite, de- Rouen, 5 fév. 1654. venir coadjuteur, &. enfin troisième évéque de Québec.
(i) Procès-verbaux des Assemblées particulières du clergé, de 1616 à 169S. Bibliothèque MazarinCj manuscrit, m-fol. 1402, F, p. 142.
(2) Archives du minlflcre des affaires étrangères, Rome, vol.
i33. Lett. de l'Archevêque de Rouen au Cardinal, 10 décembre i658.
chant les évêques in partibus, d'c-crire à tous les évêques de France une lettre circulaire, que Tarchevêque d'Embrun, président de rassemblée, diéta à Tinflant même, & dont on envoya des exemplaires à tous les évêques ab- « sents, notamment à celui de Bayeux : « Nous avons cru « être obligés, disaient-ils, de vous faire ressouvenir de a la délibération de la dernière Assemblée générale, qui (I recommande aux prélats de ne point consacrer de sem- « blables évêques vagues, à cause que souvent, par Tinu- « tilité de leur miniftère &le défaut de leur subsiftance, « ils avilissent la dignité de l'épiscopat (*)(i). » Ils ajoutaient qu'on ne procédât à l'ordination de M. de Laval qu'après qu'on aurait vu auparavant & examiné, selon l'usage, le contenu de ses bulles, 8; cette conduite de l'Assemblée fut approuvée par le cardinal Mazarin (2).